Afrique du sud Hôtellerie : Trois villes, trois styles

Doucement, sûrement, la scène hôtelière sud-africaine prend forme et élan. Avec quelques grands noms internationaux venant enrichir une offre qui reste très fortement locale.

Il y a eu les deux pionniers de l’après-apartheid : L’Intercontinental et l’Hyatt Regency. Puis le long sommeil. Brusquement interrompu en 2006, avec l’annonce de la Coupe du monde. Aujourd’hui, Johannesburg est fin prête. Avec un bataillon de nouveaux hôtels, à la tête duquel parade le Radisson. En 2009, un premier Blu de la marque a ouvert à Sandton, dans le nouveau quartier d’affaires, à proximité de la Bourse et du Centre de conventions : 290 chambres dans un décor interstellaire qui se déploient autour d’un lobby-atrium ponctué de gros lustres-planètes. Un lieu qui, en plus d’offrir Internet gratuit et commodités business, propose quelques originalités : une piste de jogging suspendue tout autour de l’immeuble, onze penthouses avec cours intérieures et caves à vin. “Un autre Radisson Blu ouvrira en avril, à quelques centaines de mètres d’ici”, annonce Antoinette Oosthuizen, porte-parole de l’hôtel, en pointant le doigt à travers la baie vitrée du restaurant sur un vaste chantier proche de son achèvement. “Le style sera similaire au nôtre, mais il n’aura que 190 chambres, intégrées cependant à un centre commercial haut de gamme, face à la gare du Gautrain”, poursuit-elle.

Si Radisson reste le nom le plus évocateur à l’oreille européenne, les chaînes locales ne sont pas en reste. Le Southern Sun Hyde Park, entre autres, situé dans le quartier d’affaires éponyme en pleine expansion, est un hôtel de 132 chambres adapté à une clientèle d’affaires à la recherche d’une esthétique, de standards et de services de qualité à prix raisonnables. Dans cet établissement ouvert en septembre, beaucoup de clarté, de luminosité, de blanc, de touches de gris subtiles. Un lieu paisible, donc, mais certainement pas autant que l’oasis du Saxon, dans le quartier ultrachic de Sandhurst. Où tout n’est que luxe, calme et demeures privées surprotégées. Pour pénétrer dans le parc de ce luxuriant paradis, il faut montrer patte blanche et réservation. “Nous tenons à cette exclusivité, explique, sous un majestueux lustre en fer forgé et oeufs d’autruche, Vanessa Andrews, responsable marketing, c’est pourquoi nous n’offrons que des suites.” Bientôt, trois pavillons supplémentaires viendront en ajouter 29 aux 24 unités existantes.

L’arrivée des enseignes étrangères

Cet esprit boutique-hôtel, on le retrouve à Durban, où tout se joue autour d’Umhlanga. Située en bordure de plage, cette commune limitrophe accueille les business parks attirés par la proximité du nouvel aéroport international. C’est ainsi que, hormis le Hilton, les hôtels d’affaires du centre-ville, souvent sans charme et lentement tombés en désuétude, ont été peu à peu délaissés au profit de lieux confidentiels et de caractère. L’Endless Horizons, bâtiment cubique de béton et de verre, fait partie de ceux-là. Il n’offre que dix chambres, mais ses avantages sont infinis ou presque. À commencer par une terrasse plongeant sur le grand bleu, avec possibilité de privatiser l’ensemble, avec salle de conférences high-tech et restaurant. Dans le même esprit, le Teremok est une ancienne maison privée récemment reconvertie en boutique-hôtel. Et dans un quartier colonial devenu tendance, c’est un édifice de pur style victorien, le Quarters Hotel et ses 23 chambres, sur Florida Road, et son pendant edwardien, le Quarters on Avondale et ses 17 chambres, qui attirent une clientèle d’affaires de plus en plus tournée vers les établissements de charme. Le concept semble marcher : un troisième élément, le Quarters Hermanus, a ouvert en novembre près du Cap.

Au Cap, difficile pourtant de discerner la tendance. La scène hôtelière y est tout simplement en pleine floraison. Des boutiques-hôtels, certes, il y en a, mais pas uniquement. Avant la fin 2010, dans sa conquête musclée, un Radisson viendra marquer à nouveau son territoire (le Radisson Waterfront se portant plutôt bien), à une trentaine de minutes du centre. Pourtant, se frayer un chemin parmi les grands noms locaux reste une tâche épineuse. Three Cities, Southern Sun ou encore Protea – qui vient d’ouvrir l’un des cinq-étoiles du Cap les plus courus du moment, le 15 on Orange – font rempart.

Aussi le tout récent et somptueux Taj, inauguré en février, fait-il beaucoup parler de lui. Et à juste raison. “Il faut savoir que la compagnie Taj appartient au groupe Tata, installé sur le sol sud-africain depuis plus de trente ans, explique Michael Pownall, directeur général, c’est donc un avantage non négligeable dans un pays où le secteur hôtelier reste assez protégé.” L’atout est de taille, mais la véritable gageure a été de rester fidèle à l’esprit Taj en ouvrant 166 chambres dans un immeuble historique de la vieille ville, tandis que la plupart des grands hôtels privilégient le célèbre Waterfront. “Nous avons préféré tirer profit d’un lieu chargé d’histoire, face à la paroisse où prêchait Desmond Tutu et près du Parlement”, explique Michael Pownall. Et c’est une réussite pleine de prestance et de distinction soutenue par les imposants piliers de marbre des anciens locaux de la South African Reserve Bank.

Lieux d’histoire et lieux de rêve

Du côté du Victoria & Alfred Waterfront, l’atmosphère est évidemment plus balnéaire. C’est ce que recherchait One & Only, ouvert il y a tout juste un an, avec l’ambition de devenir LE resort urbain le plus luxueux d’Afrique. Dans ce palais du XXIe siècle, où se côtoient les fleurons de la gastronomie contemporaine – Gordon Ramsay,Nobu –, ce n’est pas l’histoire mais bien le rêve que l’on vient chercher. Et on le trouve ce rêve. Autour de la piscine à débordement, par exemple, ou depuis les balcons des suites gigantesques (53 au total) donnant sur la marina et sur Table Mountain. Un rêve sudafricain que celui de Sol Kerzner, le PDG du groupe né à Johannesburg, qui après avoir lancé sa marque au Mexique, aux Bahamas et à Dubaï, est revenu aux origines.