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BUENOS AIRES
Bas résille et bandonéon
Le tango est furieusement tendance. Au point de donner des idées de séjour thématique aux agences incentive.Et traverser Buenos Aires sur fond de bandonéon prend alors sa vraie dimension.
Oh ! la débauche de couleurs. Oh ! les verts pistache, les jaunes poussin, les roses ou les bleus pétants. Toutes ces couleurs qui bariolent les maisons de bois-les maisons de tôles, le ciment des murs muets, les escaliers brinquebalants et à peu près tout ce qui peut se colorer dans le quartier de la Boca, l’ancien port de Buenos Aires.
C’est là, sur le bord du fleuve Riachuelo que débarquèrent, au tournant du siècle, des foules d’immigrants venus d’Europe – des Grecs, des Turcs et surtout des Italiens – un quartier alors très pauvre, qui dessina en moins de deux une urbanité interlope et assembla pêle-mêle, des manufactures, des bicoques, des bars à marins et des maisons closes où s’inventa le tango. Le tango est donc mal né, comme on dit. Et doublement mal né, puisque à ses débuts, vers 1870, il était exclusivement pratiqué par les hommes qui n’avaient rien trouvé d’autre que de danser entre eux en attendant les services de ses dames. Il est issu d’un extraordinaire brassage culturel qui engendra un style musical mêlant le candombe des anciens esclaves africains, les habaneras venues d’Andalousie, les mélopées du Mezzogiorno italien et les milongas purement argentines ; le tout orchestré par des groupes réunissant guitare, violon et flûte auxquels s’ajoutèrent, un peu plus tard, le bandonéon importé par des émigrés allemands ainsi que le piano. La flûte s’éclipsa au passage.

CARLOS GARDEL, LE PLUS GRAND CHANTEUR DE TANGO
Ce n’est qu’en tapinois, et après avoir invité les femmes à le danser, que le tango sortit des quartiers canailles pour gagner ses lettres de noblesse en séduisant, d’abord, la jeunesse des classes moyennes puis, sous les claques et les torgnoles, celle de la grande bourgeoisie. Avant la Première Guerre mondiale, il stigmatisa la culture argentine et les fantasmes qui vont avec dans les cafés européens, ceux de Paris notamment, et finalement reçu sa couronne des mains de Carlos Gardel, le plus grand chanteur de tango de tous les temps. À la fin des années 30, on le danse moins, ce scandale. Pire encore, dans les années 60-70 on le boude carrément au...
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