A l’étranger : l’image de Paris bousculée

Prolonger son séjour et passer du professionnel au personnel, c’est un attrait pour le voyageur d’affaires lorsqu’il se trouve à Paris”, explique Carole Zerah, directrice marketing de l’Office du tourisme et des congrès de Paris.

Même si, bien sûr, tous les ingrédients purement “business” y sont présents. “C’est une ville très accessible où le voyageur d ‘affaires trouve toutes les compétences et les talents qu’il recherche”, poursuit Carole Zerah. Et pour cause : en 2008, pas moins de 440 salons et 900 congrès ont été recensés à Paris.

La capitale se positionne donc en experte de l’organisation d’événements corporate. Et joue la carte d’une vaste gamme de possibilités en termes d’hébergement et de lieux de réunion. “On prétend encore que Paris est une ville chère et, certes, on y trouve des hôtels d’un luxe rare et l’on peut louer le château de Versailles… Mais organiser une conférence avec un budget limité est tout à fait possible”, ajoute la spécialiste des congrès. Pourtant, l’image perdure. Michael Rohowski, Managing Director Media Europe du groupe 24/7 RealMedia, traverse la Manche une fois par semaine. Pour cet Allemand vivant à Londres, l’hôtellerie parisienne reste coûteuse. “Heureusement, on trouve de plus en plus d ‘hôtels design à prix abordables, reconnaît-il. Mais lorsqu’on organise une conférence, il est souvent difficile d’obtenir une large participation internationale ; précisément à cause du prix de l’hébergement.”

Parmi les points noirs que le voyageur étranger impute encore à la capitale, la rareté des taxis est en première place. “À New York ou à Londres, il suffit de lever la main pour qu’un taxi s’arrête ; à Paris, c’est un vrai parcours du combattant”, déplore John Fellas, avocat dans une grande firme newyorkaise. Mary Cronson, productrice qui programme Works and Pricess du musée Guggenheim de New York, estime que si les taxis sont effectivement rares, les chauffeurs ont le mérite de bien connaître leur ville et leur métier. Car étrangement, parmi les griefs auxquels on s’attendrait, la légendaire mauvaise humeur des Parisiens semble appartenir à l’histoire ancienne. En 2008, 20000 lecteurs du magazine Condé Nast Traveller ont même désigné Paris comme la ville la plus accueillante du monde. Selon une enquête BVA réalisée en 2007, 77 % des visiteurs se disent satisfaits de l’accueil, tandis qu’une très large majorité aimeraient pouvoir y revenir.

C’est que, business ou pas business, Paris se découvre pas à pas. Naoki Iguchi, avocate à Tokyo, avoue avoir d’abord été très irritée par les nombreuses complications parisiennes lors de son premier séjour. “Le métro avait toujours un problème, les chauffeurs de taxi ne parlaient pas anglais… Mais au bout de trois mois, je ne voulais plus repartir ; la ville m’avait véritablement ensorcelée”, dit-elle en précisant qu’il faut y séjourner plusieurs semaines pour commencer à la saisir. “Au début, j’étais énervée qu’il y ait si peu de wi-fi public, reprend-elle. Car bien rares sont les cafés où l’on peut profiter d’un accès Internet. Ailleurs, aux États-Unis ou en Allemagne, c’est très répandu. Finalement, je me suis rendu compte que dans la culture française, les cafés ne sont pas des lieux où l’on travaille, mais des sortes de places publiques où l’on profite tout simplement de la vie.” Autre constat agréable pour cette Japonaise, la localisation des bureaux : “Les cabinets d’avocats se trouvent dans les quartiers les plus chic de Paris : avenue George V, avenue Montaigne, rue François I er… Ce qui n’est pas le cas à Londres, à Tokyo ou à Washington où l’on travaille dans des quartiers d’affaires parfois excentrés.”

Créativité contre efficacité

Pour John Fellas, les lieux de conférences parisiens ont un charme exceptionnel. “J’ai eu l’occasion de faire une présentation aux salons Hoche, et j’ai trouvé l’endroit merveilleux. Beaucoup plus raffiné que tous ce que j’ai pu voir à Londres ou à New York.” En revanche, l’avocat new-yorkais reproche aux hôtels de ne pas toujours être suffisamment axés business. “À Londres, l’hôtellerie sait accueillir le voyageur d’affaires et lui offrir les services et l’infrastructure nécessaires à l’exercice de son métier, avec, par exemple, des business centers beaucoup mieux équipés.”

Là, subrepticement, ressurgit la traditionnelle image d’un Parisien privilégiant l’art de vivre, au léger détriment du travail… “Les longs déjeuners d’affaires, plutôt relax, c’est aussi quelque chose d’enviable, continue Naoki Iguchi, un peu décontenancée. Mais Paris est quand même moins efficace en affaires que Tokyo ou New York, même si la ville donne de la fantaisie et de la créativité à ceux qui viennent y travailler”, conclut-elle.

Michael Rohowski, responsable média, qualifie de son côté le business mood parisien de très positif. “Si, en apparence, tout a l’air très compliqué, de fait, les gens réussissent ici à travailler très efficacement.” Pourtant, il note une différence fondamentale entre Paris et les autres grandes villes du monde, qui en fait la force et la faiblesse. “Ici, tout est très français. Ailleurs, tout est plutôt international, dit-il. À Londres, on parle de l’Europe, à New York du monde en général, mais à Paris, on parle de la France, voire exclusivement de Paris. Pour l’urbaniste Shamay Assif, chef de planning pour le ministère de l’Intérieur israélien, cette singularité tient peut-être à la langue : “À Paris, on se sent vraiment étranger. Cela peut représenter pour certains une menace. Pour d’autres, au contraire, c’est un challenge très motivant.”

Mais tous s’accordent sur un point : si la langue de travail est l’anglais, celle qu’on aimerait parler, c’est le français. Pour un business chic à la parisienne qui fait toujours rêver.