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[6/04/2011]

De plus en plus cosmopolite, Berlin s’est forgée une image d’entrepreneuse arty. La capitale allemande parie sur l’avenir, l’économie culturelle et les nouvelles technologies pour achever sa transition économique.

Le 10 janvier dernier, la Berliner Morgenpost titrait “Berlin toujours plus internationale” et dénombrait l’impressionnant éventail des entreprises étrangères installées dans la capitale allemande. Depuis les 171 implantations luxembourgeoises jusqu’aux presque 6 000 entreprises polonaises, en passant par les 614 unités françaises. “Cette internationalisation est l’un des gros points forts de la ville, explique le Dr. Ralf Geruschkat, chef de la section politique économique de l’IHK, la chambre de commerce de Berlin, elle montre bien que l’économie berlinoise s’en sort plus que dignement, malgré ses handicaps de départ”. Le prestige de la capitale ne cesse en effet de grimper.Mais sa dette publique en fait autant… Pire, on dit que les 60 milliards d’euros actuels risqueraient même un jour de flirter avec les 70 milliards, alors que le taux de chômage, certes en diminution, affiche encore un gros 13,6 %1.

 

Pourtant, Berlin a su s’imposer sur plusieurs fronts, notamment celui du tourisme. Ainsi, fin décembre 2010, le seuil des 20 millions de visiteurs annuels a été franchi pour la première fois. “Il faut continuer à améliorer le statut économique et rendre la ville encore plus compétitive par rapport aux autres grandes places européennes, notamment Paris et Londres”, poursuit Ralf Geruschkat. Si l’industrie berlinoise, devenue partiellement obsolète après la chute du Mur, ne représente plus que 14 % du PIB de la ville, de nouvelles industries, plus novatrices, se profilent à l’horizon2. “Le paradoxe, c’est que le chômage touche principalement la maind'oeuvre non qualifiée, alors que Berlin est riche en grandes écoles et universités”, ajoute Ralf Geruschkat. C’est que les jeunes ingénieurs ont encore tendance à quitter la capitale, leur diplôme en poche. “Face à ce constat, la ville a su déployer de grandes stratégies qui ont déjà porté leurs fruits et permettent d’inverser le mouvement”, rassure Ralf Geruschkat.

 

 

L’innovation pour lutter contre le chômage
La définition de domaines de compétences bien spécifiques a été la première mesure visant à donner une identité économique propre à Berlin tout en évitant l’exode professionnel. Parmi ceux-ci, les transports, la biotechnologie et la technique médicale, les médias, les technologies de l’information, la green economy, la mobilité et la téléphonie mobile se sont taillés la part belle. Depuis dix ans, le Land de Berlin a d’ailleurs constitué un “fonds d’avenir” permettant d’aider les projets de recherche et développement tandis que les subventions distribuées aux jeunes entreprises sont monnaie courante. Grâce à cela, Berlin a vu le nombre de créations d’entreprises croître formidablement depuis les années 20003, en particulier dans le secteur privé des services qui emploie désormais plus de 50 % des actifs. “Berlin souhaite se positionner comme une ‘ville d’excellence’ ”, explique Thomas Vermynck, chef de projets à la TSB Innovationsagentur Berlin. Cette agence pour l’innovation aide les acteurs politiques, économiques et scientifiques de la ville à intensifier leurs collaborations. Elle promeut également les jeunes entreprises dans le domaine des nouvelles technologies et de l’écologie. TBS Innovationsagentur, financée à 50 % par le sénat berlinois, fait partie des trois entités, avec IHK et Berlin Partner, dont la mission est de proposer des services aux investisseurs potentiels, du soutien dans la recherche de bureaux ou des informations sur les marchés extérieurs. “Grâce à ces efforts, le PIB de Berlin, en baisse régulière dans les années 1990, a retrouvé la croissance depuis 2004”, reprend Thomas Vermynck. Les pronostics pour 2011 se situent autour des 3 % ou plus. Et, avec 1,9 % du PIB se rapportant au domaine scientifique, Berlin, légèrement au-dessus de la moyenne nationale, travaille à une meilleure valorisation de son potentiel, notamment en créant des parcs technologiques comme celui d’Adlershof.

 

L’innovation pour lutter contre le chômage

 

1 ) La galerie d’art Thomas Schulte, la première à ouvrir à Berlin après la réunification, est devenue un point de rencontre incontournable de l’art contemporain.
2 ) La bibliothèque de l’université Humboldt, le J. und W. Grimm Zentrum, oeuvre de l’architecte suisse Max Dudler, symbolise une ville studieuse.
 
 
 Cette “cité des sciences, de l’économie et des médias”, située au Sud-Est de la ville sur un site de 420 hectares où se côtoient anciens bâtiments réhabilités et créations architecturales audacieuses, est encore en plein essor. Même si Adlershof accueille d’ores et déjà 800 entreprises et près de 20 000 actifs, dont 7 000 étudiants de l’université Humboldt et 3 000 scientifiques travaillant dans les domaines de la biotechnologie, des énergies renouvelables, des nouvelles technologies et des médias. Pour autant, ce pôle économique entend aussi devenir un lieu de vie à part entière, avec des commerces, des hôtels, des restaurants et des cinémas, des écoles et des logements écologiques.

 

 

 

Entreprises technologiquesEntreprises technologiques
Projet similaire, quoique d’un autre genre, le Osthafen, ancien port sur la Spree, est récemment devenu un centre de développement consacré à la musique et aux médias. Dans ce quartier proche de l’East Side Gallery, vestige du Mur et musée de fresques contemporaines à ciel ouvert, d’anciens entrepôts d’oeufs et autres constructions industrielles datant du XIXe siècle ont été réhabilités pour accueillir des agences de publicité et de communication, des bureaux et des studios d’enregistrement, des labels de musique et autres firmes comme Universal Music ou MTV. C’est aussi à Osthafen qu’a été inaugurée, en 2008, l’arène O2 World où ont lieu concerts géants et événements sportifs. “Cela permet non seulement de redonner vie à un ancien no man’s land de la RDA, mais aussi de relancer l’économie berlinoise dans ces zones proches de la rivière, historiquement industrielles”, explique Karin Teichmann, directrice du Business Location Center pour Berlin Partner. C’est dans ce quartier, également appelé “Media Spree”, que vient d’ailleurs d’ouvrir le tout nouveau Nhow, un hôtel thématique axé sur la musique et le design, doté de son propre studio d’enregistrement et de sa galerie d’art.

 

Comme Ralf Geruschkat, Christoph Lang, porte-parole de Berlin Partner, affirme, que l’endettement élevé semble finalement n’avoir qu’un impact limité sur la ville et sur son économie. “Berlin possède une infrastructure excellente et c’est une ville où il est assez facile de s’implanter, car on y trouve encore des terrains constructibles en plein centreville, et les prix de l’immobilier restent toujours très bas par rapport aux autres capitales européennes”, explique-t-il. À Berlin, la qualité de vie est polymorphe : culture, nature, espace, infrastructures, mais aussi garde d’enfants ou loyers modérés en sont les atouts premiers. “Par ailleurs, c’est la ville d’Europe ayant la plus forte dynamique de population : sur ses 3,4 millions d’habitants provenant de 180 pays, 1,6 million n’y habitait pas en 1990”, poursuit Christoph Lang. Ce très grand échange de populations contribue à l’intense bouillonnement culturel et artistique de la capitale allemande. “Le secteur des services se développe plus vite à Berlin que dans les autres Länder allemands, surtout l’industrie créative, parce qu’on trouve ici des gens extrêmement qualifiés, des jeunes venus du monde entier, pleins d’idées et parlant de nombreuses langues”, conclut Christoph Lang.La baguette magique qui se pose sur le Berlin d’aujourd’hui est agitée, on l’aura compris, par la fée “créativité”. Le domaine des services, qui ont représenté 67 % du PIB de Berlin et de sa région en 2009, englobe en effet un nombre considérable d’entreprises oeuvrant dans le domaine de la mode, du design, de l’architecture, de la musique, de l’édition et des médias… La région Berlin-Brandenburg comptait déjà, en 2009, 230 000 actifs dans le domaine de la créativité (mode, cinéma, jeux vidéos, édition,musique, design, industrie mobile, publicité, architecture, etc.) travaillant pour environ 29 000 entreprises ayant généré plus de 24 milliards d’euros de ventes4.

 

Alors que Berlin est devenue, dès décembre 2005, la première ville d’Europe continentale à rejoindre le réseau des “Villes créatives” de l’UNESCO, avant d’être nommée “Ville de design” en janvier 2006, l’économie culturelle est un cluster, un pôle de compétitivité à part entière. Aujourd’hui, dans la métropole allemande, on produit des blockbusters comme The Reader ou Unglorious Basterds ; on trouve une dizaine d’écoles de stylisme et même une académie spécialisée dans les jeux vidéo. D’ici 2015, la “classe créative” berlinoise devrait s’être définitivement imposée comme une force économique de taille. C’est l’objectif du sénat de Berlin qui la promeut en déployant réseaux, institutions ou sites Internet tels que CreateBerlin.de ou creative-city-berlin.de.

 

 

Une plate-forme aéroportuaire dernier cri
Avec cette belle image de marque, on comprend que Berlin ait atteint le demi-million de fans sur Facebook ; autant que Paris. Alors, pour peaufiner son look de trend-setteuse, Berlin se devait un dernier ajustement : un aéroport digne d’une “métropolis créative”. Berlin Brandenburg International, situé sur l’ancien site de l’aéroport Schönefeld, ouvrira ses portes en 2012, ce qui occasionnera un nouveau grand pas en avant : le trafic annuel devrait rapidement passer de 20 à 40 millions de passagers. Quant aux deux autres plates-formes aériennes, elles se verront destinées à de nouvelles carrières. Tegel, qui fermera en 2012, se transformera sans doute en centre de recherche et de développement dans les domaines des énergies renouvelables ou encore de la mobilité, soit un nouveau parc technologique qui donnera à Berlin des allures de “smart green city”. Quant à Tempelhof, fermé depuis 2008, il tient déjà salon dans ses anciens terminaux. Le Bread & Butter, pour la mode, ou le Popkomm, pour la musique, y attirent des milliers de visiteurs. A Berlin, l’imagination est au pouvoir.