Travel Management
[2/11/2011]
Anne Godfrey, à la tête de la Guild of Travel Management Companies (GTMC), dresse un état des lieux objectif du marché du voyage d'affaires, tout en soulignant les problèmes spécifiques à la Grande-Bretagne. Prudente vis-à -vis du contexte économique, Anne Godfrey n'en reste pas moins optimiste, tout en pointant du doigt les nouveaux risques, en particulier les taxes récentes ou à venir, et l'utilisation incontrôlée des applications mobiles.
Quels rapports la GTMC entretient-elle avec ses homologues européens ?
Anne Godfrey - Nous avons de bonnes relations avec nos partenaires européens, mais nous essayons de rassembler encore davantage ces différentes associations de Travel Managers, pour gagner en efficacité : nous ne pouvons pas nous permettre d’être divisés dans le contexte actuel. Il y a bien sûr certaines spécificités à prendre en compte – avec en particulier la taxe APD, qui est un problème spécifique à la Grande-Bretagne – mais nous essayons, partout en Europe, de lutter contre la récession, d’encourager les voyageurs d’affaires à se déplacer davantage, puisque l’on ne peut pas faire d’affaires sans voyage d'affaires, sans poignée de mains. Il est vrai que l’on peut faire beaucoup de choses aujourd'hui avec la vidéoconférence, la téléprésence, mais au final, pour signer un contrat, les gens doivent se rencontrer.
Quel regard portez-vous sur la situation actuelle du marché ?
A.G. - Nous assistons à une reprise du voyage d’affaires, au Royaume-Uni comme en France, mais c’est une tendance encore très fragile. Les professionnels se refusent d’ailleurs à utiliser le terme de reprise au Royaume-Uni, de peur que cela ne stoppe la dynamique. Le nombre de vols repart à la hausse, en tous cas pour les vols long-courriers vers les marchés émergents – Amérique latine, Inde, Chine… – mais il est difficile pour les entreprises de se projeter, de signer des contrats avec certains tarifs, certaines conditions, alors que l’on ne sait pas quelle sera la situation dans deux ou trois ans. Tout peut arriver…
Assiste-t-on toujours à une baisse qualitative du voyage d’affaires, avec un recul des passagers en classes inférieures ?
A.G. - Effectivement, en temps de crise, les voyageurs d’affaires ont cessé de se déplacer, ou sont passés de l’avant à l’arrière de l’appareil. Les professionnels continuent à vouloir réaliser des économies, mais ce qu’ils recherchent aussi au bout du compte, c’est la possibilité de pouvoir travailler pendant leurs déplacements. Ils n’aiment pas sortir de l’avion fatigués, cela nuit à leur efficacité. Au cours des six à neuf derniers mois, nous avons assisté à une légère hausse des sommes dépensées pour les vols long-courriers : les gens sont plus nombreux en classe affaires, à de plus hauts tarifs. Ce n’est pas qu’une question de prix, il s’agit avant tout de productivité : accès au salon dans les aéroports, Wi-Fi dans les avions ou les hôtels… Une autre tendance se dégage au Royaume-Uni : les transporteurs, y compris dans le secteur ferroviaire, cessent d’utiliser l’appellation « 1ère classe », pour lui préférer par exemple Premium, ou business premium. Mais les prestations sont proches : les voyageurs profitent du Wi-Fi, d’un service de restauration, etc. Les prestataires sont conscients que les entreprises et le secteur public, sont plus attentifs aux coûts et ont durci leur politique voyages, mais ils se montrent imaginatifs.
Comment concilier aujourd’hui respect de la politique voyage et autonomie du voyageur, face aux possibilités offertes par la technologie et les applications mobiles ?
A.G. - Oui, c’est très contradictoire. Il a toujours été difficile de promouvoir une politique voyages auprès d’un voyageur d’affaires. Il pense toujours mieux savoir, en regardant par lui-même sur son ordinateur ou son mobile, et trouver un hôtel, un billet d’avion ou une voiture de location pour un prix plus intéressant. Mais il y a aussi beaucoup d’extras dont il n’a pas connaissance, et il ne peut rien modifier dans sa réservation sans payer de supplément. Le vrai challenge pour les entreprises et les TMC consiste donc à mettre en place leur propre application, pour que le voyageur d’affaires sente qu’il a une part de contrôle, qu’il peut « jouer » sur son mobile – parce qu’il y a une part de jeu dans tout ça – et gagner des points de fidélité, tout en centralisant vers les travel managers toutes les informations dont ils ont besoin pour faire appliquer la politique voyages de l’entreprise. Il faut donc faciliter ce processus avec une application mobile dédiée, pour que le voyageur se sente libre, et que l’entreprise garde la maîtrise sur les informations dont elle a besoin, en particulier en termes de sécurité : savoir où se trouve son voyageur est la chose la plus importante pour l’entreprise, pour pouvoir l’assister au cas où quelque chose arrive.
Quel est le poids des préoccupations liées à l’environnement en Grande-Bretagne dans le secteur du voyage d’affaires ?
A.G. - Ce n’est pas nouveau pour les TMC : depuis de nombreuses années, les entreprises britanniques se soucient de leur empreinte carbone, même si je pense qu’il s’agissait surtout au début d’une question d’image de marque et de réputation. Mais les choses ont évolué depuis : il y a en particulier l’arrivée du système d’échange des quotas d’émission (ETS), et surtout une pression de la part des salariés eux-mêmes, au sein des entreprises. Les équipes veulent maintenant prendre ces enjeux environnementaux en compte, et avoir des bureaux responsables, des politiques voyages responsables, etc. Les TMC les accompagnent donc dans cette démarche, notamment en mesurant l’impact de chaque déplacement professionnel. Les différents acteurs du voyage d’affaires veulent donc réduire l’impact des déplacements sur l’environnement, et le développement de nouvelles technologies, de nouvelles possibilités comme les bio-carburants, vont contribuer à rendre les voyages en avion moins polluants. Mais nous ne serons jamais une industrie verte : le déplacement professionnel engendre forcément un impact.
Comment envisagez-vous l’impact de la prochaine généralisation du système ETS aux compagnies aériennes ?
A.G. - Cela va avoir un impact énorme : nous connaissons une sorte de double peine au Royaume-Uni, avec l’APD (Air Passenger Duty) et maintenant l’ETS (European Trading Scheme). La GTMC a toujours soutenu que si l’APD est une taxe verte, cet argent doit être utilisé pour des problématiques environnementales, ce qui n’est pas le cas. Le gouvernement a finalement reconnu l’an dernier qu’il ne s’agit pas vraiment d’une taxe verte mais d’une taxe aérienne. Nous ne pouvons pas supporter ces deux taxes qui, associées, sapent notre logique économique. Avec la seule taxe APD, nous avons déjà pu constater que les entreprises évitaient en partie le Royaume-Uni en utilisant le tunnel sous la Manche pour payer moins de taxes. Il y a un impact sur l’aéroport d’Heathrow, en plus des problèmes de capacité, et nous risquons vraiment de ne plus être compétitifs très rapidement. En outre, un système tel que l’ETS doit avoir une approche globale pour être efficace, ce qui n’est pas le cas.
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