Art contemporain : Londres vole la vedette à New York et Paris

Arrivée tardivement sur la scène internationale, la capitale britannique compte désormais parmi les places fortes du marché de l’art contemporain.

Elle n’existe que depuis douze ans, et pourtant : la Frieze Art Fair, qui se tient chaque année en octobre autour de Regent’s Park, attire près de 70 000 visiteurs et fait déjà concurrence à la FIAC. Si Londres a mis du temps à trouver sa place sur le marché de l’art, elle l’a fait à la vitesse de la lumière. Paul Hedge, propriétaire de la Hales Gallery, dans l’Est londonien, a vu le marché se métamorphoser. “Dans les années 90, il n’y avait pas plus de 25 galeristes qui comptaient à Londres. Je connaissais le nom de chacun et pouvais citer les artistes qu’ils représentaient”, explique-t-il. C’était l’époque où Damien Hirst et les Young British Artists (YBA) choisissaient Shoreditch pour ses loyers à bas prix et ses espaces industriels ; l’époque où le White Cube, la galerie alternative, commençait à faire bouger le paysage artistique. “Aujourd’hui, Londres compte au moins 300 galeries déterminantes et l’énergie qui se dégage autour du commerce de l’art s’est démultipliée, poursuit Paul Hedge. Il faut sans cesse se démarquer avec des partis-pris, le nôtre étant de présenter des artistes issus des classes moyennes, des gays, des noirs ou des activistes, comme Frank Bowling, désormais exposé à la Tate.”

Fashion and textile museum

Placements intelligents

Le business de l’art londonien a timidement émergé dans les années 60. Trente ans plus tard, avec la City comme moteur de l’économie, de plus en plus d’acheteurs portent un oeil sur les artistes émergents. Ils achètent beaucoup. Ils investissent surtout. “Contrairement à la scène parisienne qui vend de l’art depuis le XIXe siècle, Londres est encore immature. Il y a parfois cette envie, chez certains acheteurs, de simplement se procurer ce qui est le plus en vue, même si nous avons plus souvent affaire à des passionnés”, conclut Paul Hedge.

Les années 2000 ont marqué un virage. De grandes galeries internationales sont arrivées, comme l’américaine Gagosian. “Nous étions déjà bien établis à Los Angeles et à New York et nous implanter en Europe constituait une suite logique. Londres était en pleine métamorphose, nous voulions saisir ce moment, explique son directeur, Stefan Ratibor. Depuis, la ville s’est imposée comme hub du marché de l’art, c’est pourquoi nous allons ouvrir fin 2015 un troisième espace à Mayfair”. Pour cet expert, voir Londres se transformer en l’une des capitales de l’art contemporain aurait été inimaginable il y a 20 ans. “Le changement s’est opéré grâce à l’ouverture de la Tate Modern en 2000, puis à l’arrivée de galeries internationales majeures et au lancement de nouvelles foires”, conclut-il.

Dernière apparue, la galerie Marian Goodman a ouvert cet automne tout près de Regent’s Street, dans une ancienne usine de textile. Un lieu immaculé où s’exposent les grands noms d’aujourd’hui, Christian Boltanski, Tony Cragg, Annette Messager pour n’en citer que quelques-uns. Installée à New York en 1977, puis à Paris en 1995, Marian Goodman a depuis longtemps tissé des liens avec l’Europe. “Ouvrir à Londres devenait nécessaire, car des artistes comme Gerhard Richter ou Giuseppe Penone n’y étaient pas représentés. Mais il fallait prendre notre temps, trouver l’emplacement idéal”, explique son porte-parole. Dans ce paradis blanc au coeur de Londres, c’est désormais chose faite.