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En cette année du Tigre de métal, le dragon vietnamien retrouve peu à peu un tourisme en expansion. De plus en plus d’incentives choisissent cette destination pleine de découvertes, combinée ou non au Cambodge. Avec en sus, sourire et gentillesse. |
Saïgon, sept heures du matin. Un flot de motocyclistes se faufile en souplesse entre les rares automobiles circulant sur les artères de la métropole, aujourd’hui nommée Ho Chi Minh-Ville, en hommage au résistant Ho Chi Minh, qui fut le premier président du pays.
Ho Chi Minh-Ville, donc : neuf millions d’habitants et… six millions de motos. Des myriades de Vespa, Scooter ou Honda qui se déversent des banlieues pour transformer le centre-ville en un énorme essaim pétaradant. Le tout klaxonne, pour un oui pour un non ; au fond, juste pour signaler son existence, et si possible en conservant un regard impassible. Une fourmilière où chacun connaît sa route et participe très activement au développement de la première ville économique du pays. Tous les jeunes Vietnamiens veulent s’y installer ; d’abord, parce que la bouillonnante cité fait rêver, mais surtout parce que la vie y est plus facile que dans le Nord ou dans les campagnes environnantes. Seules quelques anciennes architectures comme la cathédrale, la grande Poste ou le marché de Ben Thanh rappellent la colonie française qui, dans les années 30, se retrouvait à la terrasse de l’hôtel Continental. Une époque bien révolue. Echoppes bariolées, temples enfumés Pour les groupes, Saïgon est une étape clé, comme le souligne George Ehrlich-Adam, directeur général d’Exotissimo, l’une des plus importantes agences réceptives : “En général, selon le programme, les groupes incentive restent une nuit à Saïgon. Ensuite, ils se rendent soit à Angkor, soit dans le delta du Mékong où on les fait dîner dans une bia hoi, débit de bière tout simple aménagé dans un hangar où les gens aiment se retrouver après le travail. Cela permet d’immerger les visiteurs dans la population locale. En revanche, pour les dîners de gala, on privatise la scène de l’opéra ou le palais de la Réunification, construit dans les années 60 pour accueillir le régime de Saïgon et qui est vraiment resté dans son jus. Parfois, on les emmène à vingt-cinq minutes du centre, au Bin Anh Village, au bord du fleuve Saïgon où l’on a reconstitué un dîner de la fête du Têt ou un mariage vietnamien ou encore organisé une soirée Blanche. Parfois c’est le Cham Charm, un bel établissement où les attend un gigantesque buffet de fruits de mer, servi en terrasse.” Vivre Saïgon, c’est aussi se griser de transports inhabituels, comme le xe lam, camionnette à trois roues rutilante qui emmène les groupes au marché de Cholon, dans le quartier chinois, ou bien les cyclos, extrêmement pratiques pour découvrir, dans un déluge de couleurs et en groupe très scindé de deux ou trois personnes, échoppes bariolées, temples enfumés et pagodes rescapées de l’urbanisation. Réminiscences sur le Mékong Quand vient la nuit, c’est sur un bataillon de deux-roues que la jeunesse et aussi les groupes qui, comme les autres, klaxonnent à qui mieux mieux, sillonnent la ville avant de dîner en plein air au Barbecue Garden. Phuong Huynh, guide professionnelle, qui porte l’ao dai, longue tunique traditionnelle, aime sa ville et son ambiance. Elle explique : “Parfois, pour un dîner-surprise, on privatise la cour intérieure du musée des Beaux-Arts, ancienne demeure Art déco d’un riche Chinois. Le lendemain, si le groupe se rend sur le Mékong, on le conduit à l’écart des endroits trop touristiques, visiter à vélo de petites îles et découvrir l’artisanat local, comme la fabrication de bonbons au lait de coco ou la confection des vermicelles ou des galettes de riz.”
Les amateurs d’architecture coloniale, d’histoires d’autrefois et d’exotique glamour ne manqueront pas une extraordinaire échappée dans la cité d’Hoi An, au centre du Vietnam, à une heure et demie d’avion, un ancien comptoir commerçant installé sur les rives de la rivière Thu Bon, et dont le port est aujourd’hui ensablé. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, c’est un musée vivant, avec, en prime, un vrai marché de carte postale. Un site idéal pour “lâcher” les groupes qui se dispersent dans les ruelles et baguenaudent un moment entre vieilles maisons chinoises et françaises où pullulent les boutiques de tailleur, de lanternes et autres poteries. Malgré tout, c’est l’île Cham qui reste l’extension privilégiée. Paul Robinson, directeur des opérations chez Exotissimo, précise : “Cette île est une zone militaire, donc préservée. On ne peut s’y rendre que le jour grâce à des bateaux rapides. Sur la plage, les participants pratiquent le snorkeling ou le jet-ski. Parfois, on les invite à tirer les filets avec les pêcheurs ; d’autres fois, on leur propose un concours de thuyn thúng, un bateau rond en vannerie, enduit de bitume, typique de la région. Il se conduit à la godille, ce qui, à tous les coups, engendre de grands fous rires. Si le séjour dans le coin est trop court, au lieu d ’aller sur l ’île, on les emmène se balader à bicyclette dans les rizières très nombreuses autour d’Hoi An, avec un pique-nique barbecue improvisé sur une plate-forme en bambou.” Des expériences riches en sensations qui finissent généralement par des soirées passées dans les charmants restaurants Brother Café et Nam Long sur les bords de la Thu Bon. Pour l’occasion, on les constelle de mille bougies flottantes ; on peut aussi les emmener à l’hôtel très design Nam Hai pour un repas aux flambeaux sur la plage, face à la mer de Chine.Autre adresse très courue, près de Danang, le Furama Danang Resort qui reste l’un des meilleurs hôtels pour incentives.Van Pham Thi Hoang, responsable des relations publiques de l’établissement, explique : “Non seulement nous avons notre propre centre de conventions, mais encore China Beach est le terrain de jeu de bien des team-buildings. Le soir, nous organisons des dîners à thème : un immense barbecue sur la plage, une nuit Indochine pour faire revivre l’époque coloniale, avec plats raffinés et orchestre traditionnel, ou une soirée Rouge terminée par un bal. Parfois, on reconstitue un marché de campagne proposant des mets servis sur feuille de bananier et animé par des danses folkloriques.” En passant par le col des nuages La campagne prend une autre couleur dès que l’on quitte Danang pour Hué, l’ancienne capitale impériale, à trois heures de route vers le nord. Première émotion : le col des Nuages, frontière climatique et passage obligé sur la côte qui permettait de contrôler le trafic. Des vestiges d’un fortin embrumé se profilent ; au sud, plages et mer d’aquarelle, et au nord, montagnes couvertes de forêts exubérantes et longue lagune. Deuxième émerveillement, les rizières qui dominent la mer, des étendues miroirs où le vert vif se piquette des chapeaux coniques des paysans labourant ou repiquant leurs parcelles. Troisième saisissement : Hué et ses nobles monuments, la Citadelle et la cité impériale ; ou du moins ce qu’il en reste après le bombardement américain de 1968. Depuis, on restaure peu à peu… Hors la ville, la visite se poursuit avec les tombeaux où sont enterrés les empereurs, des constructions à la mesure de leur grandeur. Comme celui de Tu Duc et son pavillon sur pilotis, celui de Minh Mang, de proportions harmonieuses, ou encore celui de Khai Dinh, très kitsch.
Hué est aussi capitale de la gastronomie – la cuisine vietnamienne déjà haute en saveurs, y est carrément sublimée – et tout groupe peut se régaler d’un “dîner impérial” à l’hôtel La Résidence, dont l’ambiance Art déco, les chambres et la qualité du service valent vraiment une halte. Un repas déclinant salade de papaye aux crevettes, poisson caramélisé aux noix de cajou, crevettes cuites dans des boulettes de riz gluant… Une dizaine de petits plats exquis. Phuoc Dang Xuan, directeur des ventes et du marketing de l’hôtel, parle d’autres détentes : “Nous possédons aussi un bateau-dragon, le Hoang Giang où une trentaine de personnes peuvent dîner sur la rivière des Parfums, au soleil couchant. Sinon, des cyclo-pousse les accompagnent jusqu’à la Citadelle pour une soirée de gala. Mais d’autres lieux à Hué sont privatisables ; des espaces remarquables comme le restaurant Ancient Hue ou la résidence du dernier empereur Bao Dai.” De Confucius à l’Oncle Ho Puis c’est Hanoï, que l’on rejoint en avion en un peu plus d’une heure. Pas de présence impériale ici, mais la marque de l’oncle Ho, surnom de Ho Chi Minh, fondateur de la République démocratique, qui repose dans un mausolée d’inspiration esthétique soviétique. Cette année, la ville fête le millénaire de sa fondation. Et cela tombe bien, car c’est l’une des plus jolies villes d’Asie du Sud-Est, déployant lacs, vieux quartiers typiques, avenues bordées de bâtiments administratifs ocre jaune et de villas coloniales… Les groupes y visitent le temple de la Littérature, construit en 1070 en l’honneur de Confucius et qui était, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, destiné à former les hauts fonctionnaires. Un lieu chargé d’histoire, avec différentes cours que l’on métamorphose lors des soirées privées.Autres lieux, autres ambiances. Ainsi, on peut danser dans la touffeur de la nuit sur la terrasse du Press Club, et juste en face profiter des fastes passés et contemporains de l’hôtel Métropole, héritage colonial prestigieux. Do Thanh Nguyen, son directeur des conférences et événements, raconte : “Notre hôtel organise des soirées à thème, par exemple une réception vietnamienne au restaurant Spices Garden Terrace ou une nuit tropicale au Bamboo Bar, à côté de la piscine. Les dîners de gala ont lieu dans nos salles, à l’opéra ou au musée national d’Histoire du Vietnam. Nous proposons même un dîner croisière sur le West Lake.” Les brumes de l’indochine Côté croisière, mieux vaudra tout de même attendre la baie d’Halong, 1600 îles et îlots répartis dans un site inouï de beauté et vu sur toutes les photos du monde. Même si le temps y est généralement incertain. Précisément, c’est cette brume quasi permanente dissimulant éperons et piliers qui sublime ce labyrinthe, aussi mystérieux qu’infini. À bord de l’Emeraude, réplique d’un steamer à aubes du début XXe, les groupes embarquent pour une minicroisière de rêve dont ils se souviendront certainement toute leur vie. Escorté par une armada de jonques, le bateau stoppe pour qu’ils puissent mieux voir la grotte illuminée de Sung Sot, puis nager à partir de la plage de Titov, ou approcher un village flottant. Thomas Kössler, chef de cabine, détaille toutes les activités proposées à bord : “Nous avons des massages des pieds, un minicours de cuisine et, le soir, nous projetons le film Indochine. Chaque nuit on jette l’ancre dans cette baie, parce que dans l ’île en face, il y a une jolie grotte. C’est là que nous surprenons les incentives avec une soirée très chic, robe de soirée pour les femmes et costume strict pour les hommes, le tout sur fond de musique classique. Les tables sont éclairées à la bougie et le dîner fin est confectionné par nos chefs. C’est magique.”
À l’aube, certains lève-tôt s’initient sur le pont aux mouvements fluides et gracieux du taï-chi. Le soleil se lève peu à peu ; il déchire les lambeaux de brouillard qui flottent sur fond de ciel rosé, et dévoile alors un paysage de premier matin du monde. Inoubliable.
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Malte
Des pierres sur la plus belle des mers |
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Carrefour marin entre l’Orient et l’Occident, coincée entre la Sicile et la Tunisie, Malte n’a jamais été épargnée par les soubresauts de l’histoire. |
De sa situation géographique particulière, Malte tire aujourd’hui sa richesse, avec l’héritage des chevaliers de l’ordre de Malte, l’influence encore palpable des Britanniques et son tempérament purement méditerranéen. Une originalité très convoitée.
Hôtel - Corinthia Marina Agréablement situé au bord de la Saint George’s Bay, le Marina offre tout le confort des hôtels de la chaîne Corinthia : chambres spacieuses, lits kingsize, balcons plongeant sur la Méditerranée... Une sensation d’espace frappe d’entrée, grâce à son lobby très lumineux. Pas de doute, l’influence anglo-saxonne est nette. Accoudé au cinq-étoiles Corinthia Saint George’s Bay, le Marina bénéficie, outre de la synergie d’un parc hôtelier de plus de 600 chambres, de nombreux services destinés aux voyages d’affaires. Un auditorium permet notamment d’accueillir jusqu’à 550 personnes en conférence. Les hôtes peuvent aussi partir en croisière sans avoir à beaucoup se déplacer : une magnifique goélette turque, dans le plus pur style rétro-chic maltais, mouille régulièrement devant l’embarcadère de l’hôtel. Trois cités - L’ordre de Malte Le 24 mars 1530, les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean se voient attribuer l’île de Malte par Charles Quint. Ils érigent trois bastions qu’ils défendent dans un bain de sang contre l’invasion turque. La première des trois cités meurtries prendra le nom de leur victoire, Vittoriosa. Les autres seront reconstruites et embellies de nobles maisons.
Cinq cents ans plus tard, rien n’a changé, ou presque. Les classes moyennes ont remplacé les chevaliers, les églises drainent à peine moins de croyants et les chats efflanqués cherchent toujours le salut des venelles ombragées. Ce dédale aux façades patinées couleur miel laisse libre cours à tous les fantasmes liés aux vieilles villes portuaires où courent mille anecdotes singulières. La grande histoire, quant à elle, se raconte derrière ses demeures, son menaçant palais de l’Inquisiteur et ses auberges, de Provence, d’Auvergne, de Castille ou d’Angleterre. Et dans ce site autrefois naturel, l’ouvrage de l’homme se termine immanquablement dans le bleu de la mer. Gozo - La campagne en bord de mer Gozo est aux Maltais ce que la Normandie est aux Parisiens, ou le Kent aux Londoniens. Une bouffée d’oxygène. Une campagne idéale à un saut de puce. Plus vallonnée que sa grande soeur, “l’île aux trois collines” bichonne ses parcelles de cultures en terrasse, ses quelques plans de vigne et ses orangers généreux. Moins peuplée, elle soigne ses plages de sable doré et ses côtes accidentées aux eaux limpides. On lui trouverait presque quelque chose de cycladique.
Pas étonnant qu’Homère y ait jeté Ulysse dans les bras de Calypso qui tenta pendant sept ans de lui faire oublier son Ithaque natale. Séparée de l’île de Malte par un bras de mer et la petite île de Comino, Gozo est un voyage dans le voyage. Une introspection dans la Malte d’autrefois, celle des mystères et des légendes. Des curieuses salines séculaires creusées dans la roche aux temples préhistoriques en passant par les splendides falaises de la baie de Dwejra… Comino - La vraie surprise Malte n’est pas la Corse. Pas plus les Baléares. Ni plages de sable fin, ni criques aux eaux fraîches à chaque plissure de sa côte. La rocailleuse Malte n’a jamais accordé beaucoup de répit aux marins… Mais elle peut se montrer magnanime lorsque l’on ne s’y attend pas. C’est le cas pour ce morceau de terre aride baptisé Comino (Cumin), piégé entre la grande île et Gozo. Un bout de Malte qui abrite un lagon à l’eau bleu turquoise. Une piscine naturelle, miraculeusement abritée dans une petite baie, qui doit son salut à une roche blanchie par le sel. Une pépite sagement préservée. Hors saison, seuls quatre irréductibles autochtones persistent à vivre sur ce caillou. La Valette - L’urbanisme absolu Difficile de ne pas ressentir la puissance de siècles d’abnégation, de courage et de piété à l’approche de ce bastion infranchissable de la chrétienté. Immense navire figé dans la pierre, la capitale maltaise n’a rien perdu de sa superbe. Et d’autant moins aujourd’hui, serait-on tenté de dire, quand au-delà du brouhaha de ses faubourgs désorganisés s’ouvre derrière la muraille une ville ordonnée, aux rues rectilignes bordées de palais somptueux.
Bâtie par les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean, La Valette brille par son agencement aussi parfait que le plan d’une église. En guise de choeur, le palais des Grands Maîtres et ses somptueuses salles d’apparat. Ou la cocathédrale aux ors baroques d’une richesse inouïe, comme toute la cité d’ailleurs, qui fut bâtie par un ordre composé de Français, d’Espagnols, d’Anglais, d’Allemands, de Portugais et d’Italiens. La Valette serait-elle un agrégat, au XVIe siècle, de l’unité européenne ? Sûrement, tant elle semble familière aux milliers de visiteurs qui la traversent chaque jour. les Luzzus L’oeil d’Osiris au pied des remparts Difficile de ne pas s’arrêter devant l’application d’un vieux loup de mer traçant les lignes colorées de la coque de son embarcation. Une palette de jaune, bleu, rouge et vert que l’on croirait sortie d’un bain d’enfant. Pour conjurer le mauvais sort, chaque pêcheur a coutume de dessiner à sa proue les yeux du dieu Osiris. On n’est plus à une influence divine près... Ces luzzus, comme on dit à Malte, tireraient leur origine de l’époque phénicienne. Bon nombre flottent encore entre deux yachts du grand port de La Valette. Mais la plus forte concentration se trouve dans la baie de Marsaxlokk, adorable petit port du sud de l’île, loin de l’agitation des stations balnéaires de la côte est. Caravage Un chef-d’oeuvre rayonnant Quelle curiosité de l’histoire de l’art ! Quel trésor ce petit morceau de terre perdu entre l’Italie et la Lybie recèle-t-il ! Là, dans l’obscurité imposante de l’oratoire de la cocathédrale Saint-Jean de La Valette, le Caravage a peint. Comme surgie des limbes, la Décollation de saint Jean-Baptiste, son immense toile de quatre mètres sur cinq, irradie de beauté. Et déclenche la même émotion chez les pèlerins et les touristes agnostiques. Un effet qui dure depuis 400 ans, quand les pieux chevaliers passaient là leur dernière nuit laïque, avant d’intégrer ad vitam æternam l’ordre de Malte.
Riches et puissants, les chevaliers de l’ordre se sont offert par la suite et jusqu’à leur départ de Malte, en 1798, les services de nombreux peintres. De Mattia Preti, dit le Calabrese, auteur de l’incroyable décoration baroque de la cocathédrale, à Antoine Favray dont les portraits sont disséminés partout dans l’île. Un patrimoine artistique qui justifie à lui seul le voyage. Dégustation Le délicieux accent du vin maltais Voilà sans doute l’un des secrets les mieux gardés de Malte. Et pourtant, difficile de ne pas tomber au détour d’un chemin cabossé ou du moindre arpent de terre cultivé sur ces heureux pieds de vigne. Heureux, oui, car le nectar sorti du sol calcaire maltais mérite plus qu’une dégustation entre deux bains de soleil. Cabernet sauvignon, chardonnay et merlot importés de France ont pris avec le temps un délicieux accent insulaire. Comme ces blancs secs et corpulents qui répondent au doux nom d’Isis ou de Céleste.
Cultivée dès l’époque romaine, la vigne maltaise a connu une seconde naissance à l’aube du XXe siècle. Et c’est à un chevalier que l’on doit cette redécouverte, lorsque, en 1919, il lance son appellation, le marsovin. Suivront, pour les plus connus, le delicata, puis le meridiana dans les années 1990. Ce dernier a dû s’approprier l’ex-terrain d’aviation de la Royal Air Force pour exister. Plus de 100000 bouteilles sortent désormais chaque année de cet ancien champ de bataille. Mais la consommation reste locale.
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Andalousie
Art équestre, Xérès et flamenco |
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Capitale du cheval espagnol, Jerez de la Frontera est aussi mondialement réputée pour ses vignobles et pour ses caves. Pas étonnant que la petite ville d’Andalousie galope de succès en succès. Notamment pour les opérations incentive thématiques.
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L’art équestre fait partie des cultures du monde. Personne n’y résiste, puisant dans l’inconscient collectif une mémoire faite de batailles, de conquêtes et de chevauchées fantastiques. Surtout pas les Français, qui ne peuvent qu’apprécier les attraits de Jerez de la Frontera, au sud de l’Espagne. La petite cité andalouse, entre Séville et Cadix, est la capitale équestre de l’Espagne. “C’est un peu notre poule aux oeufs d’or depuis quelques années. On vient à Jerez pour le flamenco et pour le vin, mais aussi et de plus en plus pour le cheval”, résume Lola Clavijo, de l’office de tourisme de la ville. Les propriétés sont gigantesques Il faut quitter la ville, filer droit vers l’est, pour prendre la mesure de la passion de toute une région pour le noble animal. De douces collines ondulent à l’infini, vertes au printemps lorsque les blés sont encore tendres, or lorsqu’ils sont grillés par le soleil d’été. Pas un arbre pour stopper les assauts de l’Atlantique, tout proche. À la place, une autre forêt : des centaines d’éoliennes ont remplacé les moulins d’autrefois ! De quoi désarçonner bien des Don Quichotte du XXIe siècle.Qu’ils se rassurent. L’Andalousie retrouve ses traditions ancestrales dans les cortijos, ces fermes gigantesques que l’on appelle haciendas en Amérique du Sud. Entre les pales géantes qui claquent au vent, elles sont encore une vingtaine à jalonner la route équestre, de Jerez de la Frontera à Algeciras.
C’est ici que le cheval a son panthéon, plus exactement à la Yeguada de la Cartuja Hierro del Bocado. Le haras perpétue l’héritage du monastère des Chartreux tout proche, jadis pierre angulaire de l’élevage des chevaux de race andalouse. Doux et robustes, énergiques et obéissants à la fois, ils sont parfaits pour les travaux dans les champs, mais aussi pour des activités de dressage et d’attelage lors des fameuses ferias qui enflamment l’Andalousie. Trois cents chevaux – la plus forte concentration de la race dans le monde – sont regroupés dans ce centre de recherche où les techniques de reproduction artificielle ont eu raison du dernier souffle de romantisme. Les 40 poulains qui naissent chaque année – bruns lorsqu’ils ouvrent les yeux, avant de devenir gris puis blanc au fil des années – ne s’en offusquent guère. “Notre mission principale est de préserver l’héritage génétique et de contribuer à l’amélioration de la race”, explique Patricia Sibajas Narvaez, responsable des relations extérieures. La visite des écuries puis des installations, jusqu’au bloc opératoire, se termine par un show équestre dans un manège privatisable, d’une capacité de 700 personnes. “Nous pouvons également organiser des dîners et des cocktails, avec spectacles au milieu des écuries”, ajoute Patricia Sibajas Narvaez.
Cette mise en bouche “technique” ne saurait éclipser les cortijos qui essaiment la campagne. On les devine de loin, avec leurs toits de tuiles et leurs murs chaulés qui illuminent les collines. Patios fleuris de bougainvillées, manèges et arènes au sol tapissé de sable ocre, salles d’attelages… tout se privatise ! La Finca Torrestrella, propriété de l’influente famille Domecq installée depuis des siècles dans la région, est de celles-là. Passé le blanc fronton de l’entrée aux délicieux accents andalous, les jardins succèdent aux cours fleuries, les écuries aux bâtiments d’habitation. On y croise des étalons choyés comme des stars – leurs paillettes de sperme ne valent-elles pas plusieurs milliers d’euros ? –, des cavaliers occupés à entraîner leurs montures et des palefreniers étrillant soigneusement les chevaux. Ils sont 200 à cohabiter avec 1500 têtes de bovins, autant de “taches noires” qui mouchètent les 750 hectares de collines de la propriété. Impressionnants, ces taureaux de combat ! On les approche uniquement en 4x4, le pied sur l’accélérateur pour esquiver une éventuelle charge. “Sans bétail, pas de chevaux. Ils ne sont, à la base, que des outils au service des vachers qui les utilisent pour rassembler les taureaux”, rappelle Juan Panedas Galindo, responsable des activités touristiques de Torrestrella. Au début, les aristocrates La tradition est millénaire.Tout a commencé avec les aristocrates qui chassaient l’animal à cheval, avant que le peuple ne se passionne pour cette activité et ne la transforme en fête populaire, d’abord sur les places publiques, puis dans les arènes à la fin du XIXe siècle. Si le taureau est la vedette des ferias, il n’est pourtant pas à la fête. Partout dans les haciendas, affiches colorées à la gloire de la corrida, azulejos reproduisant des scènes de mise à mort et têtes de taureaux empaillées sur les murs rappellent leur sort ; cruel pour les uns, héroïque pour les aficionados, c’est selon ! On entraîne les chevaux dans les arènes, on y donne aussi des spectacles. Pas vraiment des corridas, car il n’est pas question ici de faire couler le sang et de choquer les spectateurs ; mais plutôt une démonstration de la vie quotidienne dans une ferme : les vachers présentent le dressage des chevaux et leur travail au champ, avant d’abandonner la “piste” à de jeunes toreros qui, pour imiter leurs aînés – à moins qu’il ne s’agisse de dissimuler leur peur – tentent de prendre des poses viriles. Agitant leur cape rose vif, ils testent les jeunes vaches. Les plus agressives seront sélectionnées pour la reproduction. “On peut tout faire ici, des incentives de quelques dizaines de personnes aux présentations de produits rassemblant des milliers d ’invités”, précise Juan Panedas Galindo. On peut même transformer l’arène en piste de dance, au rythme d’un flamenco flamboyant ou des derniers sons techno. Il aime rappeler quelques-uns des événements accueillis ces dernières années. Par exemple, cette soirée Renault pour fêter les six titres de champion du monde en formule 1. Pour l’occasion, le constructeur exposa les six voitures victorieuses dans la cour de la ferme. Cours plantées d’orangers À l’Hacienda Penuela aussi, toujours habitée par ses propriétaires, on aime sortir de l’ordinaire. Il faut dire qu’elle a bien du charme cette ferme, avec sa délicieuse cour plantée d’orangers odorants et colorés, son étincelante salle d’attelages et ses calèches rutilantes qui sentent bon le cuir usé, ou sa fraîche pergola qui se couvre de vigne au printemps. Mais cet ancien couvent niché au milieu des oliviers cache d’autres trésors plus exclusifs : comme cette cave débordante de tonneaux qui accueillerait bien un buffet, ou une salle à manger de 40 couverts décorée d’antiquités et de pièces d’argenterie… “Dans les grandes occasions, c’est la propriétaire elle-même, excellente cuisinière, qui accueille les convives et prépare le repas”, raconte Fabiola Delgada, directrice commerciale. Au menu : tapas et gaspacho, queue de taureau et rognons au jerez. Parfois, l’Hacienda Penuela ouvre même quelques-unes de ses chambres à certains hôtes de prestige. “Mais cela reste exceptionnel. On ne parle plus de clients mais d’invités.”
Dans cette région toute entière vouée au cheval, il aura toutefois fallu attendre 1980 pour que l’animal ait enfin un palais à la hauteur de sa grâce. Et, en toute logique, c’est à Jerez qu’il se trouve. C’est ainsi que la petite ville, avec son centre nonchalant pavé de galets hérités de l’époque arabo-andalouse, ses maisons blanches aux fenêtres barrées de fer forgé, son alcazar crénelé, sa cathédrale qui ne vit que dans l’attente des processions de Pâques et ses chais où vieillit l’un des meilleurs vins d’Espagne (voir encadré), est devenue aussi la capitale équestre de l’Espagne. Et qui rivalise avec Vienne ou Saumur, excusez du peu !
Si l’École royale d’art équestre a été inaugurée en 1973, ce n’est que sept ans plus tard que son manège est sorti de terre, au milieu d’un parc qui abritait déjà un palais conçu au XIXe sièclepar Charles Garnier. Plus récemment, un musée de l’attelage a complété l’ensemble. Ses plus belles calèches et landaus prennent l’air de temps à autre, comme en 1995 pour le mariage de l’infante Elena, la fille aînée du roi Juan Carlos 1er.
Trente-cinq élèves apprennent ici leur métier avec passion, cavaliers mais aussi cochers, bourreliers ou palefreniers. Une centaine de poulains de race andalouse sont également entraînés par les meilleurs experts du dressage, avant de rejoindre leurs illustres aînés pour le show équestre. Haut de forme et redingote pour les cavaliers, harnais de gala pour les chevaux… rien n’est trop beau pour épater la galerie, en l’occurrence les 1600 spectateurs qui prennent place sur les gradins. Les numéros de haut vol se succèdent : dressages vachers et classiques, défilé d’attelages et calèches, puis travail de haute école, pendant lequel les chevaux effectuent toute un chorégraphie de figures sophistiquées. “Le spectacle est privatisable et nos installations du palais voisin ou du musée de l’attelage peuvent se louer pour des cocktails ou dîners de gala”, précise Maria José Rodriguez Hierro, responsable du protocole. Certains privilégiés pourront aussi passer en coulisses pour découvrir in situ le quotidien des chevaux, visiter les écuries ou la sellerie, climatisée pour maintenir le cuir en bon état ; partager aussi le stress des cavaliers apprêtés et celui des chevaux, juste avant leur entrée en scène. Feria en mai à Jerez Cette ambiance électrique déborde des sables feutrés du manège de l’École royale pour prendre une tournure plus joyeuse et populaire, chaque année, au début du mois de mai, lors de la fameuse feria de Jerez. Défilés d’attelages, courses et corridas ponctuent cette folle semaine de festivités pendant laquelle les habitants sortent leurs plus beaux atours et mettent la ville à feu et à sang.
“Il y a foule dans les rues, notamment le week-end. Et il faut payer les hôtels au prix fort et réserver plusieurs mois à l’avance pour trouver de la place. Ce n’est pas nécessairement la meilleure période pour organiser un événement dans la ville, prévient Javier Fernandez Nieto, directeur du département promotion et innovation à l’office de tourisme de Jerez. Mais c’est à coup sûr un moment unique qui attire de plus en plus de Français. C’est à vivre au moins une fois dans sa vie.”
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