La crise économique associée à une crainte de l'avion et des aléas climatiques ont amené les entreprises à recentrer leurs opérations en France. Ce qui leur a permis de découvrir le potentiel incentive du pays.
Selon la dernière enquête Anaé- Bedouk entreprise auprès de 650 agences événementielles françaises réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 300 millions d'euros, 71,5 % des événements organisés par cellesci le sont en France. Soit une augmentation de 1,5 % par rapport à 2009. Pour 18 % ce sont des séminaires, 13 % des voyages incentive, 11 % des soirées et 6 % des événements corporate. D'autre part, si 84 % des événements sont commandités par des sociétés françaises, les principaux pays émetteurs sont les États-Unis, l'Italie et le Royaume-Uni. Sans grande surprise, les opérations ont lieu majoritairement en Ile-de-France (60 %). "Le seul fait de venir à Paris est une récompense en soi !", affirme Christine Gouvion Saint Cyr, directrice du bureau des congrès de l'office de tourisme.
Ainsi, le tourisme d'affaires compte pour 44 % du tourisme à Paris.Tous les prétextes sont bons pour choisir cette destination. Les entreprises étrangères prennent pour "alibi" une réunion professionnelle pour découvrir la "ville la plus romantique au monde". Et là tous les grands clichés sont sollicités : cabarets, bateaux-mouches, châteaux, musées, monuments, dîner chez un chef étoilé…
Il est vrai que la capitale renouvelle sans cesse son offre. Sept mille chambres supplémentaires prévues, des lieux nouveaux, une programmation culturelle hors pair…
Qu'il sagisse d'opérations incentive pour VIP ou de récompenses plus modestes, Paris et sa région répondent à toutes les demandes. Ce sont, par exemple, des croisières sur la Seine, avec dîner à bord en option. "Nous proposons diverses formules, des classiques Christmas et Summer parties à des packages thématiques "art de vivre" : cours de cuisine, initiation à l'oenologie, découverte de l'architecture parisienne, musées au fil de l'eau, sophrologie…", dit Laurent Le Fur, directeur général des Yachts de Paris. Ces croisières peuvent être couplées à des privatisations, à terre, de lieux prestigieux tels que le musée d'Orsay, le Grand Palais ou les opéras Garnier et Bastille. L'activité Mice représente près de 30 % du chiffre d'affaires de la compagnie fluviale.
Mais, contrairement aux groupes français, les clients étrangers, crise oblige, sont moins nombreux et ont réduit leur nombre de participants : ils sont passés de 400 personnes sur des secteurs comme la pharmaceutique ou l'industrie pétrolière à une taille variant entre 50 et 100 invités. De même, leur demande reste très classique et orientée sur la découverte de Paris au fil de l'eau. Quant aux Français, ils sont de plus en plus exigeants, surtout en matière créativité.
L'originalité, ils la trouvent notamment à une trentaine de minutes de la capitale, au célèbre Polo Club de Chantilly. Là , les participants peuvent s'initier au polo et, chose étonnante, qu'ils soient cavaliers ou aller respirer l'air iodé des côtes normandes. "En tourisme d'affaires, 70 % de notre clientèle est parisienne et 25 % originaire du Grand Ouest", déclare Emmanuel Bequet, directeur de l'hôtel l'Hermitage à La Baule (groupe Lucien Barrière). En plus des soins de thalassothérapie et des soirées casino, les participants peuvent découvrir la région en 2 CV ou à vélo, régater en voilier, piqueniquer sur une petite île, faire de l'accrobranche, suivre des cours de cuisine ou visiter les marais salants.
VEDETTES : PARIS ET CÔTE D'AZUR
Après Paris, les entreprises choisissent PACA pour 17 %, Rhône-Alpes pour 7 %, l'Aquitaine pour 6 %, et le Midi-Pyrénées pour 3%. La Côte d'Azur séduit toujours, surtout les groupes étrangers ; certains couplent un séjour parisien avec une ou deux journées sur la "French Riviera". Cannes, Nice, Antibes, Grasse, Menton… ont une renommée qui dépasse les frontières de l'Hexagone. En particulier pour des groupes anglo-saxons et russes. D'autant que le séjour peut inclure une excursion en Italie ou à Monaco. Parallèlement, "en 2009, avec la crise, les entreprises ont redécouvert la France. Aujourd'hui nous avons vraiment l'impression qu'elles l'apprécient", constate Clarice Denis, directrice associée de l'agence Denis & Co. Des régions qui ne perçaient pas dans le tourisme d'affaires ont profité de ce recentrage sur l'Hexagone pour s'équiper, communiquer et mettre en valeur leurs atouts. D'autant que la demande va moins vers le bling-bling et le soleil, privilégiant plutôt des activités vertes, authentiques et naturelles. La tendance se retrouve dans le choix des moyens de transport : les clients prennent plus facilement le train que l'avion. Clarice Denis cite l'exemple du Sud-Ouest "qui était difficile à vendre pour des questions d'accessibilité. La région a fait d'énormes efforts de communication ; elle a vanté son caractère préservé, mis en avant son potentiel en matière d'incentive. Et les clients sont prêts à s'y rendre !"
Parmi les destinations 2010 émergentes, Rhône-Alpes et Aquitaine arrivent en tête, suivies par l'Alsace et les Pays de la Loire, puis par le Nord et le Pas-de-Calais. Bordeaux, depuis son classement en 2007 au patrimoine de l'Unesco et sa rénovation, suscite un engouement sans précédent, comme le note Hélène Fourquet, directrice du convention bureau : "La ville est perçue comme une vraie nouvelle destination !" Les séjours combinent la découverte du patrimoine culturel de la ville et la visite d'un vignoble proche. Les demandes des entreprises étrangères restent très orientées sur le vin : visite d'un chai de renom, dégustation haut de gamme et cours de cuisine ou d'assemblage avec, parfois, une parenthèse consacrée au bio et à la viticulture. Ainsi, dans le Languedoc-Roussillon, l'hôtel Les Jardins de Saint-Benoît, ouvert en mai 2009, reçoit les groupes incentive. Le resort fait partie intégrante d'un petit village viticole des Corbières, Saint Laurent de la Cabrerisse ; les chambres sont réparties dans 171 maisons dont 21 dotées d'une piscine. Rien de l'extérieur ne les distingue des autres habitations du village. "Nous avons reconstitué un habitat traditionnel local : mobilier chiné, tons olive et lie-de-vin, jardins méditerranéens… Nous souhaitons que le client se sente chez lui", indique Delfine Fabre, responsable commerciale groupes et séminaires. Des entreprises régionales ainsi que des grandes sociétés organisent leurs opérations dans cet établissement. Sont particulièrement appréciés les repas vignerons qui se tiennent sur la place du village avec la participation de producteurs locaux. "Nous avons également un autre établissement, situé à proximité de Béziers, aux portes du parc naturel régional du Haut-Languedoc : le Couvent d'Hérepian. Il se trouve dans un authentique couvent, compte 13 suites et est parfaitement adapté à des petits groupes, type comité de direction", précise Delfine Fabre. L'originalité peut être simple. Par exemple, l'agence Egg a organisé pour un laboratoire, en janvier dernier, un séjour de 150 personnes à Carcasonne. Les nuits se passaient dans un village de vacances, une ancienne abbaye a été privatisée pour un déjeuner, la découverte de la région s'est faite en quad et en buggy, et la soirée de gala était placée sous le thème de la bodega. L'agence Event Sucess a, quant à elle, amené un groupe de téléphonie d'une quarantaine de personnes à l'hôtel Dolce Frégate, à Bandol, où les attendait une énigme à résoudre. À bord de 2 CV, puis de bateaux, avec ici et là des pauses dégustation, tous sont partis pour une chasse au trésor.Toujours dans le Sud, l'agence P.O.Com à Avignon propose une thématique vins et chocolat appréciée des groupes. "Ils partent d'Avignon en buggy, font une dégustation de vin dans une cave puis visitent une chocolaterie et confectionnent leur propre chocolat", décrit Isabelle Maridet, directrice. L'agence vient de lancer un nouveau produit pour des incentives d'une trentaine de participants : une chasse au trésor de nuit dans le palais des Papes.
ACTIVITÉS VERTES EN AUVERGNE
Grâce à sa situtation centrale, l'Auvergne attire des groupes venus de toute la France, généralement de 20 à 100 personnes. Certes, Vulcania est un des principaux vecteurs, mais c'est aussi le panel d'activités vertes qui fait la différence par rapport à d'autres destinations. Survol en montgolfière des volcans, descente de gorges, séjour écoresponsable, chiens de traîneau, bûcheronnage, ski, hockey sur gazon, "Sémin'ères Nature" à Vulcania… vol avec des oiseaux migrateurs… tout est possible en Auvergne ! Pour parfaire un séjour à caractère écologique, les entreprises peuvent opter pour des hébergements Nattitude : 39 établissements atypiques, à l'écart de toute forme de pollution et répondant à un cahier des charges axé sur le développement durable. C'est, par exemple, à Saint-Nectaire, dans le massif du Sancy, l'hôtel des Bains romains dont le propriétaire, aérostier, propose des baptêmes en montgolfière. Une telle richesse de l'offre montre aux entreprises que l'herbe n'est pas forcément plus verte ailleurs. Les régions françaises présentent chacune des points forts, ouvrant de nombreuses possibilités en matière d'incentive.Avec l'avantage de rester accessibles à tous les budgets.
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