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Sous les ors de l’est

[5/06/2009]

Plan de vol

Vol Ukraine International Airlines, PS 702 effectué le 20 avril 2009, sur Boeing 737-400, similaire au vol effectué en son temps par le groupe. Décollage à 10h30. Installation à bord, distribution de journaux dans les deux classes. Après le décollage, les hôtesses de la classe affaires proposent boissons rafraîchissantes et apéritifs. À 11 h : déjeuner. Celui de la classe économique est servi dans des boîtes à en-cas : salade fraîche au chou et concombre, poulet en sauce et papillote de chocolat ; boissons sans alcool, vins rouge et blanc servis au verre ; café, thé. Classe affaires : service au plateau et vaisselle en porcelaine ; salade composée assortie de charcuterie, choix entre saumon-pomme de terre et poulet-riz, cubes de fromage, pâtisserie ; rien d’excessif. Vins de Bordeaux blanc et rouge, en petites bouteilles ; café, thé, liqueurs. 12 h : vente de produits duty free. Atterrissage à 13h20, il est 14 h à Kiev. Ukraine International Airlines opère trois vols quotidiens entre Paris et Kiev, dans les deux sens, sur Boeing 737. Deux d’entre eux sont effectués en partage de code avec Air France. Tél. : 01 58 22 20 06 • Internet : www.flyuia.fr

Kiev : À l’ombre des bulbes orthodoxes

Une merveille. Un bonheur que cette Kiev, mère de toutes les slavitudes ; une surprise d’autant plus grande qu’elle est encore méconnue des ressortissants des pays de l’Ouest. Elle donne des églises dont les bulbes ruissellent d’or au soleil, une cathédrale Sainte-Sophie directement inspirée de sa grande soeur d’Istanbul, et d’autres monuments religieux encore, il y en a tant ; des Saint-Michel, des laure de Petchersk (traduire monastère principal) vénéré dans toute l’Ukraine ; encore l’église Saint-André dont le rococco domine les charmantes ruelles de la vieille ville, malheureusement fort encombrées par les étalages de trop de souvenirs marchands… Le reste se découpe au fil du city-tour en vastes avenues bordées de marronniers, en place de l’Indépendance – on se souviendra ici de la fameuse révolution orange –, en quartiers huppés où se garent Mercedes et Ferrari devant de beaux restes faits d’hôtels particuliers où logeaient, il n’y a pas si longtemps, les apparatchiks de l’époque soviétique ; en marché couvert aussi, là où l’on goûte gratuitement le caviar, ou en tranquilles Ruelles, un rien bobo, somnolant sur les bords du Dniepr… Aux commandes du city-tour, Chuperka Galyna, la guide historienne – vraie guide et vraie historienne – animée d’une passion toute slave, s’appuie sur les lieux et bâtiments pour raconter la fantastique histoire de sa ville. Cela donne successivement des Wikings, des Mongols, des Tatars, des Turcs, des Polonais, des cosaques, des Russes, des Autrichiens, des occupants allemands et des soviétiques… auxquels il faut ajouter un rien de Byzance, beaucoup de culture juive, pléthore de noms de rois, d’artistes et de héros du pays qui sonnent, hélas, un peu dans le vide à une oreille française. Du coup, on se retrouve dans une totale déshérence en même temps qu’on éprouve un léger malaise face à sa propre ignorance. Qu’à cela ne tienne, le voile d’opacité se lèvera peu à peu au fil du voyage.

Laure De Petchersk : Ferveur religieuse

Pour se faire une idée de la ferveur religieuse qui s’est emparée de l’Ukraine depuis la fin du joug soviétique, il n’y a qu’à grimper jusqu’à la laure de Petchersk, vaste monastère fondé au XIe siècle et monument le plus visité de la ville. Le complexe s’étend sur 24 hectares et se divise en deux parties, haute et basse. Des églises, bien sûr, des campaniles, des cellules de moines, des peintures, des icônes, un panorama exceptionnel sur le Dniepr… mais surtout, dans la laure basse, tout un réseau de catacombes ; avec églises, réfectoire souterrain et 123 corps de moines naturellement momifiés. La laure haute accueille le fabuleux trésor des Scythes, une ethnie vivant au IVe siècle avant J.-C. Une profusion de bijoux d’or inspirés par l’art grec, si ce n’est venus de Grèce.

Train de nuit : Des faux airs de transsibérien

Les wagons de ce train-là sortent des mêmes chaînes que ceux du transsibérien. ll relie Kiev à Lviv, au nord du pays, en une nuit, et est identique à son célèbre cousin. Ambiance train de nuit, passage de compartiment en compartiment, trois mots échangés et une complicité pour toujours ; vodka évidemment et, pourquoi pas, caviar acheté au marché. Une occasion de côtoyer des Ukrainiens vrais.

Lviv : L’art et les belles

C’est l’histoire d’une grand’place bordée de maisons du XVIe siècle, celle d’une fabuleuse cité marchande installée au pied des Carpates, surnommée au Moyen Âge “la Babylone de l’Est”. C’est aussi l’histoire de l’une des rares villes du pays épargnées par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. Lviv, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est donc restée telle qu’elle était autrefois, perdue dans une forêt d’églises, percée d’une multitude de passages et de cours où sèche joliment le linge, parcourue de ruelles aux pavés disjoints. Et toute cette jeunesse, ces ”moins de 20 ans” qui s’égaient à la terrasse des cafés et font la fête toute la nuit. Le centre historique de Lviv, qui se découvre à pied, s’éclate en quartiers distincts. Ici l’église arménienne, là le quartier juif, là encore un nom de rue à consonance grecque, un autre d’origine serbe. Brassage de cultures, remarquable vie intellectuelle et artistique… En témoignent son opéra, de réputation mondiale, mais aussi la liste des grands noms qui descendirent à l’hôtel George, longtemps le plus huppé de la ville : Balzac, Liszt, Ravel, Sartre, Tolstoï… Aujourd’hui, l’hôtel a perdu de son lustre et replonge jusqu’à la confusion dans l’ère soviétique.

Tenue de soirée

L’opéra de Lviv n’usurpe pas sa réputation. C’est l’un des plus beaux d’Ukraine et c’est aussi le seul monument de la ville figurant sur des billets de banque. Construit au tournant du siècle dernier par l’architecte viennois Gorgolewski, il n’économise ni les ors ni les fresques, et propose une salle d’honneur, la salle des Miroirs, superbe et privatisable, par exemple pour une soirée de gala. La maison, qui a vu passer l’impératrice Sissi, programme tous les grands chefs-d’oeuvre classiques qu’elle donne en grande pompe dans des décors exubérants.

Partie de campagne : L’imaginaire des Carpates

Il est loin le vieux Dracula. Ils sont bien loin ces paysages qu’on aurait cru, il y a si peu, figés pour toujours dans des années 50 qui n’auraient jamais connu le rock’n roll, elles sont loin ces paysannes à blouse imprimée, ces hameaux et leurs chemins de terre faisant office de route départementale. Toutes ces photos qui font les beaux jours des livres de tourisme sont en fait restées à 60 kilomètres de là, en Roumanie, de l’autre côté de la montagne-frontière… Car pour ce qui est des Carpates ukrainiennes, l’ex-URSS et ses bulldozers ont eu raison des charmantes fermettes et d’une bonne partie de ce qui faisait l’art de vivre de la population du coin. Maintenant, c’est plein de cubes en béton, de choses sans grâce mais pourvues de tout le confort moderne, comme on dit. Tout de même. Il y a des restes, et de beaux. Il suffit de s’éloigner un peu des nids-de-poule de la route principale – et encore, pas tellement – pour retomber sur une esthétique vécue dans son jus, sur des maisonnettes bleues ou vertes entourées de minuscules jardins potagers et de palissades de bois, des sentiers traversant des villages dégringolant le long de torrents et d’extraordinaires scènes bucoliques semées de poules en liberté, d’hommes et de jeunes garçons travaillant la terre, de chevaux attelés joliment pomponnés et d’éternels chiens de ferme trottinant derrière. Chaleur humaine des villageois et vodka de bienvenue obligatoire : une, deux, trois… Personne n’ose décliner la tradition : ça vexe.