Les Amériques entre désirs et contraintes financières

Il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que l'on parle grande vitesse. Le continent américain vibre de projets de réseaux ferroviaires à grande vitesse. On trouve ainsi des projets en Argentine, Brésil, Canada, Mexique et Panama. Sauf qu'aucun d'entre eux n'a pour l'instant vu le jour. Ou n'a été mené à terme.
Via Rail
Les futurs trains de VIA Rail au Canada pour le réseau HFR (Photo : VIA Rail)

Les projets de trains à grande vitesse existent sur le continent américain. Sauf qu’ils prennent l’allure de « tortillards ». Quelle en est la cause? Avant tout l’absence de volonté des Etats, sous influence d’une civilisation de l’automobile. C’est par exemple le cas au Canada (et jusqu’à présent aux Etats-Unis). Il y a ensuite une « absence » de ressources financières en Argentine, au Brésil ou au Mexique. Souvent liée d’ailleurs à des collusions entre milieux économiques et politiques…

Amérique Latine

Si l’on regarde les projets supprimés ou retardés, on trouve ainsi l’Argentine avec une ligne prévue entre Buenos Aires et Cordoba soit 710 km. Un projet aujourd’hui enterré. Au Brésil, cela fait trois fois qu’est reporté le projet d’une ligne ferroviaire à grande vitesse entre Rio-Sao Paulo et Campinas. On parle d’une éventuelle ouverture en 2025 pour cette liaison de 518 km. Mais cela semble rester du domaine du rêve. Car les travaux n’ont toujours pas débuté.

La gare centrale de Santiago du Chili, construite par les ateliers Eiffel et inaugurée en 1900 (Photo : Felipe Restrepo Acosta, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons)

Au Chili, une ligne à grande vitesse est planifiée entre Santiago et Valparaiso (127 km). Elle fait partie d’un programme d’investissements de 5 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures ferroviaires du pays. Si elle est menée à bien et rapidement, cette ligne pourrait ouvrir en 2027. La Chine est impliquée dans un consortium avec le Chili. Ce qui devrait se traduire par le lancement rapide de travaux.

Au Mexique, c’est également un consortium intégrant la Chine qui devrait construire la première ligne TGV du pays. Evaluée à 2,5 milliards de dollars, elle reliera Mexico à Santiago de Queretaro à 215 km au nord-est. Aucune communication pour la date d’ouverture de cette ligne, dont l’ouverture était à l’origine programmée pour…2017.

Enfin, le Panama prévoit, là encore en coopération avec la Chine, un projet de train à grande vitesse. Il relierait Panama City à la frontière du Costa Rica. Un trajet de 391 km qui serait servi en un peu moins de trois heures à une vitesse de 160 km/h. Un projet donc proche d’une ligne à grande vitesse.

L’étude a été présentée au gouvernement du Panama en mars 2019, qui depuis hésite face à un coût estimé à 4,1 milliards de dollars et un endettement vis-à-vis d’un partenaire chinois difficilement contrôlable.

Canada

L’histoire du transport ferroviaire canadien est édifiante. Il existe une entreprise canadienne de chemins de fer VIA Rail, nationalisée depuis 1977. Couvrant tout le pays, elle a vu pourtant son réseau démantelé dans les années 90 par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney. Histoire de couper à l’époque dans les déficits publics.

De fait, la couverture ferroviaire du pays est devenu famélique, la majorité des lignes à l’ouest du pays étant à l’abandon. La seule ligne d’importance relie à l’est du pays Québec à Windsor incluant Montréal, Ottawa et Toronto. De Montréal à Toronto, il faut actuellement cinq heures pour parcourir les 538 km entre les deux métropoles. Soit un peu plus de 100 km/h ! Sur Montréal-Québec, une distance de 272 km, le trajet dure 3h15. Soit 90 km/h en moyenne…

L’intérieur de la Business Class des futurs trains VIA Rail (Photo: VIA Rail)

Il semble qu’une amélioration soit enfin en vue. En juillet, le ministre des transports annonçait que le gouvernement s’engageait dans un processus de financement d’un projet de train à haute fréquence (HFR). L’accord entérine une proposition de VIA Rail de dédier des voies ferrées au seul transport de passagers dans le corridor Québec-Toronto. Le gouvernement prévoit désormais de rapidement finaliser le modèle de développement. Et de lancer le processus de sélection d’un partenaire privé à l’automne.

Les futurs trains rouleraient à 160 km/h, réduisant le parcours Montréal-Toronto à 3h30/3h45 de trajet. La ligne Montréal-Québec serait desservie en un peu plus de deux heures. Le projet prévoit une densification des trains, avec une quinzaine en moyenne par jour dans chaque sens et une plus grande ponctualité. Ce futur train à haute fréquence serait le plus grand projet d’infrastructure de transports que le Canada ait connu depuis des décennies. Le nouveau réseau ferroviaire à haute fréquence sera presque entièrement électrifié dans un souci écologique.

Un projet privé prend également forme dans la province de l’Alberta dans le grand ouest. Annoncée en 2008, une ligne relierait ainsi à terme les villes de Calgary et Edmonton. Aucune date n’a été avancée, le projet n’ayant pas encore été approuvé par le gouvernement provincial.