Défini par l’ONU comme “un développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs”, la notion de développement durable trouve aujourd’hui un large écho auprès de la filière touristique, dont le tourisme d’affaires. Ainsi, dès 2005, l’Anaé (association des agences de communication événementielle) a-t-elle lancé avec diverses associations professionnelles représentant l’ensemble des métiers de l’événement, une réflexion autour de modalités d’engagement quant au respect de règles éthiques et environnementales par les différents acteurs de la filière. Action qui a abouti, en 2006, à la signature de la Charte des associations professionnelles de l’événement pour le développement durable et, plus récemment, à l’édition du “Guide de l’éco-conception d’un événement*” ainsi qu’à l’ouverture du site www.eco-evenement.org.
Prise de conscience collective
“C’est une réelle prise de conscience collective de la part des agences événementielles et des entreprises clientes”, déclare Benoît Désveaux, directeur de l’agence Le Public Système, en charge avec Dan-Antoine Blanc-Shapira du développement durable au sein de l’Anaé. “La plupart se sentent citoyennes et concernées par l’avenir de la planète. Surtout depuis 2002, où les sociétés cotées sur le marché ont l ‘obligation dans leur rapport annuel d’informer sur les conséquences sociétales et environnementales de leurs activités.”
Ainsi, comme le constate Dan-Antoine Blanc-Shapira, directeur général de l’agence Sensation !, “même si les demandes de nos clients ne sont pas spontanées, rares sont ceux qui n’adhèrent pas à nos propositions d’opérations événementielles prenant en compte la dimension écologique et responsable.” Adhésion qui remporte le même succès auprès de l’ensemble de la filière du tourisme d’affaires : chaînes hôtelières, traiteurs, fabricants de badges… “Cette démarche ne doit pas être vécue par nos clients comme une contrainte, mais plutôt comme une nouvelle donne. Pour cela, dès la phase de réflexion et jusqu’à celle de la création, nous devons nous demander si le programme proposé permet de limiter au mieux l’impact sur l’environnement”, explique Benoît Désveaux. Les gestes peuvent être simples. Par exemple, dans le cadre d’une opération sur Paris, utiliser le métro comme moyen de transport ou, plus généralement, récupérer et trier les déchets, préconiser pour les repas les produits de saison, distribuer des badges fabriqués en amidon de maïs, loger dans des éco-lodges… La liste des possibilités est longue !
Des opérations fédératrices
Pour aller plus loin dans leur démarche, bon nombre de membres de l’Anaé adhèrent à TFD, Tourism For Development. Cette association régie par la loi de 1901 s’est fixé pour mission de lutter contre la misère en faisant appel aux voyageurs ainsi qu’à l’industrie du tourisme et de l’événementiel. “L’engagement des entreprises se matérialise par le financement de microprojets de développement durable, clairement localisés et avec des bénéficiaires identifiés. L’objectif étant d’assurer le minimum vital à la population : eau, habitat et nourriture”, explique son président, Michel Daviaud, fondateur de l’Anaé. Les agences membres peuvent contribuer également aux efforts de TFD en proposant aux entreprises des opérations incentive différentes.
Ainsi, Connect Factory a organisé pour la force de vente de Kellogg’s produits alimentaires, une convention de trois jours à Dakar, en janvier 2007. Opération à l’occasion de laquelle le client s’est engagé sur le financement de la construction de quatre bornes-fontaines. “TFD s’engage à proposer un projet sur mesure à l’entreprise en fonction de ses valeurs, de son historique et de sa culture. Nous travaillons de A à Z sur la mission et assurons son suivi. Régulièrement, la société est tenue informée de son avancement, ce qui peut devenir un moyen de réactiver l’opération et s’avérer très porteur”, assure Michel Daviaud. Dans le cas où il un groupe ne peut pas se rendre sur place pour des questions de sécurité, d’infrastructures ou afin d’éviter tout voyeurisme, ce sont des responsables des ONG locales en charge du déroulement du projet qui viennent parler du programme au groupe. Autre cas d’opération de communication solidaire et responsable : la convention de vente des laboratoires Allergan organisée, en 2006, par EOS à Punta Cana, en République dominicaine. “450 délégués européens ont réhabilité un village”, raconte Michel Bensadoun, directeur général d’EOS. L’originalité de l’opération a valu à l’agence de recevoir le premier prix du voyage événementiel 2007 Heavent. Trophée qui récompense une démarche solidaire appliquée depuis près de vingt ans par l’agence, aussi bien en interne qu’en externe. Toutefois, Michel Bensadoun prévient : “Les opérations humanitaires demandent beaucoup de rigueur et d’éthique.” En contrepartie, c’est un outil fédérateur très fort. “Les participants ne sont plus des voyeurs, mais des acteurs. Ce qui engendre à l’intérieur du groupe une communication différente et un échange extrêmement fort”, ajoute Michel Bensadoun.
Autre démarche, celle d’Origins, filiale du groupe Atalante, qui propose notamment des voyages à partir d’écolodges et de camps traditionnels. Une partie du coût du séjour est allouée à un projet local de développement durable. Un positionnement qui ne date pas d’hier, comme l’indique son directeur, Frédéric Faure. “Il y a une dizaine d’années, nous avons créé une charte éthique du voyageur. À partir de là, nous avons mené une réflexion sur le tourisme durable. Démarche qui a donné naissance à une charte sur le désert, puis à la création, en 2004, d’ATR : Agir pour un tourisme responsable. Cette association qui compte une vingtaine d’opérateurs du tourisme a pour objectif d’œuvrer dans le sens d’un tourisme responsable. Elle vient d’obtenir la labellisation Afnor.”
De son côté, Chamina Voyages, qui est également membre fondateur d’ATR, sensibilise ses clients via des randonnées thématiques sur la découverte de la nature. Quant à l’agence Éric Loizeau Organisations (ELO), elle a lancé l’an dernier le concept “Ici et ailleurs”. “Nous proposons aux entreprises d’emmener clients et salariés voir sur place les projets qu’elles ont soutenus dans le cadre de leur politique de développement durable”, explique Thierry Malfatto, de l’agence ELO. Concept qui a donné l’idée à son client Orangina Schweppes de financer, à l’occasion de sa convention nationale au Maroc, la conception et l’installation d’un système d’irrigation dans un village berbère. Tout comme l’agence EOS, le groupe Ormès a souhaité “faire voyager différemment”, ainsi que l’indique son vice-président, Patrick Funel. “Notre démarche est celle d’un tourisme du monde ! Notre agence participe à des projets humanitaires auxquels sont associées les entreprises qui le désirent. Celles qui ont tenté l’expérience dans le cadre d’un voyage incentive la renouvellent régulièrement. Elles ne demandent plus : «Où allons-nous ?» mais : «Qu’allons-nous faire cette année ?» Il est vrai qu’au-delà de la dimension humaine, l’impact sur les participants et sur l’image de l’entreprise est énorme.”
Voyager autrement
Et pour conforter sa démarche, Ormès va créer la Fondation Ormès. “Les clients qui le souhaitent deviendront nos partenaires sur des projets concrets et donneront ainsi du sens à leur voyage.” Parmi les actions que le groupe a organisées, une campagne d’éradication du bec de lièvre chez les enfants au Vietnam, où un client a parrainé une centaine d’opérations. Sur ce même principe, EOS propose à sa clientèle de laboratoires pharmaceutiques de financer des missions médicales courtes. “Les mentalités changent : les salariés veulent être actifs et voyager autrement”, constate Michel Bensadoum. Cette implication est ressentie par bon nombre d’entreprises. Ainsi Voyages-sncf.com propose à ses employés de participer à une action de développement durable menée avec l’association Planète Urgente. “En interne, nous sommes tous sensibilisés à la responsabilité environnementale : nous buvons du café équitable, trions nos déchets, compensons lors de nos transports professionnels nos émissions de CO2…” décrit Christophe Léon, directeur marketing. L’engagement de la société va jusqu’à la création des Trophées du tourisme responsable avec notamment une catégorie Voyages d’affaires & incentive.
Le groupe Accor, pour sa part, a invité, le 22 avril, ses collaborateurs présents dans une centaine de pays à se mobiliser à l’occasion de l’Earth Guest Day, la journée de la Terre. “Ce fut le point d’orgue des actions menées tout au long de l’année et depuis une quinzaine d’années”, commente Hélène Roques, directrice du département développement durable qui précise : “Parmi nos huit grands chantiers en cours : la préservation des ressources en énergie, la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants et contre les grands fléaux sanitaires mondiaux dont le sida et le paludisme.” En marge de cette journée exceptionnelle, les salariés d’Accor pouvaient participer via Intranet à un grand jeu-concours portant sur leurs actions personnelles pour le développement durable.
“La mobilisation a été incroyable : 11000 participants ont répondu, dont 1005 en Chine, pays où les réponses s’effectuaient sur papier ! En parallèle au jeu, 1400 collaborateurs ont présenté un projet personnel de développement durable. Nous apporterons notre soutien logistique à 25 d’entre eux. Preuve que le développement durable peut être fédérateur d ‘une culture commune ainsi qu’un élément de motivation complémentaire aux autres outils”, conclut Hélène Roques.


