C’est en 1891 qu’ouvre le Reid’s, le rêve de l’Écossais William Reid, débarqué sur l’île en 1836, à l’âge de 14 ans. Ce jeune battant exerce d’abord le métier de boulanger à Funchal, puis celui de négociant en vins. C’est l’époque où les touristes commencent à venir passer l’hiver à Madère…
Un nouveau marché lucratif qui lui inspire une idée : bâtir son hôtel. Il achète une quinta à l’Ouest de Funchal, flanquée sur un promontoire dominant l’océan, et demande à l’architecte anglais George Somers Clarke, qui compte déjà à son palmarès l’hôtel Shepheard du Caire, de réaliser une résidence exceptionnelle. Pendant l’édification, il fait aussi aménager un jardin où se mêlent essences européennes et exotiques. Malheureusement, William Reid meurt avant l’ouverture. Ce sont donc ses fils Willy et Alfred qui accueillent les premiers hôtes, à commencer par les passagers des paquebots voguant vers les colonies de l’Empire britannique et qui font halte à Madère. Des marins viennent les cueillir – littéralement – en canot, puis de gros bras les hissent le long de la falaise, dans des hamacs. La légende s’ouvre, comme un rideau sur une scène d’opéra…
Toute la gentry internationale veut y résider, mais aussi, et surtout, l’aristocratie, l’impératrice Sissi en tête, suivie de l’impératrice Zita en exil. Dans les années 1920, c’est au tour du dramaturge George Bernard Shaw de s’y installer pour écrire, et aussi pour prendre le temps de s’initier au tango. Après-guerre, Winston Churchill vient y rédiger ses mémoires en s’accordant quelques moments de peinture dans le pittoresque village de pêcheurs de Camara de Lobos. À la même époque, Grégory Peck et le réalisateur John Huston y demeurent pendant le tournage au port de Machico de Moby Dick, en compagnie des derniers baleiniers.
Depuis, familles aisées, politiques, et people venus incognito s’y pressent pour goûter au charme un peu suranné d’un palace hors du temps.


