“Les enjeux du développement durable dans les voyages d’affaires et les MICE”
Tout le monde communique désormais autour du thème du développement durable. Mais quels sont, concrètement, vos engagements ?
Pierre Caussade, directeur environnement et développement durable d’Air France
« Le secteur aérien est souvent pointé du doigt lorsqu’on parle de pollution : nous faisons 3 % des émissions de CO2, et pourtant les médias concentrent sur nous 15 % de leurs articles sur le sujet ! Les compagnies aériennes ne veulent plus être vues comme les “mauvais pollueurs”. Après un long travail qui a démarré il y a plus d’un an, nous, les compagnies aériennes – avec des partenaires comme les aéroports et les constructeurs aéronautiques –, arrivons avec des propositions. Quels sont ces engagements ? D’abord celui de l’amélioration permanente de l’efficacité énergétique, mais surtout celui, ferme et définitif, d’un plafonnement de nos émissions, avec un objectif de moins 50 % en 2050.»
Thierry Thauvin, directeur des ventes Web et agences pour le groupe Accor
« Nous sommes investis dans le développement durable depuis pas mal de temps, avec la création d’une direction de l’environnement dès 1997. Le Novotel Montparnasse a été l’étalon, en 2006, pour définir les normes HQE pour les hôtels de demain. Autre chantier innovant : nos 100 “hôtels solaires” en France, avec des installations qui devraient couvrir 50 % des besoins en eau chaude. Nous avons par ailleurs lancé une charte de l’environnement, en 65 points. Chaque hôtel doit obtenir au moins 40 bonnes réponses pour être nommé “hôtel vert”.»
Philippe Fournier, directeur général de l’agence MCI et président de l’Association nationale des agences de communication événementielle (Anaé)
« L’ANAé a été depuis quelques années très impliquée dans le développement durable. On a voulu être pragmatiques et donner à toutes les parties prenantes – agences mais aussi prestataires, destinations, hôteliers – des fiches pratiques pour être en phase avec ce thème. Par ailleurs, au-delà de la charte de l’ANAé, nous avons également lancé un grand nombre de formations sur le développement durable dans les événements.»
Elmar Ledergerber, président de Zurich Tourism et ancien maire de de Zurich
« Aujourd’hui, à Zurich, un nouveau bâtiment consomme dix fois moins qu’en 1970. C’est d’autant plus fondamental que le secteur du bâtiment concentre 50 % de la consommation d’énergie. Le second secteur, c’est le trafic, qui mobilise 35 % de la consommation totale. À Zurich, nous avons investi énormément d’argent sur le trafic dans toute la région métropolitaine au cours des 40 dernières années. Résultat : 60 % des pendulaires viennent le matin en transports publics sur leur lieu de travail à Zurich. Pour nous, c’est un argument fort et nous essayons vraiment de nous positionner comme une ville verte avec des atouts à faire valoir : nous avons été élus sept fois en tête du classement Mercer de la qualité de vie, et nous avons une position privilégiée. Zurich est une ville compacte, entourée par la verdure, les montagnes et des lacs avec la qualité d’une eau potable. »
Emmanuelle Weiland, chef de projet achats durables de la SNCF
« Notre mission, au sein de la SNCF, est d’intégrer le développement durable à tous les niveaux de la chaîne de valeur des achats. En juillet, une formation a été lancée dans le but de sensibiliser les 730 acheteurs SNCF à la manière d’intégrer le développement durable ; l’idée, c’est de déployer la démarche “achats durables” à tous les niveaux : management, comportements et processus achats. Nous avons mis en place un tableau de bord “achats durables et solidaires” avec des indicateurs de performance. Nous venons, par exemple, de revoir l’uniforme des contrôleurs, avec des chemises en coton équitable Max Havelaar, sous label Oeko-Tex… Il en va de même pour la vente ambulante, la restauration à bord, la gestion des déchets, le nettoyage des matériels roulants…»
Et vos clients ? Sentez-vous monter réellement une demande sur ces sujets ?
Philippe Fournier
« Il y a aujourd’hui de grosses entreprises, françaises et internationales, qui incluent systématiquement dans leurs appels d’offres une démarche développement durable à la fois pour eux, pour l’agence et pour tous les prestataires concernés. Par ailleurs, nous insistons auprès de nos membres pour qu’ils aient une démarche de sensibilisation auprès des clients, non seulement sur la partie environnementale, mais également sur la partie sociale et sociétale.»
Christophe Renard, vice-président Business Intelligence de Carlson Wagonlit Travel
« Dans le monde des déplacements professionnels, le développement durable est un sujet largement commenté, mais il faut être honnête : concrètement, il ne se passe pas grand-chose. Nous avons réalisé une enquête auprès de travel managers sur leurs sujets de priorité : l’environnement était en queue de liste. Ce thème n’influence le choix des fournisseurs que pour un nombre réduit d’entreprises. Il y a une prise de conscience, mais le critère économique reste prépondérant et la crise n’a rien arrangé. Mais il faut rappeler que selon l’entreprise, les émissions de CO2 produites par les déplacements professionnels peuvent être plus ou moins significatifs. Pour certaines entreprises, cela peut être moins de 1 %, quand pour d’autres, notamment dans les services, cela peut être de 15 à 20 %.»
Jérôme Drevon-Barreaux, président de l’Association of Corporate Travel Executives (Acte)
« J’apporterai là-dessus une petite nuance. Il y a, certes, des entreprises qui restent absentes de ce débat, mais il y en a d’autres qui comprennent que le développement durable peut être un facteur différenciant. Nous essayons de faire passer cette idée avec l’Acte, qui s’est engagée dès 2004 sur ce thème du développement durable.»
Et vous-mêmes, en tant que clients, parvenez-vous à faire bouger vos fournisseurs ?
Emmanuelle Weiland
« Nos fournisseurs sont en attente de signes de la part de leurs clients sur ce thème du développement durable. D’où l’intérêt d’intégrer ces exigences dans les cahiers des charges : ils attendent ce type de signaux pour se mettre en marche et faire des propositions en rapport avec la demande du client. C’est très “économie de marché” : il faut une demande pour que l’offre se développe. Et c’est là que nous avons un rôle à jouer en tant qu’acheteurs.»
Pierre Caussade
« Il s’agit d’un signe très fort. Nous sommes tous clients et fournisseurs les uns des autres. Et c’est aussi la pression des clients qui nous a fait bouger. Dès lors que quelques compagnies leaders se mettent dans ce mouvement, cela crée un effet d’entraînement. Il est fondamental de s’assurer que les fournisseurs sont également engagés dans une démarche de progrès : à quoi serviraient les engagements de responsabilité de grands groupes comme la SNCF ou Air France si, au fin fond de la Birmanie, nous faisions travailler des enfants pour fabriquer nos uniformes ? Le développement durable passe donc par des chartes d’achats.»
Philippe Fournier
« C’est sûr que s’il n’y a pas de demande côté client, on va avoir du mal à s’y mettre.C’est pourquoi nous essayons de promouvoir au sein de l’ANAé une démarche proactive, nous voulons dire à nos clients : voilà ce que vous pouvez faire, et voilà quel sera le bilan de votre événement après votre passage.»


