Le voyageur d’affaires prend des photos. Limité par le temps et par l’encombrement, il dispose désormais de nouvelles solutions pour rapporter quelques souvenirs. Car le numérique a bouleversé la capture d’images et ne cesse de s’hybrider.
Dans voyage d’affaires, il y a le mot voyage. Les déplacements professionnels ne sont pas toujours des obligations qui font transiter de salle de réunion en lounge d’aéroport en passant par la case hôtel. Une étude Strategy One de 2008 montrait qu’un tiers des voyageurs d’affaires occidentaux entrent dans la catégorie des “explorateurs”, à la recherche d’un contact authentique avec leur destination et y prenant des photos. Les Français interrogés sont 41 % à penser qu’un appareil photo est indispensable. Mais reste l’inévitable dilemme : voyager léger ou emporter son “bon” appareil, c’està- dire un gros reflex ? La photographie ne cesse de muter sous les effets du numérique, mais aussi d’innovations plus proches de l’utilisateur. Finie la course effrénée aux mégapixels, la résolution des capteurs est stabilisée entre 10 et 15 millions de sites photosensibles. L’enjeu de la qualité s’est déplacé dans un mouvement de sous-segmentation. Ainsi, les reflex se font-ils de plus en plus compacts et les compacts de plus en plus complexes. Enfin, et c’est la petite révolution en cours, les objectifs interchangeables sortent du cadre strict du boîtier reflex.
Succès du reflex
Premier constat, les cameraphones ont cessé de prétendre à occuper une place d’honneur dans le monde de la photographie. La débauche de pixels et l’apparition de zooms optiques n’ont pas suffi à masquer la réalité : un appareil photo nécessite une électronique rapide, et ne peut se passer d’une optique de qualité. Les mobiles photo se contentant de lentilles en plastique et claironnant des 5 ou 6 mégapixels ont atteint un plafond de performances qui les cantonne à un rôle d’appoint. À l’inverse, le reflex s’est défait de son statut d’objet massif, d’usage compliqué et coûteux.
Le mouvement a été initié par Canon, leader mondial de la photo, en particulier haut de gamme. Nikon et Pentax lui ont emboîté le pas et tous proposent des produits plus compacts équipés d’objectifs dans une fourchette allant de 500 à 600 euros. Pour des appareils que l’on aurait qualifiés de semi-pro il y a une décennie, c’est une démocratisation inespérée. Ces appareils gardent cependant les atouts qui font encore du reflex le format roi de la photo. Les capteurs sont grands, les pixels y sont moins denses et plus faciles à solliciter. La définition des clichés y gagne, de même que la réduction des aberrations chromatiques. Ils restent ultraréactifs grâce à cette conception technique qui les définit : la visée optique par miroir basculant, dont le déclenchement produit le clicclac légendaire. On photographie ce que l’on voit dans le viseur, que l’on soit amateur ou pro. Il y en a pour tous les goûts, jusqu’à la bête de course de 24 Mpx et 2 kg très accessoirisée. La différence entre les marques reste une querelle de chapelles dans laquelle Sony s’est récemment invité avec ses gammes Alpha, de plus en plus larges et fournies en optiques. Même Panasonic et Samsung, enhardis par le succès rapide de leurs compacts, se lancent dans le du haut de gamme, ce qui donne la légitimité.
Compacts et hybridations
Mais précisément, la chambre reflex, celle où bascule le miroir, exige un volume minimum. Et la miniaturisation a atteint des limites. En parallèle, certaines fonctionnalités se sont propagées. Les formats bridge avaient adopté les modes de priorité à la vitesse, à l’obturation, bref, des modes non automatiques. Ils se retrouvent depuis deux ans sur des compacts évolués. Initiés par la série G de Canon et H chez Sony, ils ont fait grossir ces petits appareils.
Dotés d’optiques et de capteurs plus performants, ainsi que de circuits de traitement d’image (DSP) plus sophistiqués, ils ont créé une vraie alternative pour les amateurs de qualité. D’autant plus qu’ils peuvent intégrer des innovations étrangères à la photo, comme le GPS, permettant de signer ses photos avec leur latitude et longitude. Ces nouveautés ont fait remonter la valeur moyenne du secteur. Car avec des appareils d’entrée de gamme à moins de 100 euros, la photo numérique avait besoin d’être redynamisée et d’échapper à la banalisation. D’une manière générale, le public photo est toujours demandeur de qualité, d’innovation et sait la comprendre, même quand elle est techniquement complexe.
C’est ainsi que la dernière innovation du secteur se nomme compact à objectifs interchangeables. Le concept est simple, un boîtier de petit volume sur lequel se montent des objectifs de différentes tailles. Ils offrent donc la souplesse en même temps que le choix en matière de focale. Mais la validité de ce concept est plus profonde car elle consiste à intégrer des capteurs très qualitatifs, de type micro 4/3 (voir encadré). Résultat, les gammes G de Panasonic, Pen d’Olympus ou Nex de Sony ont jeté un pavé dans la mare. Vendus sur des arguments de compacité et d’esthétique, ils bouclent la boucle et enlèvent au reflex le dernier trait distinctif que le grand public lui prêtait.
Mais il ne faut pas enterrer le reflex pour autant. Dans le grand bal de l’hybridation, celui-ci se dote désormais de deux fonctions nouvelles et utiles.
La première se nomme Live View et permet de viser non plus obligatoirement à travers le viseur, mais à la vue de ce qui apparaît sur l’écran LCD placé au dos du boîtier. Bonus, ce dernier est de plus en plus grand, de haute résolution et parfois tactile, à l’instar des smartphones.
L’autre nouveauté fera hurler les puristes et se réjouir les généralistes : la vidéo débarque sur les reflex. Avec une excellente optique et la banalisation de la haute définition, un appareil de bonne taille devient un excellent caméscope qui ne dit pas son nom.
Mais la photo reste soumise à une contrainte incontournable. Même avec tous les automatismes et réglages du monde, il est possible de rater ses photos comme un rien. Aucun mode full auto, aucune dépense ne sauraient remplacer la dose minimale de maîtrise technique et de talent nécessaire pour capturer l’image du réel.


