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2030, l’Odyssée de l'espace |
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À quoi pourrait ressembler le transport aérien en 2030 ? Plus économes en carburant, plus silencieux, intégrant haute technologie et qualité de service, les avions de demain se conçoivent aujourd’hui. |
Une aérogare aux allures de vaisseau spatial, partout des formes ellipsoïdales, des hôtesses de l’air aux couleurs psychédéliques et coiffées de casques évoquant ceux des cosmonautes… Il y a cinquante ans, l’architecte Eero Saarinen avec le terminal de la TWA à New York-JFK, ainsi que le styliste Emilio Pucci avec les tenues du personnel de la compagnie américaine Braniff, imaginaient un transport aérien digne d’un film de science-fiction.
Il est en effet bien difficile de prédire ce que sera l’aérien du futur. Il suffit de considérer son évolution des cent dernières années pour constater que personne n’a pu réellement anticiper le formidable essor technologique de l’industrie aéronautique. Au début de la décennie 2000, la Nasa prédisait qu’il pourrait être envisageable de voler à Mach 5 en 2060, c’est-à-dire à une vitesse quatre fois plus élevée que celle du son. Il s’agirait d’un avion hypersonique, doté de moteurs à propulsion supersonique. L’idée est fascinante, tout comme celle d’avions qui, à la manière des sauterelles, décolleraient à la verticale. Ces appareils permettraient de mettre Sydney à quatre heures de vol de Paris, au lieu de 22 heures actuellement ! Il s’agit, bien sûr, de perspectives très lointaines.
Car si les rêves sont restés intacts, ils se sont heurtés à la dure réalité. On a remisé le supersonique Concorde au musée et les fabricants d’avions sont redescendus sur Terre : la flambée des prix de l’énergie, la spirale des coûts de la recherche ont quelque peu changé les priorités dans la définition de l’avion de l’avenir. Les machines de demain ressembleront donc plus aux avions d’aujourd’hui qu’aux vaisseaux spatiaux de la “Guerre des étoiles”.
Au lieu de penser vitesse supersonique, les constructeurs mobilisent désormais leur savoir-faire technologique pour inventer un appareil qui, selon le directeur général et PDG de l’Association internationale du transport aérien (IATA), Giovanni Bisignani, permettra à cette industrie d’être neutre pour l’environnement à partir de 2020 et de réduire ses émissions nocives de moitié d’ici à 2050 ; malgré la croissance probable du trafic. L’avion du futur ne se conçoit plus sans tenir compte des notions de développement durable et de respect de l’environnement. Un thème totalement ignoré il y a quinze ans ! “Nous visons une moyenne de 3 litres/passager en 2020, soit un gain d’efficacité de 25 % comparé aux avions d’aujourd’hui”, expliquait Giovanni Bisignani en juin dernier, à l’assemblée générale d’IATA à Kuala Lumpur. Depuis une décennie, les constructeurs travaillent donc sur deux types de modèles qui pourraient constituer la base du transport aérien de l’avenir : un long-courrier de très grande capacité comme l’Airbus A380 et le futur Boeing 747-8, capable d’acheminer plus de 500 passagers avec une consommation de fuel réduite, modèles auxquels il faut ajouter un moyen-long-courrier de capacité plus réduite, adapté aux destinations secondaires. C’est sur ce concept que sont actuellement conçus et réalisés les avions de type Boeing 787 Dreamliner ou Airbus A350. Le Boeing 787 doit entrer en service en 2010, tandis que l’Airbus A350 devrait débuter sa carrière à l’horizon 2013. Parmi les innovations qu’intègrent ces deux appareils, arrive au tout premier plan le recours aux matériaux composites qui réduisent le poids de l’avion. Ils engendrent une économie de 20 % par rapport aux appareils actuels.
Nouvelle génération d’avions
Le Boeing 787 et l’Airbus A350 marquent la transition vers une toute nouvelle génération d’avions qui devraient voir le jour à partir de 2020, mais qui restent en grande partie à définir. En espérant qu’à la même période, les équipes de recherche et les fabricants de moteurs auront finalement mis au point un carburant plus propre que le kérosène, de type biocombustible…
Selon les deux constructeurs, Airbus et Boeing, les avions qui voleront dans les années 2020-2030 réduiront encore la consommation de fuel de 15 % à 25 % par rapport aux dernières générations d’appareils. Côté technique, cela pourrait se traduire par des avions équipés d’hélices géantes à l’arrière de la carlingue, un peu à l’image des hovercrafts. CFM International, un joint-venture entre General Electric et la Snecma, spécialisée dans les moteurs d’avion, envisage un tel appareil doté de moteurs à hélice ouverts, placés au-dessus de la queue de l’avion.
Cette future configuration a reçu le soutien d’Easyjet en 2007. Le transporteur low cost est à la recherche de technologies révolutionnaires pour les avions du futur, arguant qu’avec 10 à 15 milliards de dollars d’investissements pour la recherche, les avionneurs devraient faire preuve d’un réel esprit d’innovation…
Que peut-on attendre du côté des cabines ? Sans doute un avenir plus radieux que celui imaginé par Michael O’Leary, PDG de Ryanair, qui, après avoir envisagé de faire payer l’utilisation des toilettes, imaginait faire voyager ses passagers debout. Plus rassurante est l’invention du fabricant de sièges Premium qui a créé le modèle Freedom, un fauteuil qui s’inverse en classe économique, ce qui permet au passager de faire face à son voisin et de bénéficier de plus d’espace. Mais c’est l’usage du tout-électronique qui sera déterminant. Même si bon nombre d’applications font déjà leur apparition sur certaines compagnies. Dans 20 ans, voyager en avion ne sera plus perçu comme une rupture avec la vie quotidienne. Le passager pourra se connecter à Internet, travailler sur son ordinateur, regarder sa sélection de chaînes de télévision, commander son repas via un écran digital intégré ou s’installer dans un espace réservé aux jeux électroniques à l’arrière de la cabine.
Les avions les plus récents disposent déjà de nouvelles fonctions telles que la modulation de l’éclairage en cabine. Peut-être s’agit-il d’un élément secondaire, mais il contribue au bien-être des passagers qui sont baignés dans une lumière correspondant à l’heure du pays de destination. Certains constructeurs travaillent aussi sur la possibilité de diffuser des images virtuelles sur les hublots ou au plafond de la cabine, pour rompre la monotonie du vol.
Prendre une douche à bord d’un avion est un nouveau confort qu’Emirates est la première compagnie à proposer aux passagers de première classe. La limite d’un tel système tient au poids supplémentaire que génère le stockage de grandes quantités d’eau. Il est envisageable que les très gros avions soit pourvus de quelques cabines de douche – service éventuellement payant – pour l’ensemble des passagers. Ce sont vraisemblablement les classes haute contribution qui bénéficieront des plus grandes avancées en matière de confort. Salon de massage en cabine, douches, repas cuit à la vapeur offrant la saveur d’un repas au sol, cabines privées avec lit de deux mètres… les prestations offertes en première classe s’orienteront de plus en plus vers ce qui existe dans l’hôtellerie. Certains dirigeants de compagnies aériennes évoquent même la segmentation du trafic entre un transport de masse et un transport de luxe.
Demain : Airport city
Les aéroports connaîtront aussi de grandes mutations. Un séminaire organisé conjointement par l’aéroport de Nice et l’Association francophone des aéroports (Alpha-ACI) a été consacré à la prospective aéroportuaire. Une tendance lourde : le profil type du passager change. Il passe d’un statut d’usager des aéroports et de l’avion à celui de client. Celui-ci est déjà en mesure de maîtriser en partie son voyage. Ce qui permet aussi aux compagnies aériennes de réduire les coûts grâce au développement des technologies Internet : achat et impression du billet d’avion, possibilité d’émettre une carte d’embarquement d’un ordinateur personnel ou au bureau. Les fonctions disponibles sur Internet deviennent d’ailleurs de plus en plus sophistiquées : on peut, par exemple, enregistrer ses bagages et recevoir sa carte d’embarquement sur un téléphone portable que l’on présente ensuite dans la salle d’embarquement. La compagnie Swiss vient même d’annoncer qu’elle supprimait à Zurich les comptoirs d’enregistrement pour ses passagers de classe économique ; ils devront procéder à leur enregistrement via Internet ou sur des bornes automatiques.
D’où une topographie refaçonnée de l’aéroport du futur. Selon une étude du cabinet de consultants Arthur D. Little, un tel phénomène favorise la transformation des aéroports en “airport city” : la plate-forme aéroportuaire de 2025 sera avant tout un lieu de vie et de consommation avec magasins, cafés et zones de loisirs, tandis que des fonctions telles que l’enregistrement des passagers et bagages deviendraient secondaires. L’aéroport intégrera de plus en plus des considérations écologiques.
L’aéroport risque donc de s’apparenter à une gare avec des flux quasi ininterrompus de passagers passant de la zone publique à la zone réservée. En revanche, les procédures de sécurité ont peu de chance de disparaître. Mais elles vont probablement évoluer vers plus de fiabilité et une meilleure maîtrise du temps de contrôle. Une identification grâce à une carte à puce électronique ou par la biométrie – via l’analyse de l’iris, par exemple – permettra une vérification plus rapide de l’identité du passager. Là encore, les technologies existent, mais elles restent à peaufiner et à être standardisées pour un usage planétaire.
Alors qu’il est probable que le transport aérien double d’ici à 2030, l’industrie aéronautique veut créer un transport plus confortable, plus sûr et plus soucieux de l’environnement, ainsi que de la qualité de vie du passager. Vivement demain !
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