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Meetings et Incentive

Guatemala / Panama

[1/06/2009]

 Si le Panama se cherche encore une image, le Guatemala est confronté à un autre défi : s’imposer seul, lui qui a longtemps grandi à l’ombre de son voisin mexicain. Deux pays “nouveaux” sur l’échiquier touristique, qui ont en commun une culture latine, des villes coloniales préservées, des plages encore tranquilles et une nature exubérante…


 Déroutant, ce trait d’union entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. Déboussolant même, parce qu’ici, au Panama, l’océan Atlantique est… au nord, et le Pacifique… au sud ! Surprenant, enfin, lorsque, à peine sorti de l’aéroport, on se trouve face à une forêt de gratte-ciel surgie des eaux du Pacifique. C’est sûr, Panama City n’a pas usurpé son surnom de Dubaï de l’Amérique centrale : voies express,4x4 rutilants ou bus déglingués – les fameux “diables rouges” –, panneaux publicitaires envahissants et centres commerciaux géants… Cette capitale centre-américaine concentre tous les ingrédients d’une ville moderne survitaminée qui a englouti sans grand état d’âme son quartier historique, Panama La Vieja. Fondée en 1519, le cœur  de la vieille ville a cessé de battre en 1671, lorsque le corsaire Henri Morgan le mit à feu et à sang. Seule la tour de la cathédrale a résisté à ces assauts et reste aujourd’hui fièrement dressée dans des ruines cernées par les buildings. “On y organise des cocktails ou des dîners en plein air, avec la piraterie pour thème, bien sûr !” explique Olivier Bernard, directeur de l’agence Cactus Tour.


 Les Espagnols rebâtirent la ville de Panama à 8 km de là, sur une presqu’île rocheuse, donnant ainsi naissance à un quartier colonial que l’Unesco sauva de l’oubli en 1997. Une résurrection, après des décennies de purgatoire… Sur les 970 bâtiments classés,15 % seulement ont jusqu’ici été réhabilités. Déjà, bars et restaurants ouvrent un peu partout et le mythique hôtel Central, sur la place de l’Indépendance, se prépare à une fastueuse renaissance. Au milieu de cet îlot de tranquillité, le Théâtre national, point de départ idéal pour une découverte de l’architecture du quartier, se loue pour des réceptions privées. De là, on part au hasard des rues pavées de briques, dans une ambiance toute nonchalante, quelque chose oscillant entre l’atmosphère de La Havane et celle de la Nouvelle-Orléans. Quelques maisons coloniales rivalisent avec de belles demeures aux balcons en fer forgé. Là, au coin d’une rue, un bâtiment Art déco aux couleurs défraîchies toise un édifice néoclassique, plus loin une brinquebalante maison en bois de style caribéen laisse échapper quelques bribes de rumba, souvenirs des vagues migratoires successives qui ont submergé le coin. Sous la jolie pergola du Paseo Esteban Huertas, un vieux musicien noir joue du banjo ; ailleurs, quelques Amérindiennes, descendues de la cordillère centrale, vendent de très chic chapeaux panamas, en réalité originaires… d’Equateur ! D’ici, la vue est imprenable sur la skyline de Panama City. C’est sans doute ce qui attire les jeunes couples, au coucher de soleil.


La saga du célèbre canal


 Dans la baie, en revanche, on croirait assister à un débarquement ! Des dizaines de cargos et supertankers attendent leur tour pour entrer dans LE canal, celui-là même qui fait aujourd’hui la fortune du pays. Ils sont une quarantaine chaque jour à parcourir ses 80 km séparant l’Atlantique du Pacifique. Il y a foule cet après-midi aux écluses de Miraflorès, à la sortie de Panama City. Pour l’heure, c’est au tour du Lovely Lady, un porte-containers chargé de milliers de “Lego géants”, de s’engouffrer dans l’étroit passage. Les appareils photo crépitent, ceux des touristes, bien sûr, mais aussi ceux des marins du navire pour qui le canal est également un événement ! La terrasse du centre d’observation de l’écluse peut se réserver pour un cocktail ou un dîner en plein air, jusqu’à 500 personnes. Et cela vaut la peine car elle offre une vue imprenable sur cet hallucinant ascenseur à bateau. Mais c’est encore au fil de l’eau que l’on apprécie le mieux le spectacle. La traversée d’un océan à l’autre dure entre 8 et 10 heures. À défaut, une navigation de quelques heures sur un bateau privatisable permet d’approcher les cargos et d’explorer les rives verdoyantes. Les toucans, ces oiseaux au grand nez jaune, sont quasiment impossibles à observer, mais les crocodiles et les tortues se prêtent au jeu de bonne grâce ; pour leur part, les singes hurleurs semblent prendre plaisir à effrayer les visiteurs de leurs cris qui sont réellement sinistres ! Quant aux singes capucins, ils n’hésitent pas à bondir sur les embarcations, certains d’y glaner quelques friandises…
Ambiance caraïbe : La vie en bleu
 Cette nature, indubitablement domptée à Panama City, reprend ses droits à Boquete, pas très loin de la frontière avec le Costa Rica. Une heure d’avion pour se perdre dans cette petite ville, perchée à 1500 m d’altitude au pied du volcan Baru et catapultée capitale du tourisme vert depuis quelques années. Les Ngöbe Buglé, la plus importante communauté amérindienne du Panama, tentent d’y couler des jours paisibles, regroupés dans un territoire autonome. Vêtues de robes toutes simples, rouges, bleues ou vertes, les femmes descendent chaque jour des villages pour y vendre fruits et légumes. Quand elles ne travaillent pas dans les nombreuses plantations de café qui ont envahi les collines, du coup fort verdoyantes. Entre les sentiers de randonnée et les torrents de montagne, la région se pose comme le terrain de jeu idéal pour un rallye, qui peut combiner marche à pied, VTT, raft, accro-branches et tyrolienne ; mais aussi initiation à la faune et à la flore. Le Panama ne compte-t-il pas 11000 sortes de plantes, 950 espèces d’oiseaux et 250 mammifères ? Mais il ne faut pas trop rêver : pour entrevoir un paresseux, un quetzal ou un puma, il faut vraiment beaucoup de chance !


 De son côté, Bocas del Toro, un chapelet de grains de beauté plantés en pleine mer des Caraïbes, préfère voir la vie en bleu. Ici, tout est trop ! Il pleut trois fois plus que sur la côte pacifique, la nature est plus exubérante, l’eau plus transparente, les couleurs plus vives… En particulier à Bocas, un bourg à l’ambiance toute caribéenne, avec ses maisons en bois peintes en vert, bleu ou rose. Dans la rue principale défoncée, les taxis – de gros 4x4 jaunes pétaradants – hèlent les touristes fraîchement débarqués, beaucoup d’ex-fans des sixties à la recherche d’une ambiance “peace & love”. Le jour, on les croise dans les magasins de surf ou de plongée, le soir dans les bars sur pilotis. Key West devait ressembler à cela, il y a 100 ans ! L’intérêt de Bocas del Toro n’est pourtant pas là, mais dans ses sublimes plages. Un coup de lancha – bateau traditionnel de pêcheur – et soudain apparaît un paysage de carte postale ! Ravissement bordé d’une cocoteraie et quasi désert, Boca del Drago est idéale pour organiser un barbecue les pieds dans le sable. Pour y accéder, il faut d’abord naviguer jusqu’à Bird Island, îlot habité par les frégates, puis le long de la mangrove, terrain de jeu favori des dauphins. Quand vient le soir… qui pourrait résister à une halte à Cayo Coral, un restaurant sur pilotis perdu au milieu de nulle part. Le soleil couchant fait exploser les couleurs de l’horizon, les poissons virevoltent sous le plancher du bar…
Dans la jungle guatémaltèque
 Pas si éloigné géographiquement et beaucoup plus authentique dans ses traditions, le Guatemala entend également jouer la carte du tourisme ; lui qui a longtemps partagé ses visiteurs avec son voisin mexicain. Dommage que la première vision du pays prenne la forme de Guatemala City. Polluée, asphyxiée par une circulation anarchique, noyée sous les fils électriques, dangereuse même… On rêverait plus excitant pour une capitale. Vite, fuyons et plus vite encore par la panaméricaine, cette longue route qui, de l’Alaska au Chili, traverse tout le continent américain. Les pick-up rutilants partagent la chaussée avec les camions en transit et les bus locaux bourrés à craquer, d’anciens cars scolaires américains repeints et customisés, le tout se jouant des nids-de-poule et filant à pleine vitesse, tous chromes en avant.
 Antigua, autrement nommée la perle du Guatemala, est à une heure de route. La ferveur religieuse, qui atteint son paroxysme pendant les fêtes de Pâques, n’aura pas suffit à protéger l’ex-capitale, fondée en 1543 par les Espagnols. En attestent les ruines de la cathédrale, dissimulée derrière une façade baroque. Maintes fois détruite par les tremblements de terre, elle s’est résignée à ne plus ressembler qu’à une petite ville de province très endormie. Mais si belle, si attachante… Comment résister à la poésie de ces murs encore debout, au charme rétro des ruelles mal pavées, bordées de jolies demeures coloniales abritant de rafraîchissants patios. Les maisons n’ont pas d’étage. Donc, par temps clair, elles laissent apparaître le cône de l’Agua, l’un des trois volcans ceinturant Antigua. Une sorte de Vésuve au-dessus d’une autre Pompéï. Certaines demeures, meublées d’époque, se louent pour des opérations ne dépassant pas 80 personnes ; tout comme les ruines de plusieurs couvents, pour un voyage hors du temps. On déambule des heures dans les rues dessinées en damier, entre avenidas et calles, brûlées par le soleil, avant de chercher un peu de fraîcheur à l’ombre des jacarandas et des tulipiers du Parque central ; à moins de préférer l’une des 35 églises, dont certaines affichent d’éclatantes façades néobaroques. Rouges ou jaunes, décorées de colonnes, de statues et d’entrelacs faits de stuc blanc, elles ressemblent, en fait, à d’énormes pièces montées.


 C’est un tout autre monde que l’on trouve à Chichicastenango, bourg perché à 2000 m d’altitude. “Chichi”, c’est le pays des Quichés, la plus importante des ethnies descendant des Mayas. La ferveur catholique d’Antigua y fait place à un syncrétisme religieux mêlant les rites hérités de la culture maya et ceux du culte chrétien. Lequel prend tout son sens dans la petite église blanche de Saint-Thomas. La dévotion des fidèles y est impressionnante, une succession de rites, entre magie et prières, litanies paganistes et messes catholiques romaines traditionnelles ; le tout dans des fumées de copal, résine utilisée comme encens… Tous les jeudis et dimanches, les marchés installés aux alentours de l’église sont le théâtre d’un autre spectacle. Celui des étals qui s’étirent un peu partout dans le village, dans un très joyeux et très coloré capharnaüm. Des centaines d’Indiens viennent des villages pour vendre aux touristes des bijoux, des tissus, des masques, des poteries, des articles en cuir ou tout simplement, des fleurs, des fruits et des légumes cultivés sur les riches terres de l’Altiplano. Une indispensable initiation à la culture maya avant de partir à la découverte du fabuleux joyau guatémaltèque :Tikal.
Les traces d’une civilisation disparue
 On imagine la surprise des explorateurs du XIXe siècle qui découvrirent cette cité maya bâtie entre les années 250 et 900. Il fallut des milliers d’heures de travail pour mettre à jour les ruines monumentales, étouffées par une jungle hostile. On dénombre aujourd’hui plus de 3000 constructions réparties sur 16 km2, beaucoup sont encore sous terre. C’est au choix : huit heures de route ou une heure d’avion depuis Guatemala City, pour partir sur les traces d’une civilisation disparue.
 Ambiance Jurassic Park lorsque la voiture franchit l’entrée du parc national qui abrite le site, avant une plongée dans la forêt mystérieuse. La balade se fait à pied, sous un soleil de plomb. D’abord les bruits de la jungle, rassurants lorsque les oiseaux gazouillent, angoissants lorsque les singes hurleurs manifestent leur mauvaise humeur… Des arbres gigantesques ensuite, à l’image du kapokier, l’arbre sacré du Guatemala. Enfin, au détour d’un virage, un, puis deux, puis trois temples… Et c’est la Plaza Major qui se dévoile. Deux pyramides de plus de 40 mètres de haut s’y font face, le temple du Grand Jaguar et celui des Masques. Même si le stuc aux couleurs vives qui les recouvrait jadis a disparu, ces deux bâtiments n’en demeurent pas moins grandioses. Entre eux, sur un vaste espace gazonné, des familles guatémaltèques se prêtent à quelques rites mystérieux.
La montée des marches du temple


 Tout de même, il n’est guère possible de ne pas penser aux sacrifices humains fort prisés à la haute époque, à tout ce sang qui a ruisselé sur ces pierres magnifiques, autrefois gravies par les futurs immolés et aujourd’hui par des touristes en espadrilles. Mais pas question de monter directement ces hautes marches. Elles sont en effet si raides que des passerelles de bois ont été aménagées à côté. Alors, s’il ne faut en escalader qu’un, ce sera le temple du Serpent à deux têtes et ses 64 mètres. Encore enfoui dans la végétation et protégé par sa gangue de terre, il se devine tout juste. Mais de son sommet, on découvre un océan de verdure percé par les sommets de quelques temples émergeant de la jungle. Restent alors, planant au-dessus de tout ce vert, quelques grandes questions relatives aux premières civilisations amérindiennes : Pourquoi ici ? Depuis quand ? Pourquoi des sites pareils furent-ils si subitement abandonnés ? Pourquoi ?