Afrique du sud, Economie : Tout près du but

La Coupe du monde de football, qui aura lieu pour la première fois sur le continent africain à partir du 11 juin, s’annonce comme un nouveau gage d’espoir économique et social.

« Notre nation s’est unie autour d’un sport autrefois symbole de l’apartheid », disait Nelson Mandela à propos de la Coupe du monde de rugby, en 1995.

Aujourd’hui, l’apartheid appartient à l’histoire. Mais à coup sûr, la Coupe du monde de football réitèrera la valeur d’unité nationale. L’événement ne sera pas seulement sportif : il sera social et économique.
“Être sous les spotlights va forcer le pays à aller de l’avant”, affirme Keith Brebnor, directeur de la chambre de commerce et d’industrie de Johannesburg. Car même si l’Afrique du Sud représente 40 % du PIB de toute l’Afrique subsaharienne, on constate que ses 210 milliards de dollars annuels, soit l’équivalent d’un pays développé de taille moyenne, sont générés par seulement 10 millions de personnes sur un total de 50 millions d’habitants. Et encore, cette économie de “premier monde” est-elle orchestrée pour les trois quarts par une population blanche qui ne représente que 9,5 millions d’individus1. “La Coupe du monde va obliger le gouvernement de Jacob Zuma à mener à bien ses mesures, notamment la réforme du système éducatif ”, poursuit Keith Brebnor. Car si les universités sud-africaines se situent à un niveau plus que correct2, l’enseignement primaire et secondaire est dans une quasi-totale déroute. “Cela conduit à un grave manque de compétences et contribue à intensifier les tensions sur le marché de l’emploi”, dit encore Keith Brebnor3. Résultats : un important turn-over au sein des entreprises, et surtout des Sud-Africains qualifiés qui continuent d’émigrer vers les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie. Malgré la création de systèmes visant à atténuer les écarts entre la communauté blanche et la communauté noire – comme le BUSA (Business Unity South Africa) ou le BEE (Black Economic Empowerment), programme de discrimination positive ayant permis l’émergence d’une classe moyenne noire –, le problème des compétences et du chômage est essentiel.

“D’aucuns pensent que la construction des stades et des infrastructures coûte trop d’argent au pays, mais ils ne voient pas que ces investissements créent également des emplois et un grand dynamisme économique”, continue Keith Brebnor. Certes, l’Afrique du Sud a enregistré une croissance négative de –2 % en 2009, mais dans l’ensemble, les grands travaux liés à la Coupe du monde lui ont permis de faire face. Par ailleurs, les prévisions sont plutôt optimistes et la croissance pour 2010 devrait se situer entre 2 % et 3 %. “La région de Johannesburg, le Gauteng (littéralement pays de l’or), s’est retrouvée riche sans faire beaucoup d’efforts, conclut Keith Brebnor, il est donc temps qu’elle sorte de sa torpeur liée à la facilité.”

Après les mines, les services

Depuis le XIXe siècle, et jusque très récemment, la majeure partie des ressources du pays était constituée par les métaux, l’or en particulier4. Désormais, l’Afrique du Sud n’est plus que le troisième producteur du monde, même si les mines et les activités de raffinage pèsent relativement lourd dans son économie. Du coup, des savoir-faire spécialisés en matière de technologies minières et de forage se sont progressivement développés. Et c’est, par exemple, une société comme Shatf Sinkers qui a réalisé le puits d’enfouissement des déchets nucléaires en Lorraine et qui perce actuellement les galeries d’aération du nouveau tunnel du Saint-Gothard en Suisse. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud s’impose comme leader mondial du pot d’échappement catalytique, en raison notamment de la présence de platine dans son sous-sol. Certes, la cinquantaine de minerais exploités est encore à l’origine de 30 % de ses exportations, mais ne constitue plus directement qu’environ 8 % du PIB. C’est aussi pourquoi le secteur des services a pris le relais. Première plateforme financière de l’Afrique, Johannesburg est devenue une ville encombrée, densément peuplée.

La coupe du monde pour dynamique

“Depuis la fin de l’apartheid, le pays a vécu sur ses infrastructures d’avant 1994, explique Dominique Boutter, conseiller commercial pour la Mission économique de Johannesburg, et c’est grâce à la Coupe du monde que le réseau routier, les transports, les télécommunications et les infrastructures hôtelières ont pu être remis à niveau.” Un exemple parmi tant d’autres : le Gautrain, réseau ferroviaire interurbain à grande vitesse qui reliera bientôt Johannesburg à la toute proche capitale Pretoria et à l’aéroport international OR Tambo. Ce projet, réalisé par un consortium mené par Bouygues et qui sera géré par la RATP, aura au total coûté environ 35 milliards de rands (3,5 milliards d’euros). Certes, l’idée de décongestionner un trafic très dense autour des deux grandes villes s’était déjà imposée indépendamment des événements sportifs, mais le tronçon situé entre l’aéroport et Johannesburg devrait être inauguré avant la date butoir du 11 juin.

“Depuis 2006, année de la nomination officielle de l’Afrique du Sud pour la Coupe du monde, le pays a investi entre 3 et 4 milliards de dollars dans ses infrastructures. Soit en constructions, soit en rénovations”, reprend Dominique Boutter.C’est ainsi que les aéroports de Johannesburg et du Cap viennent d’être entièrement réhabilités. Pour sa part, celui de Durban va fermer… au profit d’une toute nouvelle plate-forme ouverte à l’international qui doit être officiellement inaugurée le 2 mai. Grâce à cette ouverture et à la construction du Moses Mabhida Stadium, l’un des plus beaux stades du pays, Durban entend s’imposer comme “capitale du sport” sud-africaine5. Déjà premier port d’Afrique en termes de mouvements6, Durban vise aussi la première place pour les sports et espère accueillir les jeux Olympiques d’été en 2020.

“Une histoire d’image”

Mais ce n’est pas seulement dans l’infrastructure routière, portuaire, aéroportuaire et sportive que le pays investit. C’est aussi dans l’énergie. En 2008, l’Afrique du Sud a connu une pénurie d’électricité. Actuellement, deux centrales à charbon de 4800 mégawatts sont en construction à Medupi et Kusile. Il est même question de bâtir une deuxième centrale nucléaire, l’Afrique du Sud restant le seul pays africain à en posséder déjà une, à Koeberg, près du Cap. Ce qui n’empêche pas la ville et sa région de préserver leur image de destination touristique numéro un du pays, d’autant plus que là aussi, un superbe stade a été inauguré en janvier. “La Coupe du monde, c’est précisément une histoire d’image”, conclut Dominique Boutter. Une image que reflète bien le tout dernier classement de l’Afrique du Sud par la Banque mondiale à la 34e place des 181 meilleurs pays “for doing business”. S’il lui reste quelques buts à marquer, l’Afrique du Sud joue déjà sur le terrain des grands.