Alger : Industrie et grands projets urbains

Diversifier son économie et sortir de sa dépendance aux importations sont les challenges de la prochaine décennie. De plus cinq grandes villes nouvelles devraient voir le jour avec pour vocation d’être des technopoles.

L’Algérie va bien. Et même très bien. Avec un taux d’endettement extérieur faible, un PIB de 171 milliards de dollars en 2008, un marché de 35 millions d’habitants et une croissance annuelle du PIB1 de 9 % en 2009 dès lors que le reste du monde se lamentait, elle ne peut guère se plaindre. Et pourtant.

“La crise a montré la fragilité des ressources pétrolières, explique Patrick Gay, conseiller financier à la Mission Économique d’Algérie. En 2009, avec la baisse du prix du baril, les recettes algériennes ont diminué de 40 %”. Le pays a du coup compris qu’une économie, qu’on pourrait presque qualifier d’économie de rente, basée sur les hydrocarbures – s’ils représentent environ 50 % du PIB, ils ne concernent que 3 % de la population active, s’élèvent à 75 % de la recette fiscale et atteignent 98 % des ressources en devises – engendrait de sérieuses conséquences. A commencer par la dépendance aux importations. “Les 40 milliards de dollars d’importations de 2009 représentent environ 25 % du PIB”, reprend Patrick Gay. Deuxième importateur de voitures en Afrique, l’Algérie est le troisième importateur de céréales et de produits laitiers dans le monde et le cinquième importateur de sucre. “Jusqu’à présent, les médicaments étaient importés à hauteur de 75 % ; mais récemment, Sanofi-Avantis est devenu le premier laboratoire étranger à développer localement ses génériques”, dit Sarida Bendjeddou, responsable du Pôle Développement Durable et Industriel à la Mission Économique. Avec l’accord des autorités, le groupe est en train de développer ses capacités d’extension, ce qui permettra de produire près de 80 % des médicaments consommés.


Relance du secteur industriel

Même stratégie dans le domaine agro-alimentaire, avec la construction d’une sucrerie ; ce qui n’exclut pas quelques initiatives protectionnistes. “En ce moment, beaucoup de nouvelles mesures régissent les investissements étrangers, explique Sarida Bendjeddou, par exemple, il est désormais nécessaire de trouver un partenaire algérien, actionnaire à 51 %, lorsqu’on vient investir”. Ces mesures, qui restreignent notamment le transfert des bénéfices, visent à rompre avec la facture “importation”, mais aussi à relancer et faire naître la production industrielle. “Cela fait un peu peur, explique Paule Tourniaire, du Pôle Affaires Internationales de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille Provence, mais je suis convaincue que finalement, les entreprises étrangères vont s’adapter et reprendre les échanges comme par le passé”.

Ces mesures vont également permettre la diversification, car si les secteurs des services (environ 28 % du PIB) et du BTP se portent plutôt bien, notamment grâce aux actuels grands projets de construction, l’agriculture (autour des 12,5 % du PIB) pourrait être stimulée. L’industrie, héritée des années 1960 et 1970, est en quasi-sommeil, avec moins de 5 % du PIB. L’Algérie mise donc sur la relance de ce secteur, mais elle fait face à un autre problème : une partie non négligeable des revenus nationaux provient d’une économie informelle ne respectant pas les lois de la transparence. Ces activités sont aussi difficiles à cerner qu’à endiguer, car elles contribuent dans une large mesure à l’emploi (dans un pays dont le taux de chômage est de 10,2 %, alors qu’il était de 31 % en 2003 et 17 % en 2006).


De futures technopoles

Bien que marqué par une administration toute-puissante et méfiante vis-à-vis du secteur privé et de l’initiative individuelle… Le marché algérien possède quand même l’un des plus forts potentiels au monde. Sortie de la décennie noire avec 20 milliards d’endettement il y a dix ans, l’Algérie n’affiche plus qu’une dette de 4 milliards. Même son tourisme piétine (1 % du PIB) alors que les atouts sont de taille : plus de 1 200 kilomètres de côtes, des montagnes, des déserts, des sites antiques… Du côté des grands projets, les choses semblent cependant bouger. Ainsi, le tout nouveau centre commercial et d’affaires de Bab Ezzouar a ouvert ses portes au public durant l’été 2010 et le projet Alger Médina, où l’hôtel Hilton devrait côtoyer de nouvelles tours de bureaux et une magnifique marina, est prévu pour 2015.Les projets publics, comme le futur métro d’Alger exploité par la RATP ou le tramway réalisé par Alstom, devraient également bientôt aboutir. “C’est un pays qui se construit à travers ses grands projets, grâce à son tissu pétrochimique et gazier, mais il manque de compétences qu’il faut faire venir de l’étranger”, explique Sarida Bendjeddou. Aussi, les cinq grandes villes nouvelles qui devraient prochainement sortir de terre seront-elles réalisées grâce au savoir-faire coréen. “Ces villes auront vocation de technopoles, mais leur mission sera également de désengorger la population concentrée sur le littoral ”, explique Séverine Labory, chef de projet dans le domaine du développement durable en Algérie. En effet, 80 % des Algériens vivent sur 10 % du territoire, le long des côtes.

La future ville de Sidi Abdallah, située à 25 km de la capitale, devrait bientôt devenir un deuxième point de concentration de population de l’agglomération algéroise. Ce centre technologique, spécialisé en TIC, en biotechnologie et en pharmaceutique, accueillera un cyberpark et une pépinière d’entreprises dont vingt sont déjà en activité, des zones de loisirs, un pôle universitaire, un hôpital. Autre projet d’envergure, la ville nouvelle de Bouinan deviendra la cité des sports, tandis que Boughezoul, sur les hauts plateaux, sera un centre de biotechnologie, d’énergie renouvelable et d’agro-technologie avec, entre autres, le développement de fermes laitières pour limiter les importations du lait.

Nous avons l’argent

Ce projet aux airs de Brasilia du XXIe siècle a été un moment considéré comme une potentielle capitale bis. S’il s’agit peut-être d’une utopie, le budget, pour sa part, est loin d’être un mirage. 200 à 300 milliards de dollars seront d’ailleurs déployés dans le cadre du nouveau plan quinquennal auquel appartiennent tous ces schémas de cités du futur. Comme le disent les Algériens, “nous avons l’argent, il nous manque l’expertise”. Reste donc à stimuler l’apprentissage et encadrer l’éducation…