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Meetings et Incentive
[5/05/2009]

L’Anse Kerlan, sur l’île de Praslin, est plongée dans le noir. Malgré la silhouette du luxueux hôtel Lemuria qui borde la plage, aucun palmier n’est éclairé, aucune terrasse n’est illuminée. Tout juste un rayon de lune pour faire briller l’écume des vagues. Et un ciel percé d’étoiles, lesquelles servent de boussole aux tortues de mer qui viennent ici chaque année déposer des centaines d’oeufs, presque aussi précieux que ceux de Fabergé. Pour qu’elles pondent en toute quiétude, il faut éviter que des lumières ne troublent leurs repères. Tant pis pour la balade d’après-dîner sur la plage ; car les tortues, qu’elles soient de terre ou de mer, c’est toute une affaire aux Seychelles ! Et pour cause…

L’archipel a fait de l’écotourisme son principal atout, mettant en avant sa nature préservée et ses plages mythiques. De quoi séduire les entreprises souhaitant faire passer un message “écoresponsable” lors d’opérations incentive, notamment celles organisées pour les sociétés des secteurs de l’énergie ou de l’environnement. Cette communication trouve un écho réel sur le terrain, notoirement du côté des grands hôtels. Ainsi, le Lemuria dispose-t-il carrément d’un turtle manager, Robert Matombé, qui, durant la saison de ponte, c’est-à-dire d’octobre à février, patrouille sur les plages, indique aux clients les consignes à suivre en cas de rencontre inopinée et organise des tours d’observation… et qui a comptabilisé jusqu’à 45 nids l’an dernier. “Pour favoriser la ponte, nous avons conservé une ligne de végétation qui s’étend entre les bungalows de l’hôtel et la plage ; même si cela obstrue la vue sur la mer. Car cette coulée verte est essentielle pour les tortues qui recherchent de l’ombre pour pondre”, explique-t-il.

Atout majeur : L’écotourisme

Par ailleurs, le Lemuria multiplie les gestes en faveur de l’environnement. “Par obligation, les autorités seychelloises nous poussent à faire des efforts. Il nous faut, par exemple, une autorisation pour couper un arbre endémique et même pour enlever un rocher”, explique le directeur, Jacques Charles. Attitude responsable par obligation donc, mais aussi par philosophie. Ainsi, l’établissement va recourir prochainement à l’énergie solaire pour la laverie, la cuisine et les logements des 420 employés. Une fois par mois, ces derniers participent d’ailleurs à un “cleaning day” pour ramasser les détritus. “C’est une manière de faire passer le message, aussi bien auprès des salariés que des clients. ”Guère facile en effet de tenir la promesse d’un tourisme durable lorsque les touristes veulent des serviettes de bain propres chaque jour et des chambres climatisées !

Activités motorisées interdites

De son côté, le Banyan Tree, sur l’île de Mahé, a aménagé une zone marécageuse pour abriter les poules d’eau et les hérons tandis que sur sa plage, les tortues à écailles, en voie de disparition, font l’objet de toutes les attentions pendant la période de ponte. Depuis peu, l’établissement produit son propre biocarburant, à base d’huiles de cuisson. Quant au Sainte-Anne Resort, sur l’île éponyme située au cœur d’un parc marin abritant 150 espèces de poissons, il n’autorise aucun sport nautique motorisé. Par ailleurs, en août, l’hôtel accueillera huit tortues terrestres géantes et plantera des cocos de mer. Parallèlement, le Sainte-Anne, qui possède déjà son usine de retraitement des eaux ainsi qu’une station de dessalement couvrant l’ensemble des besoins domestiques et l’irrigation des jardins, va ouvrir un vaste chantier destiné au remplacement des chaudières par des appareils à énergie solaire.

C’est à bord du petit bimoteur d’Air Seychelles reliant l’île principale de Mahé à celle de Praslin que l’on se rend vraiment compte de la fragilité des “grains de beauté que sont ces îles”. Parcelles granitiques noyées sous la végétation et îlots coralliens ébouriffés de cocotiers se succèdent, comme un long collier de perles posé sur un écrin turquoise. Malgré tout, l’équilibre écologique, une merveille faite de 2000 plantes tropicales, dont certaines menacées de disparition, ne tient qu’à un fil… Et si l’archipel est aujourd’hui un véritable paradis botanique et animalier, il le doit à quelques milliers d’années d’isolement.

Des espèces endémiques y ont donc éclos, à commencer par le fameux coco de mer, l’emblème du pays que l’on tamponne joliment sur les passeports ! Il trône au cœur de Praslin, dans la Vallée de Mai, une invraisemblable forêt classée au patrimoine de l’Unesco. On parcourt en silence les sentiers qui traversent cette cathédrale verte, une sorte de décor de premier matin du monde où le soleil pénètre avec difficulté. Les troncs des 4000 cocos font plus de 20 mètres de haut, leurs palmes sont gigantesques, le vent fait étrangement bruisser le feuillage, des perroquets jacassent dans le clair-obscur du sous-bois. La noix du coco de mer pèse jusqu’à 20 kg et surtout… elle a véritablement la forme d’une paire de fesses. Ce qui lui vaut l’amusant sobriquet de coco-fesses ! À l’évidence, de quoi rendre un peu plus exaltante la leçon de botanique. Et comprendre pourquoi ces arbres ont alimenté autant de légendes. Comme celle qui fait de la Vallée de Mai le site originel du jardin d’Eden…

La nature s’est montrée tout aussi puissante et généreuse sur la petite île de La Digue, célèbre par sa fameuse plage de l’Anse Source d’Argent et ses rochers de granit hollywoodiens. Une carte postale accessible en vingt minutes de bateau au départ de Praslin. On débarque le cœur léger sur cette petite île nonchalante, où les voitures – à défaut d’être interdites – sont très rares. Des chars à boeufs les remplacent, mais pour encore combien de temps ? Il y a aussi les vélos, des bisikiet, loués pour une poignée d’euros dans des boutiques improvisées. En chemin, on ne manque pas de croiser quelques tortues, même si c’est sur l’île de Curieuse – à quelques encablures de Praslin – que ces “grosses dames” sont les plus nombreuses.

L’île de Cousin n’est pas en reste. Dans cette réserve ornithologique, tourterelles, fous et autres sternes posent volontiers pour les photographes, sans vraiment pouvoir rivaliser avec les frégates à gorge rouge. Pourtant, le véritable – et très exclusif – sanctuaire animalier des Seychelles se trouve bien plus loin, à 1100 km de Mahé. Son nom ? Aldabra. Tortues et oiseaux de mer y vivent en toute liberté, à peine dérangés par les 800 à 1000 visiteurs autorisés à y poser le pied chaque année. Et encore, dans des conditions très strictes : pas plus de 30 personnes à la fois, accompagnées par un guide. Sur place, pas d’hôtel, évidemment ; tout juste quelques baraquements destinés aux scientifiques.

Des algues pour fertiliser la terre

À défaut d’Aldabra, Denis Island constitue une alternative fort honorable. Vingt-cinq minutes de vol de Mahé avant que cette île corallienne d’1,8 km de long n’apparaisse à l’horizon. D’abord une barrière de corail, puis un ourlet de sable farineux, une forêt dense et l’avion qui pique vers la piste herbeuse. Denis aspire à devenir un modèle en termes de développement durable. Sur ses 375 hectares, un seul hôtel cinq étoiles écologique de 25 bungalows qui s’autosuffit, ou presque. “L’essentiel des fruits et légumes, des courgettes aux papayes, est cultivé dans notre potager”, raconte fièrement Paul Horner, directeur de l’établissement. Nous produisons notre huile de coco, élevons 250 cochons, des vaches et des poules, et pêchons les poissons du lagon. L’eau est puisée dans une source souterraine, nous récupérons le bois pour faire des meubles, utilisons les algues pour fertiliser la terre.

Camille Hoaveau, le facétieux officier de conservation de l’île, s’amuse à guider les touristes dans ce paradis. Au large, les plongeurs auront peut-être la chance d’apercevoir des requinsmarteaux ou des raies manta. Sur terre, dans un vaste enclos, une cinquantaine d’énormes tortues originaires d’Aldabra coulent des jours heureux. Avec ses faux airs d’E. T., Toby, 113 ans et 300 kg (!), mène tranquillement ce drôle de “troupeau”. Une centaine de tortues de mer viennent également pondre chaque année dans le sable blanc de Denis Island. Et puis, il y a aussi la découverte de la forêt où la réintroduction d’oiseaux en voie de disparition va bon train et est rendue possible par l’éradication des rats depuis une dizaine d’années. Par ailleurs, 40 hectares de cocotiers qui empêchaient les >>> autres espèces de pousser, ont été arrachés. À la place, 5000 nouveaux arbres ; on a, entres autres espèces, planté des takayamas qui attirent les insectes, et constituent un garde-manger naturel pour les oiseaux réintroduits, originaires des îles de Frégate, Cousine ou La Digue. Il y eut d’abord des toc-toc, puis récemment des veuves, des merles des îles ou encore des pies chanteuses. Sans prédateur, ils sont peu farouches. Camille Hoaveau n’a qu’à siffler pour les attirer ! Pendant ce temps, les pailles-en-queue couvent leurs œufs à même le sol sans se soucier de la présence des rares visiteurs. Prochaine étape : la réintroduction de sternes. Pour attirer ces oiseaux de mer depuis l’île voisine de Bird, réserve ornithologique qui voit nicher jusqu’à 3 millions d’individus, des leurres ont été installés et des haut-parleurs vont reproduire leurs cris.

Le paradis des oiseaux

En fin de journée, les geckos – ces petits lézards vert fluo – entrent dans la danse en grimpant le long des murs, trop heureux de gober les moustiques. C’est aussi l’heure des crabes, à peine dérangés par les quelques transats qui bordent la plage. Et dans les filaos, à l’heure de l’apéritif, les oiseaux s’ébattent bruyamment. Pour empêcher les rats de réapparaître dans l’île, il est impossible d’y accéder en bateau ; à moins de se soumettre à une longue quarantaine. Une règle stricte qui explique aussi pourquoi Denis Island est bel et bien devenue un must écologique. Le symbole parfait de l’équilibre réussi entre l’homme et la nature… Même en visite touristique.