"J’ai toujours en mémoire mon premier vol avec mon grand-père – Aimé Maeght – en Caravelle entre Orly et Nice pour descendre à la Fondation. J’avais sept ans et j’étais très fière de voyager ! À l’époque, il n’y avait que les gens riches, les vedettes et les hommes d’affaires qui prenaient l’avion. Les hôtesses étaient belles, il y avait des messieurs qui fumaient le cigare, j’ai été chouchoutée par tout le monde. Et à l’arrivée, il y avait des aloès et des cactées, c’était complètement exotique, je me croyais à Rio !
Aujourd’hui, j’organise des expositions sur tous les continents pour présenter nos artistes. Ce qui me semble important ce sont les échanges culturels. D’une certaine manière, à travers mes expositions, j’aide une autre société à comprendre nos repères. Du coup, je voyage pas mal… J’ai d’abord travaillé au Japon, un pays dont je suis dingue. Hormis le côté épuré et zen qui me séduit, il me reste aussi des souvenirs gustatifs typiques, comme aller manger des boulettes de riz grillées sous les ponts ou croquer dans les marrons chauds des rues de Tokyo. Ensuite, il y a eu d’autres pays où j’ai parfois pris des habitudes. Je suis allée en Chine pendant trois ans tous les mois. J’ai donc choisi des hôtels très pratiques, où l’on peut travailler facilement et où il y a Internet. Pendant un temps, un hôtel de Pékin a été ma seconde maison. J’y laissais mes affaires et j’utilisais les salles de réunion pour mes rendez-vous. Mais j’avais du mal à comprendre cette culture. Je ne suis entrée dans la Cité interdite qu’à mon huitième voyage. Et c’est là que j’ai réussi le challenge d’y exposer un Japonais, Aki Kuroda.
Dernièrement, j’ai fait quelques allers et retours à Abou Dhabi et j’ai adoré le salon First de l’aéroport. Il n’y a pas les classiques hôtesses proposant des clubsandwichs, c’est un vrai restaurant où l’on choisit son plat à la carte. Alors là, je mange – dans les avions pratiquement jamais, ce n’est pas très bon ! Ensuite, lorsque je suis dans mon siège, soit je lis, soit je travaille, soit je dors. Pas beaucoup, je suis une microdormeuse, quatre heures me suffisent. Après mes rendez-vous, ma première détente est d’aller dans les quincailleries, c’est populaire et l’on y apprend la gestuelle locale. Je ramène des ustensiles de partout, j’ai même acheté un évier à New York car je peux facilement y laver mes plats à four. Une fois, nous étions à São Paulo avec ma fille, nous avons sauté dans un taxi pour aller au marché couvert ; là nous avons recensé les fruits, les alcools, les épices que nous ne connaissions pas ; c’est fascinant le quotidien d’un pays.
Il m’est souvent arrivé d’aller en Amérique du Nord, un peu partout, mais j’aime Saint-Louis et ses trois musées étonnants, le premier ultracontemporain, le deuxième genre petit Metropolitan et le troisième qui présente d’excellentes expositions. Et j’ai une affection toute particulière pour le Nasher Sculpture Center de Dallas, qui possède une extraordinaire collection de sculptures et qui m’impressionne tout autant que la verticalité de New York. Car entrer dans Manhattan, c’est exceptionnel. C’est comme entrer dans une sculpture de Malevitch !"
Cinq dates
1959 - Naissance à Paris et enfance dans l’appartement au-dessus de la galerie actuelle. 1964 Ouverture de la Fondation Maeght à Saint-Paulde- Vence. Les clés en sont confiées à André Malraux.
1981 - Mort d’Aimé Maeght, son grand-père. Ressent une obligation vis-à-vis des artistes de s’investir dans la galerie.
1981 - Rencontre avec l’artiste Gérard Gasiorowski. Un bouleversement.
2006 - Centenaire de la naissance de son grand-père. Auteur avec sa soeur Isabelle du livre Maeght : la passion de l’art vivant et du film Maeght une histoire de famille, diffusé sur Arte.
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