ASEAN : Association des Nations du Sud Est Asiastique

Asie du Sud-Est : l’attrait de l’union

Manille - Jakarta - Bangkok - Kuala Lumpur

L’ASEAN, l’Association des Nations du Sud- Est Asiatique, est loin d’être un nouveau-né. Elle fêtera même, en 2017, son cinquantième anniversaire. Depuis son origine, cet ensemble qui regroupe aujourd’hui dix pays (Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam) prospère sur l’idée d’endiguement face à une menace, que celle-ci soit bien réelle ou seulement fictive. Dans les années 60, le danger était représenté par l’expansion du communisme, avant que l’ASEAN ne prenne un virage dans les années 90 avec l’intégration des pays de l’ancien bloc communiste ; le Vietnam dans un premier temps, puis le Laos et le Myanmar, et enfin le Cambodge. Aujourd’hui, c’est la volonté de se poser en rempart face à l’hégémonie affirmée de la Chine et celle attendue de l’Inde qui a conduit à une intégration plus poussée, avec comme étape ultime de ce processus l’avènement d’un nouveau marché commun, l’ASEAN Economic Community (AEC).

La Communauté économique de l’ASEAN a pourtant connu une gestation lente. 13 ans pour être exact. Cet espace économique, évoqué dès 2002, puis entériné en 2007 avec la publication d’un calendrier de négociations et d’accords, devait entrer en vigueur le 1er janvier 2015. Mais les discussions sur la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux tout comme la définition de normes communes ont pris du retard, et l’AEC n’aura finalement été porté sur les fonts baptismaux qu’au 31 décembre 2015. On est en Asie et les apparences restent importantes. Il fallait donc que l’objectif 2015 soit tenu à tout prix !

Un nouveau marché commun donc que cette ASEAN Economic Community ? Oui et non. Par la taille, cette nouvelle communauté économique est comparable à l’Union Européenne, comptant en effet 660 millions d’habitants, un PIB de 2 600 milliards de dollars et un commerce régional équivalent à 2 500 milliards de dollars.

Là s’arrête le petit jeu des comparaisons. Avant tout parce qu’il n’existe pas, contrairement à l’Union Européenne, de volonté de centralisation du pouvoir. Le secrétariat de l’ASEAN à Jakarta est anémique comparé à celui de Bruxelles, avec son administration de 400 personnes pour un budget annuel de 17 millions de dollars. À comparer aux 8,3 milliards de budget de la Commission Européenne et à ses 23 000 fonctionnaires ! Pourquoi une telle défiance des dix membres pour une autorité tutélaire ? Parce que l’association est composée d’une mosaïque de peuples et de religions, mais aussi d’économies très différentes les unes des autres, le tout saupoudré de relents nationalistes dans pratiquement tous les pays de la zone.

L’histoire commune fut mouvementée, et le passé pèse encore de tout son poids aujourd’hui, parfois même à la limite du rationnel. Ainsi, l’an dernier, l’Indonésie a refusé l’aide de Singapour et de la Malaisie durant les immenses feux de forêt qui ont touché Sumatra. Mais on pourrait citer bien d’autres exemples : la Thaïlande et le Cambodge qui ont régulièrement des poussées de fièvre sur des revendications territoriales, la Malaisie et Singapour qui jouent souvent à “je t’aime, moi non plus” sur quelques peccadilles, en tout cas pour un oeil européen, l’Indonésie et la Malaisie, ethniquement proches, qui se querellent sur la paternité de leurs traditions, frôlant parfois le “casus belli” !

L’AEC s’organise dès lors autour d’un plus petit dénominateur commun, à savoir la prospérité pour tous. Un programme qui a le mérite de fédérer l’ensemble des populations de la zone. Dans ce cadre, le principal challenge de l’AEC sera d’atténuer les différences économiques entre les dix pays. D’un côté, Singapour, Brunei et la Malaisie, les membres historiques de l’ASEAN, constituent un noyau dur de pays matures, auxquels s’ajoutent des économies intermédiaires – l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande – dont le PIB moyen oscille entre 5 000 et 9 000 dollars US par habitant. De l’autre, le Cambodge, le Laos, le Myanmar et le Vietnam, bien qu’en pleine croissance, sont encore parmi les plus pauvres du monde. Ces pays vont ainsi bénéficier d’un sursis jusqu’en 2018 pour ouvrir totalement leurs marchés à la concurrence des autres membres de l’ASEAN.

Selon une étude du cabinet de conseil Nielsen datant de 2014, plus de 190 millions d’habitants de l’ASEAN appartenaient aux classes moyennes et disposaient d’un véritable pouvoir d’achat. Ce chiffre devrait plus que doubler d’ici 2020 pour atteindre 400 millions d’habitants.
Selon une étude du cabinet de conseil Nielsen datant de 2014, plus de 190 millions d’habitants de l’ASEAN appartenaient aux classes moyennes et disposaient d’un véritable pouvoir d’achat. Ce chiffre devrait plus que doubler d’ici 2020 pour atteindre 400 millions d’habitants.

Des progrès ont d’ailleurs déjà été fait dans ce domaine. Si l’écart de richesses entre Singapour, le pays le plus prospère de l’ASEAN, et le plus pauvre, le Myanmar, est de 1 à 15 aujourd’hui. Il allait de 1 à 30 dans les années 1990 ! Pourtant, l’inégalité des richesses sera probablement l’élément de croissance de l’AEC. Car la priorité est aujourd’hui d’accélérer les échanges des marchandises et la mobilité des hommes dans toute la zone. Ce qui se traduit par des investissements massifs dans les infrastructures. L’ASEAN est notamment en train de bâtir un réseau ferroviaire et autoroutier régional. Au Cambodge et au Laos, on construit des ponts pour passer le Mékong et en Indonésie pour franchir le détroit de Sumatra. Aux Philippines, le gouvernement a décidé le développement d’une quinzaine de ports. Partout, on agrandit les aéroports, le transport aérien étant certainement le premier facteur d’intégration de la zone.

L’AEC devrait ainsi redessiner l’espace géographique de l’ASEAN avec l’émergence de nouvelles métropoles. Car à côté de Singapour, Bangkok, Kuala Lumpur, Ho Chi Minh Ville ou Manille, la dynamique urbaine a pour nom Medan, Ipoh, Danang, Davao, Phnom Penh et Vientiane. La démultiplication des points de passage aux frontières, l’abolition des visas entre les citoyens de l’ASEAN font émerger de nouveaux territoires économiques qui vont dépasser les frontières. À terme, la Communauté économique de l’ASEAN pourra reprendre à son compte la devise de l’Indonésie : “l’unité dans la diversité”.

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