La Mauricie plonge le visiteur dans un Canada mythique. Ses forêts denses peuplées d’ours et de loups, zébrées de lacs et de rivières poissonneuses promettent rudesse, liberté et aventure comme dans les récits de Jack London. Combiné avec la découverte de Montréal, ce séjour offre aux groupes des sensations très variées.
Traîneau à chiens
Soixante tonnes de poulet et de céréales par an : voilà ce qu’engloutissent les 170 huskies et malamuts de la meute d’Éric de la Cruz, le musher de Sacacomie. C’est avec ce Français installé au Canada depuis dix ans que les groupes peuvent s’initier à la conduite d’un attelage, une expérience qui débute par la découverte de ses compagnons de travail dans une clairière, tous paisiblement couchés dans la neige… Une image qui force le respect dès lors qu’il fait –10 ° ! Comment manier un traîneau ? “En encourageant les chiens par la voix, l’attitude, le geste, explique Éric de la Cruz. Ils sont très réceptifs au comportement des humains. Il est toujours intéressant d’observer comment un même attelage change d’attitude selon la motivation du client.”
Après les aboiements et chamailleries d’usage lors des opérations d’attelage, le traîneau s’ébranle et la magie opère. Des rivières, des lacs gelés, des kilomètres de sentiers enneigés serpentant dans les forêts d’érables, de bouleaux et de conifères… Inoubliable séquence émotion qu’on aimerait poursuivre encore et encore... Au retour, le musher est intarissable sur la psychologie animale de ces athlètes dont la vie en meute et les hiérarchies s’apparentent à la communauté des loups. La composition des attelages se fonde sur les caractères de chacun. Pour des groupes n’excédant pas douze personnes, il propose des randonnées de deux à quatre nuits dans l’un des cinq refuges du parc.
Au programme : cuisine sur le poêle à bois de la pêche du jour et soins des chiens. Éclairage à la lampe à gaz et eau à volonté pourvu que chacun aille la chercher dans le lac en perçant la couche de glace. Bref, l’expérience de la vie des trappeurs…
La Mauricie
Entre Montréal et Québec, la Mauricie est irriguée par la rivière Saint-Maurice qui s’écoule du Réservoir Gouin, sa source, jusqu’au Saint-Laurent au niveau de l’agglomération de Trois- Rivières. Immense espace préservé abritant plusieurs parcs et réserves, la région se caractérise par ses centaines de lacs et une forêt dense qui occupe l’essentiel du territoire. Au sud-ouest, le lac Sacacomie, dans le comté de Maskinongé, la porte d’entrée de la Mauricie, est le pays des “bleuets” (myrtilles) que les Indiens algonquins nommaient saghackhomi.
Cette partie de la Mauricie bordée par la réserve Mastigouche n’est plus desservie par le réseau routier au-delà de Saint-Alexis-des-Monts. En revanche, c’est un paradis pour les activités hivernales, bien sûr, et aussi estivales : pêche, kayak, équitation, randonnée, quad… Riche en petit gibier (lièvres, perdrix…), la Mauricie permet l’observation dans leur milieu naturel de loups, d’ours bruns, lynx, renards, coyotes et orignaux. Et donne l’occasion de découvrir une partie de la culture amérindienne et québécoise, dont ses fameuses cabanes à sucre.
Motoneige, invention québécoise
À droite la manette des gaz, à gauche le frein… comme sur une tondeuse à gazon. D’ailleurs, le maniement de la motoneige est immédiatement accessible aux néophytes. La selle est confortable, les poignées chauffantes très efficaces ! La stabilité de la machine mue par une chenille met immédiatement en confiance, et pourvu qu’on ne se laisse pas griser par la vitesse, l’engin garantit, en toute sécurité, une superbe randonnée. Ne pas tenter l’expérience, lorsqu’on goûte à l’hiver canadien, et plus particulièrement au Québec, est tout simplement impensable puisque c’est ici que l’engin fut inventé dans les années 50 par Joseph Armand Bombardier, figure mythique de la région.
Depuis cette époque, le succès de l’engin n’a cessé de se confirmer, développé par ses premiers aficionados qui s’empressent de lui aménager des pistes spécifiques. Résultat ? Le territoire est aujourd’hui maillé de milliers de kilomètres de sentiers, entretenus et damés par les clubs locaux. En hiver, c’est même l’unique moyen de s’enfoncer dans la forêt et d’appréhender toute la variété des paysages locaux. Et bien sûr, aussi, l’occasion de faire une halte dans un “relais”, les Routiers des motoneigistes où l’on déguste la poutine : frites, fromage fondu et sauce barbecue, le plat local pas léger-léger, mais assurément roboratif.
Montréal souterrain
L’été, le visiteur l’ignore, mais l’hiver, lorsqu’une tempête de neige s’abat sur la ville, le Montréal souterrain acquiert soudain un attrait irrésistible. Alors, les rues se vident, la vie continue en sous-sol… et elle n’est pas triste. Avec ses 30 km de corridors, de places intérieures et de galeries, Montréal est l’une des plus grandes cités souterraines du monde. De quoi organiser une pléiade de rallyes pour les groupes. Ce vaste réseau dessert pas moins de dix stations de métro, plusieurs gares de chemin de fer et d’autobus, 62 complexes immobiliers, 7 grands hôtels, 1600 logements, deux universités et un collège !
Et aussi, 200 restaurants, 1700 boutiques, 37 salles de cinéma et galeries d’art. À découvrir à partir des stations comme Peel et Mc Gill, ou au hasard des 155 entrées disséminées dans le centre. Après, advienne que pourra, car la signalisation intermittente et parfois ésotérique garantit de l’égarement. Pas de panique, surtout
pour les accros du shopping, ils seront au paradis : cette partie invisible de Montréal abrite 35 % des commerces du centre-ville.
Plateau Mont Royal
Le parc Lafontaine, 40 hectares au cœur de la ville, est l’un des grands pôles d’attraction de Montréal. L’été, c’est le théâtre de plusieurs festivals ; l’hiver, ses sentiers se transforment en pistes de ski de fond et on y pratique le patin à glace sur deux patinoires. Une balade dans ses environs immédiats permet de découvrir l’habitat traditionnel local dans les rues arborées bordant le sud et l’ouest du parc. Érigées en briques sur deux étages au début du XXe siècle, ces bâtisses ouvrières pouvant abriter jusqu’à quatre logements se caractérisent par leurs escaliers extérieurs permettant d’optimiser la surface habitable et d’offrir à chaque appartement un accès indépendant. Le charme provient de leurs formes variées : escaliers à vis ou droit, composant un quart ou une moitié tournante, à double volée… les architectes s’en sont donné à cœur joie et chaque façade a son identité. Le dispositif est louable, mais totalement inadapté aux chutes de neige qui durant tout l’hiver transforment leur ascension en expédition périlleuse. C’est alors que le quartier s’anime de tous ses habitants à pied d’œuvre pour dégager les marches disparaissant sous les congères.
La ronde des quartiers
Pour les groupes, l’avantage d’une étape éclair à Montréal réside dans la diversité de ses quartiers. Dans le cadre d’un rallye photo comme c’est le cas ici, chaque sous-groupe peut ainsi décider d’explorer telle ou telle partie de la ville selon ses centres d’intérêt : le Mont Royal, un parc de 200 hectares aménagé sur une colline offrant l’un des plus beaux panoramas sur la ville ; son flanc sud, le Golden square mile, le carré huppé des demeures ; ou le boulevard Saint-Laurent. Cette main street qui traverse la cité et égrène en autant de microquartiers toutes les vagues d’émigration ayant forgé cette cité pluriculturelle : les Haïtiens, les Italiens, les juifs et les Grecs, les Portugais, le Village abritant la communauté gay, Chinatown…
En poursuivant vers l’est, c’est le Vieux Montréal, le cœur historique où les bâtisses XVIIIe et XIXe siècles côtoient des buildings Art déco, une basilique néogothique et un cortège d’édifices comme le palais de justice, la maison de la douane ou l’hôtel de ville et son balcon d’où le général de Gaulle lâcha son historique : “Vive le Québec libre !”
Rencontre
Laura Chalençon, vice-présidente de l’agence réceptive JPdL Vitamine Canada
Comment se comporte la destination Québec ?
Laura Chalençon - Plutôt bien, le nombre de visiteurs est en croissance : +5,4 % d’entrées directes de touristes français en 2007 par rapport à 2006. En revanche, en ce qui concerne l’incentive pur, la tendance, pour l’instant, est plutôt à la stagnation par rapport aux séminaires ou aux conventions qui sont en croissance.
Combien avez-vous reçu de groupes l’an dernier ?
L. C. - Soixante-dix groupes sur notre créneau qui porte exclusivement sur l’incentive et les séminaires, sachant que la durée moyenne du séjour est de 3 à 4 nuits l’hiver, et plutôt 5-6 nuits l’automne. Quant à l’origine des groupes, elle est constituée de Français à 60 % et des autres nationalités européennes pour la partie restante.
Le cours de l’euro par rapport au dollar vous est favorable ?
L. C. - Oui, enfin, à condition de faire abstraction de la destination États-Unis ! On vient de perdre une compétition relative à un groupe de 200 personnes contre New York…
Pour les groupes incentive, l’hiver reste la période favorable ?
L. C. - Oui, car c’est la plus exotique et sans doute celle qui se prête le mieux à créer des ambiances conviviales rapprochant les individus autour d’un feu, après des épreuves dans le froid, du type motoneige, traîneau à chiens, pêche blanche ou randonnée avec un trappeur... Nous sommes souvent en concurrence avec les destinations soleil et nous gagnons assez régulièrement, c’est une façon de sortir des sentiers battus du balnéaire et d’entreprendre un séjour beaucoup plus dynamique. Jusqu’à présent, les décideurs ayant pris ce “risque” n’ont jamais été déçus, les participants sont toujours enchantés.
Comment positionnez-vous la région ?
L. C. - Comme très fédératrice, car elle permet un nombre important d’activités variées, par ailleurs assez inhabituelles pour des visiteurs européens. L’avantage réside aussi dans le fait qu’on peut mixer sur une période courte les paysages mythiques du Canada et la découverte de Montréal, grande agglomération de type nord-américaine.
À cet égard, il faut signaler que la région est montée en gamme et permet désormais d’investir de très beaux endroits, de bons restaurants, de jolis hôtels… La contrepartie, bien évidemment, c’est qu’elle n’est plus la destination “économique” qu’elle fut il y a une dizaine d’années. Pour organiser un incentive digne de ce nom, il faut compter environ 300 dollars par jour/personne.


