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Enki Bilal
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Enki Bilal
Alchimiste par-dessus les frontières |
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Dessinateur hybride, cinéaste, Enki Bilal puise son inspiration dans le brassage d’un monde qu’il aime sillonner. Un imaginaire qui ne trouve pas toujours sa source où l’on croit. |
J’ai effectué mon premier grand voyage avec mon départ de Yougoslavie lorsque je suis venu retrouver mon père exilé en France. Un événement brutal, traumatisant. Une fuite. Peut-être est-ce le fait d’avoir surmonté cet épisode qui m’a donné cette soif de découverte.
Le voyage s’est imposé assez vite au travers de mon métier de dessinateur. Je ne suis pas forcément en quête de l’exactitude documentaire, mais j’ai très vite éprouvé le désir d’aller voir sur place. Dans un premier temps, je suis parti chercher des sensations du côté de l’Est, sur les traces de mes origines. Pour préparer Partie de chasse, même si l’histoire n’était pas encore clairement écrite, j’ai pris la direction de l’URSS. Pour ça, j’ai passé mon permis de conduire à l’âge de 28 ans et j’ai même acheté une Renault 5 noire, couleur des officiels dans l’ex-Union soviétique. J’ai fait de la photo, des repérages de manière anarchique ; juste pour rapporter des impressions. J’aime aussi beaucoup Berlin qui m’a souvent aidé à trouver une certaine forme d’excitation, parfois malsaine en allant traîner le long du Mur pour m’imprégner de l’histoire du lieu. Pour moi, ce sont des moments privilégiés où l’on vit vraiment les choses. Pas forcément pour en tirer une photo ou un croquis à l’instar d’un Edgar P. Jacobs qui était extrêmement précis, mais bien plus pour revenir avec un flot d’images en tête. Le disque dur de notre cerveau finit toujours par produire quelque chose d’authentique.
À titre personnel, j’aime le voyage pour ces moments de parenthèses et de confort qu’il apporte. New York, un plaisir éternel et une source inépuisable de stimuli intellectuels et artistiques. L’Asie dont je suis tombé amoureux il y a trente ans, une destination qui m’aère l’esprit. À Bangkok, par exemple, et malgré l’effervescence, la furie qui règne dans la ville, il n’y a pas d’agressivité. Chaque fois que je reviens à Paris, je sens une tension. Jamais làbas. Quel plaisir de savourer ces moments de retraite où je me pose pour écrire, lire et peindre. J’ai peut-être dessiné les choses les plus terribles, les scènes les plus violentes du cycle du “Monstre” sous un grand ciel bleu, au bord d’une mer turquoise ! J’aime ce genre de situation. On pense trop souvent que l’artiste n’a besoin que de la noirceur pour produire ou créer. L’esprit est une sorte de muscle qui, lorsqu’il a appris une gymnastique, peut s’extraire de l’environnement dans lequel il se trouve.
Je regrette l’uniformisation du monde, à l’image des aéroports. Je me souviens de moments d’errance dans des aéroports au Moyen-Orient. Aujourd’hui tout se ressemble. On ferme les yeux au décollage, on les rouvre à l’atterrissage, et on a l’impression d’être au même endroit. Les mêmes lieux, les mêmes façons de s’habiller, partout, tout cela est extrêmement décevant. L’exotisme disparaît un peu partout.C’est l’une des faillites de la démocratisation du voyage. |
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