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CLAIRE GIBAULT
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CLAIRE GIBAULT
L’orchestre et le monde |
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Députée au Parlement européen, elle se bat, notamment, pour la mobilité des artistes. Première chef d’orchestre en France, elle connaît son sujet. |
San Francisco, je m’en souviens vraiment bien… C’était en 1989, juste une semaine après le tremblement de terre. Les répliques étaient impressionnantes et la panique énorme ! J’y étais allée pour diriger l’orchestre symphonique de Berkeley. C’était aussi pour moi l’une des premières séparations d’avec mon fils que je venais d’adopter. Difficile à vivre… Nous avons finalement joué, et la soirée a été formidable : Mozart, Hugues Dufourt… Quel beau souvenir, malgré ces incertitudes, ce stress!
Il est toujours présent, ce stress, lors de mes déplacements. Car rencontrer un orchestre pour la première fois n’est jamais anodin. N’est-ce pas d’ailleurs le propre de l’instant de la rencontre ? D’autant plus lorsque l’enjeu est de taille : partager un moment musical, avec musiciens et spectateurs… L’orchestre, au départ, vous teste aussi. Au bout de chacun de mes voyages professionnels, il y a ainsi une sorte d’examen ; il me faut réussir à convaincre, absolument ! Pour moi, c’est un bonheur de persuader, d’enthousiasmer… mais un bonheur qui, humainement, se paie très cher, car le concert terminé, je reste seule… Dans mon cas, le voyage est donc paradoxal : rencontre et solitude en même temps.
Alors, il faut que je me sente bien dans ma chambre d’hôtel. Il faut qu’elle soit calme, claire… qu’il y ait de la lumière naturelle avant tout. Je ne peux pas rester dans une chambre laide. Celles des Sofitel de Strasbourg, Bruxelles ou Quiberon où je descends, me plaisent vraiment, avec leur décoration tout de blanc, comme chez moi, et leur côté zen. J’aime aussi, par contraste peut-être, le tout petit Hôtel de Rome, à Bologne, avec ses murs couverts d’un papier peint à grosses fleurs foncées. C’est un vieil établissement de style italien, presque vétuste, mais tellement charmant. J’y ai toujours la même chambre, au dernier étage, avec une terrasse et une vue, superbe, sur les toits de Bologne… la dolce vita ! Loin de l’Allemagne et de l’Italie, d’autres régions m’attirent aussi : Saint-Pétersbourg et le nord perdu de la Sibérie, par exemple, et l’Asie que je devrais découvrir avec le Parlement cette année… Côté musique, j’aimerais bien me rendre aux États-Unis, à la Nouvelle-Orléans ou à Saint-Louis, notamment pour leurs festivals de jazz.
Les artistes sont pour moi un véhicule permettant le dialogue entre les cultures, les religions ; et c’est primordial. Il ne faut pas avoir peur des autres, de leur manière de penser différente. Voyager, c’est apprendre à aimer la diversité ; un vrai antidote au repli identitaire, au racisme, à l’intolérance… et quel pas vers la paix dans le monde ! J’aime être dépaysée, professionnellement aussi. Les musiciens français également, je le sais, qui apprécient les chefs étrangers avec leur autre façon de parler, de bouger, de diriger… En retour, le charme français opère lorsqu’on est hors de France : j’espère, sans prétention, apporter moi-même un peu d’exotisme aux orchestres que je dirige au-delà de nos frontières !
Propos recueillis par Karin Filhoulaud |
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