Oh ! la débauche de couleurs. Oh ! les verts pistache, les jaunes poussin, les roses ou les bleus pétants. Toutes ces couleurs qui bariolent les maisons de bois-les maisons de tôles, le ciment des murs muets, les escaliers brinquebalants et à peu près tout ce qui peut se colorer dans le quartier de la Boca, l’ancien port de Buenos Aires.
C’est là, sur le bord du fleuve Riachuelo que débarquèrent, au tournant du siècle, des foules d’immigrants venus d’Europe – des Grecs, des Turcs et surtout des Italiens – un quartier alors très pauvre, qui dessina en moins de deux une urbanité interlope et assembla pêle-mêle, des manufactures, des bicoques, des bars à marins et des maisons closes où s’inventa le tango. Le tango est donc mal né, comme on dit. Et doublement mal né, puisque à ses débuts, ver... |