Moscou : réunions à la russe

Salles fastueuses, anciens bars, cafés réinventés, restaurants au sommet… Moscou offre plus d’une option pour des rendez-vous extraordinaires.

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Chanté par Gilbert Becaud et né dans l’esprit du parolier Pierre Delanoë, le café Pouchkine est devenu réalité à Moscou, hebergé dans un décor de vieille demeure aristocratique

Reportage Cécile Balavoine. Photos Ludovic Maisant.

Donner rendez-vous dans un nième bar d’hôtel, organiser une réunion dans une salle toujours semblable à une autre… Pourquoi ne pas profiter d’un séjour à Moscou pour explorer des adresses insolites ? La capitale de la Russie regorge en effet d’endroits en tous genres, mais tout à fait adaptés à des séances de travail informelles.

La Cristal Room de Baccarat par exemple, chic et un rien décalée, a fait ses preuves depuis 2008, année de son ouverture dans une ancienne pharmacie créée pour le tsar Pierre le Grand. Philippe Stark, qui l’a réinventée, a su mêler le délabré au fastueux dans un équilibre parfait. Véritable ambassade de l’art de vivre à la Française pour qui voudrait impressionner un homologue local, ce lieu est le fief de David Hemmerlé, un ancien du Carré Blanc, et de David Desseaux, disciple de Guy Savoy et d’Alain Ducasse. Pour autant, la Cristal Room n’est pas vraiment un restaurant. Ici, on réserve des salles privées, toutes singulières, pour des rendez-vous studieux mais néanmoins gastronomiques.

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La Cristal
Room Baccarat, un lieu emblématique de l’art de vivre à la Française décoré par Philippe Starck.

Non loin de là, le Café Pouchkine évoque aussi la tradition française et pourtant… la célèbre chanson de Gilbert Bécaud reposait sur un fantasme dont Andrey Dellos, un Russe aux lointaines origines hexagonales, fit une réalité en 1999. Aujourd’hui, cette adresse toujours plébiscitée par les Moscovites rassemble des saveurs françaises et russes dans une atmosphère spectaculaire et un rien carton-pâte. Le concept a d’ailleurs fait florès à Paris, puisqu’un premier Café Pouchkine a ouvert en 2010 au Printemps Haussmann, avant deux autres, place des Vosges et boulevard Saint-Germain.

Si l’on préfère à la nostalgie le contemporain, c’est vers le parc Gorki qu’il faut se tourner. Tout récemment, un magnifique espace dédié à l’art, le Garage, a ouvert dans un ancien restaurant kolkhozien repensé avec beaucoup de sobriété par l’architecte hollandais Rem Koolhaas. Cette fondation d’art contemporain, fondée en 2008 par Dasha Zhukova et Roman Abramovitch et initialement hébergée dans un dépôt de bus des années 1920, a migré vers le parc Gorki en 2012, dans un arrangement provisoire signé Shigeru Ban, l’architecte du Centre Pompidou de Metz, puis, en 2015, dans son écrin définitif made in Holland. En plus des salles d’expositions, que l’on peut privatiser, d’autres espaces, comme le café aux allures de salle à manger scandinave, se prêtent aux rendez-vous sérieux.

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Construite en 1862 sur l’île Bolotny, au bord de la Moskova, la chocolaterie Octobre rouge – baptisée ainsi après sa nationalisation en 1917 – s’est reconvertie en haut lieu de la création, incarnation d’une nouvelle Russie dans un décor post-industriel de briques rouges.

Non loin du Garage, en lisière du parc Gorki, on peut aussi opter, depuis 2016, pour un lieu plus rudimentaire, mais d’un charme bohème : Vélo. Dans ce café branché, où l’on s’assoit sur des palettes de bois agrémentées de coussins, sont projetés des films des années 70 sur le thème de la bicyclette. Tout un programme.

Les voyageurs d’affaires les plus audacieux oseront peut-être se risquer vers Krasnye Oktiabr, autrement dit “Octobre rouge”. Cette ancienne chocolaterie située sur un îlot face au Kremlin s’est depuis quelques années transformée en un dédale de galeries d’art, de bars et de restaurants. Plus déroutant encore, Mendeleev, du nom du chimiste créateur du tableau périodique des éléments, mais aussi, selon la légende, de la recette de la vodka parfaite, est un bar sans enseigne sur rue. Pour y accéder, il faudra traverser une gargote invraisemblable, sonner à une porte au fond d’un couloir étriqué, puis attendre qu’on ouvre les portes de la cave. Suspense… et ambiance sélect assurée.

Des profondeurs aux hauteurs, il n’y a que quelques stations de métro. Dans le quartier de Moscow City, le restaurant 354 est sans doute le plus vertigineux de toute la capitale. Là-haut se murmurent des secrets d’entreprise tout en dégustant des crevettes et autres produits de la mer. L’été seulement. Car, dès les premiers frimas, cette belle terrasse hiberne en attendant les nuits blanches de l’année à venir.