Un nouvel art de vivre
Avec une nouvelle clientèle venue d’Asie, de Russie, du Brésil ou du Mexique, la perspective des 16 millions d’arrivées étrangères prévues d’ici dix ans, soit deux fois plus qu’aujourd’hui, aiguise l’intérêt des grands noms de l’hôtellerie internationale. D’autant qu’une cinquième étoile est entrée dans la classification hôtelière française. Aussitôt, les Fouquet’s Barrière, Meurice, Ritz ou Marriott Champs Élysées sont allés la décrocher. Mais les dragons d’Asie, les Shangri-La, Mandarin Oriental ou Peninsula, seront les prochains à entrer au firmament des très étoilés, donnant ainsi un tout nouveau ton à l’industrie hôtelière parisienne. De quoi inquiéter l’establishment ? À peine. Ces ouvertures annoncées semblent même faire des émules. Au Plaza Athénée, on saisit l’occasion pour rénover et investir, surtout dans la formation du personnel. Car le service, même s’il atteint la quasi-perfection dans les plus anciens palaces parisiens, mérite toutefois quelques régulières remises en question. D’autant plus que les usages tendent à un assouplissement des codes, à moins de rigidité, moins de formalisme. Aujourd’hui, la philosophie de l’hospitalité repose sur les thèmes de la “simplicité”, de l’“humilité”, du “rapport privilégié au client”. Lequel client, il vaut mieux choyer, car il se fait de plus en plus infidèle et papillonne d’un palace à un autre. “Il faut sans cesse nous renouveler, explique François Delahaye, directeur général du Plaza Athénée qui dirige également les opérations de la Dorchester Collection dont fait partie l’hôtel Meurice. On connaît l’impact qu’a eu la création du bar du Plaza ou l’intervention de Philippe Starck au Meurice.”
Face au client volage, le renouvellement et la surprise restent donc les meilleurs atouts. Le Bristol l’a bien compris, qui s’est armé d’une nouvelle aile abritant cinq suites et 21 chambres supplémentaires, ainsi qu’un restaurant arty, à la carte aussi créative que la déco. Même stratégie pour le Royal Monceau, aujourd’hui et jusqu’au premier semestre 2010 sous les coups de baguette magique de Philippe Starck.
Si les institutions se mettent au goût du jour, les “nouvellement créés” n’hésitent pas à se tourner vers le passé. Les lieux chargés d’histoire attirent les grands noms de l’hôtellerie internationale avides de s’installer sur le sol parisien. Ouvert au printemps, le Renaissance Arc de Triomphe, du groupe Marriott, s’est offert l’ancien théâtre de l’Empire, sur lequel il a fait pousser un bâtiment signé Christian de Portzamparc, dont la façade de verre ondule le long de l’avenue de Wagram. Dans ce boutique-hôtel de 118 chambres, on a joué comme une évidence la thématique théâtrale. “Mais surtout, explique Alex Fiz, directeur général, nous avons recruté 40 % de notre personnel en fonction de ses… talents d’artiste.” Dans cet ancien théâtre connu de tous les Français, des portiers jongleurs, des femmes de chambre divas, des trapézistes réceptionnistes parlant en tout dix-sept langues offrent au client une expérience hors normes, avec une identité d’un joyeux Paris cosmopolite. Un vrai pari d’équilibriste. Que le Renaissance n’est pourtant pas le seul à vouloir tenir.
Les fastes du passé revisités
Car dans la catégorie “lieux à forte teneur historique” et à identité Paris cosmopolite, les trois futurs palaces asiatiques ne sont pas en reste. Par ordre chronologique d’apparition, le Shangri-La, prévu pour le printemps 2010, a jeté son dévolu sur un hôtel particulier du 10, avenue d’Iéna, construit en 1896 pour le prince Roland Bonaparte, neveu de Napoléon. “Le groupe cherchait à s’implanter à Paris depuis une dizaine d’années, mais nous attendions le coup de cœur”, explique Alain Borgers, son directeur. En tout, 101 clés, face à la Seine et la tour Eiffel. On est loin des 716 clés de Pékin. Mais on est au plus près de la tendance parisienne actuelle : toujours moins de chambres, par ailleurs toujours plus spacieuses, et un rapport privilégié au client, plus intime, plus personnalisé. “Nous serons franco-français en France ; mais avec un esprit d’hospitalité asiatique”, précise M. Borgers. Chez le neveu de Bonaparte, le mobilier sera d’inspiration Empire, mais agrémenté de chinoiseries.
À l’instar du Shangri-La, le Peninsula fera ses débuts européens à Paris. Le célèbre palace hongkongais qui, de Bangkok à New York, a déjà décliné son chic en multiples versions, ouvrira ses portes en 2012 dans l’ancien hôtel Majestic de l’avenue Kléber. Là aussi, le choix du lieu aura été long, mais véritablement souhaité. Tout comme le Mandarin Oriental et son immeuble Art déco de la rue Saint-Honoré qui ouvrira en 2011. Un engouement pour les fastes du passé auquel l’américain Starwood répond lui aussi présent, mais à sa façon, en dédaignant les charmes du triangle d’or. “L’esprit du W, c’est précisément de ne pas choisir les quartiers de luxe habituels”, explique Eva Ziegler, responsable de l’image de marque des hôtels W. Il faudra donc pousser les portes d’une ancienne banque de la rue Meyerbeer, près de l’Opéra, pour découvrir ce futur hot spot prévu pour 2011.
Indéniablement, l’éthique pour toujours
Les Français auraient-ils, pour leur part, déserté leur capitale ? Certainement pas. On évoque le groupe LVMH et la Samaritaine, fermée depuis 2005. On parle de 14000 m2 de chambres et suites donnant sur la Seine. On parle aussi de commerces, de bureaux et… de logements sociaux. C’est que, dernière tendance, toute cette histoire de lieux historiques, de faire neuf dans du vieux, c’est aussi, indéniablement, une histoire de développement durable et d’éthique. Le luxe, désormais, se veut respectable et respectueux. Du blog de recrutement paperless de Shangri-La aux réductions d’électricité du Plaza en passant par la green team du Renaissance Arc de Triomphe, les grands se mettent au vert. Le Fouquet’s Barrière, premier des palaces parisiens à avoir obtenu la cinquième étoile, sert depuis fin novembre une “cuvée Fouquet’s” issue de l’agriculture raisonnée, et dont les gains profiteront à la reforestation des Landes. C’est ça, l’esprit de demain. Du luxe, de l’espace, mais aussi la considération des autres et la durabilité.


