La vraie vie, c’est sur les marchés populaires qu’on la découvre : les gens, leurs habitudes, les couleurs, les odeurs, les bruits... Lors de mes voyages, j’essaie toujours de me réserver un moment pour me rendre au marché ; souvent très tôt le matin, avant mes rendez-vous de la journée.
À New York, il y en a un que l’on appelle “organic”, une sorte de marché bio. C’est très curieux : on se promène dans cette ville moderne qui répond à tous les superlatifs urbains, et puis, d’un seul coup, on tombe sur un drôle de marché animé par une dizaine de petits producteurs qui croient dur comme fer à ce qu’ils cultivent à 50 km de là ! Au Brésil, à Belem, les fruits, les légumes, les viandes, les poissons sont si spécifiques à la région amazonienne qu’ils nous sont tout simplement inconnus ! Dans la partie dédiée aux onguents et aux plantes miraculeuses, de vieilles dames burinées racontent les bienfaits de leurs mixtures…
Ce sont presque des sorcières ; mais tellement charmantes, si amusantes ! Sur les marchés du Haut-Karabagh – c’est une république autonome liée à l’Arménie qui est aussi le berceau d’une branche de ma famille –, on m’a dévoilé d’authentiques recettes familiales. Une épice inconnue, une question que vous posez, et vous voilà en train de prendre une véritable leçon de cuisine !
La vraie vie, c’est aussi dans l’architecture qu’on la décèle. J’y suis très sensible. J’aime savoir comment les gens ont construit leur maison… Au Maroc, les riads ont une cour centrale autour de laquelle toute la vie s’organise. C’est la seule ouverture sur l’extérieur…
Dehors, il n’y a qu’un dédale de ruelles dans lequel on se perd… et où “il faut” se perdre, m’a un jour confié une journaliste marocaine, à Fès : “C’est ainsi que vous allez vraiment apprécier le charme de la ville.” Pour moi, l’imprévu fait partie du voyage. Bien sûr, j’ai des rendez-vous fixés à l’avance ; mais ensuite, je vais selon l’inspiration, au gré des rencontres… À Lima, j’ai réussi à m’échapper d’un congrès fort ennuyeux et dans un magasin, j’ai entamé une discussion avec un Anglais sur la ville : “Il n’y a pas beaucoup de clients, je vous emmène visiter”,m’a-t-il proposé très spontanément. Des gens qui vous guident, vous racontent, vous conseillent, j’en rencontre souvent… Je me demande si c’est moi qui provoque cela ? Je suis ravi de me retrouver dans un bistrot de quartier où je peux partager un moment de vie avec les habitants.
Là, mon approche du pays devient plus juste ; c’est en tout cas une vision bien différente de celle que l’on peut se forger dans un bar d’hôtel. Je ne m’arrête pas trop dans ce genre d’établissement de luxe. Je n’y fais que déposer ma valise… En fait, la seule chose qui m’importe vraiment dans un hôtel, c’est sa localisation : surtout pas dans un lieu touristique ! On devient otage de ce genre d’endroit où il est impossible d’appréhender la vraie vie… J’en suis persuadé : voyager, c’est essayer de s’imprégner d’une culture autre que la sienne, pour en saisir l’authenticité. |