Michel Lebeuf Directeur de la prospective à la SNCF
Pour la SNCF, quel sera le plus important changement dans 20 ans?
Michel Lebeuf - Les choses sont déjà en partie jouées. Les infrastructures sont là et les 35 rames commandées seront livrées à partir de 2015 ou 2016. L’enquête en cours, Imagine TGV, va nous aider à concevoir les aménagements et services futurs proposés dans ces TGV nouvelle génération. Le grand changement sera la concurrence généralisée sur les liaisons domestiques et internationales. La donne va changer, car le public aura le choix entre plusieurs transporteurs ferroviaires. L’enjeu pour la SNCF sera de rester la compagnie préférée en se battant sur les services et les prix. Il faudra par ailleurs compter avec la saturation du réseau sur des axes comme Paris-Lyon, déjà très chargés. L’utilisation de TGV duplex sera l’une des réponses à ce problème.
L’Ile-de-France semble faire partie des nouvelles priorités ?
M. L.- Dans le cadre du projet de Grand Paris, la SNCF souhaite créer cinq gares TGV, à l’horizon 2025. Elles seront situées à La Défense, Orly, Saint-Denis, Juvisy-sur-Orge et Villeneuve-Saint-Georges. Il faut en effet une heure à de nombreux Franciliens pour rejoindre les gares parisiennes que l’on va ainsi désaturer. Ces gares TGV de banlieue permettront de multiplier les liaisons province-province. De La Défense, il existe en outre un projet de ligne pour relier le quartier d’affaires à Bruxelles et à Londres en passant par Rouen, car la Normandie est restée à l’écart du réseau TGV.
Verra-t-on des TGV toujours plus rapides, des temps de parcours toujours plus courts ?
M. L.- La SNCF va d’abord bénéficier des travaux en cours sur trois axes : la connexion Rhin-Rhône, la ligne du Haut- Bugey et celle de Perpignan vers Barcelone. Quatre chantiers sont dans les starting-blocks : le second tronçon du TGV Est jusqu’à Strasbourg, le TGV Bretagne qui mettra Rennes à 1h30 de Paris, la ligne Sud-Europe Atlantique pour relier Bordeaux en 2h05 et le contournement de Nîmes et Montpellier. D’autres projets sont annoncés comme la ligne PACA ou la liaison Lyon-Turin, avec toutefois le souci qu’elles déboucheront sur un axe TGV Méditerranée déjà saturé. Partant de la gare de Paris- Austerlitz, un doublement de la ligne Paris- Lyon est donc envisagé à l’horizon 2020, qui passerait par Orléans et Bourges et apporterait de meilleures dessertes vers Clermont et Limoges. Il est certain que les TGV fileront à 360 km/h sur certains axes si cela permet de prendre des parts de marché à l’aérien. Tout dépendra de la concurrence que la SNCF aura en face d’elle. Ce train ne sera pas le TGV actuel, mais un matériel roulant innovant qui reste à inventer. Les avancées technologiques permettent d’aller beaucoup plus loin dans ce domaine.
Le billet papier aura-t-il disparu dans 20 ans ?
M.L.- La tendance se dirige clairement vers une dématérialisation du titre de transport. La SNCF travaille dans cette perspective et les changements à venir seront certainement plus importants que ceux réalisés entre 1989 et 2009. On voit déjà apparaître des billets sous forme d’un code-barres reçu sur téléphone portable. Nous travaillons de même à l’offre de services à bord de nos TGV. Il n’est pas envisagé de se rapprocher de l’offre aérienne avec des sièges intégrant un écran vidéo tactile ; la SNCF estime que c’est le client qui va s’équiper, notre objectif étant de lui donner les moyens nécessaires pour utiliser ses équipements destinés à travailler ou se détendre durant son voyage.


