Assurance : voyager couvert

Accidents, risques politiques ou sanitaires… que les voyageurs d’affaires se déplacent en France ou qu’ils parcourent le monde, ils s’exposent à de multiples dangers. Les entreprises se tournent vers les compagnies d’assurances et les sociétés d’assistance, dont le métier consiste à tout mettre en oeuvre pour que les missions professionnelles tout comme les déplacements de courte durée s’effectuent sans souci. Quelle que soit la taille de l’entreprise, le premier niveau de couverture est fourni par les cartes de paiement – logées ou non – ayant servi à régler les billets d’avion. Le second niveau de couverture est apporté par les assurances volontaires ou facultatives souscrites par l’entreprise pour ses voyageurs. Les sociétés d’assistance sont généralement des filiales de compagnies d’assurances. Par exemple, Mondial Assistance est une émanation des AGF, Mutuaide est contrôlée par Groupama et le Gan, Europe Assistance par Generali et Axa Assistance fait partie du groupe Axa. Selon le code des assurances, les assisteurs sont autorisés à pratiquer l’assistance médicale auprès d’assurés en déplacement de longue durée, c’est-à-dire de plus de 90 jours, aussi bien qu’en courte durée. À cette fonction peut s’ajouter l’assistance aux véhicules destinée à couvrir les flottes automobiles à l’occasion de déplacements effectués en France, voire en Europe.

Garanties associées aux cartes

Qu’elles soient logées ou non dans l’entreprise, les cartes de paiement sont assorties de garanties standard. Pour qu’elles s’appliquent, les titres de transports publics doivent être payés au moyen de la carte. C’est une condition essentielle. Si un collaborateur paie avec sa carte personnelle un billet d’avion pour effectuer une extension non prévue au départ, il ne sera ni couvert par la carte logée, ni par la carte corporate. Cette mise en garde effectuée, les cartes logées, qui reposent sur un système de facturation centralisé, présentent un volet assurance-assistance. Par exemple, la carte logée BNP Paribas Airplus assure contre les risques d’accident, aussi bien les collaborateurs de l’entreprise que leurs invités. “Par invité, il faut entendre toute personne non membre de la société, mais dont le billet a été payé par la carte logée de la société”, explique Claire Castier, responsable marketing d’Airplus. En effet, lorsque le prix du billet est débité sur cette carte, le voyageur est couvert pour tous les trajets effectués pour raison professionnelle, y compris ceux réalisés entre l’aéroport d’arrivée et le lieu d’un meeting professionnel. Et cela, quel que soit le moyen de transport utilisé : taxi, transport en commun, véhicule public ou privé, ce qui inclut évidemment la voiture de location. Chez Airplus, l’assurance et l’assistance ne s’appliquent pas dans le cas d’un pays en guerre. Mais elles jouent dans un pays confronté à un conflit… Subtile différence tenant généralement au fait que les atterrissages des avions sont possibles ou non. Les actes terroristes perpétrés avec une arme nucléaire ainsi que les accidents liés à des conflits ne sont pas couverts. Mais l’assurance couvre les actes terroristes “classiques” et prend en charge le rapatriement de l’assuré à hauteur de 100000 euros. La garantie monte même à 600000 euros en cas d’invalidité ou de décès de l’assuré. Avec la carte logée de Mastercard, les couvertures d’assurance et d’assistance sont disponibles, mais sont à construire selon la demande de l’émetteur (Société générale ou Crédit mutuel) ou celle de l’entreprise. De son côté, le compte carte voyages d’affaires d’American Express accorde aux voyageurs une couverture d’assurance accidents pendant toute la durée du voyage d’affaires, dans une limite maximale de 30 jours. En cas d’invalidité ou de décès par accident, l’indemnité peut atteindre jusqu’à 350000 euros. Lorsque les collaborateurs détiennent une carte corporate d’American Express, ils ont droit aux assurances couvrant les incidents de voyages – retard ou perte de bagages – et à l’assistance “global assist”. Ce service, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans le monde entier, fournit les informations et l’assistance nécessaires en cas d’urgence médicale, judiciaire ou personnelle.

Cartes corporate

Les cartes corporate ne sont pas en reste. Les titulaires de la carte Gold American Express ont automatiquement accès à une gamme d’assurances voyages qui couvrira, lors de tous leurs déplacements, les accidents de voyages (en cas de décès ou d’invalidité permanente), les incidents de voyages (retard ou annulation de vol, manquement de correspondance), les biens personnels, documents de voyages et liquidités et même l’annulation de voyages. Avec cette carte haut de gamme, les frais médicaux sont pris en charge à hauteur de 200000 euros, en cas de maladie ou de blessures lors de déplacements. Le cas échéant, le rapatriement est également pris en charge. À cette palette s’ajoute une assurance location de voitures, qui couvrira, en cas de vol ou de dommage d’un véhicule loué, tous les frais et franchises à hauteur de 75 000 euros. Que le conducteur soit ou non responsable de l’accident. Chez Mastercard, les titulaires des cartes bénéficient également de garanties d’assurance et d’assistance. “Les accidents de voyages, les retards d ‘avion ou de train, les pertes, vols ou détériorations de bagages, les dommages aux véhicules de location, l’utilisation frauduleuse ou abusive de la carte sont couverts par l’assurance incluse dans nos cartes”, explique Stéphane Thiry, responsable des produits corporate chez MasterCard.

Assistance en options

Généralement, avec l’aide de son courtier, l’entreprise souscrit auprès d’une société d’assistance, un contrat qui couvre des assurés désignés sur l’attestation de souscription. En fonction de sa taille, l’assisteur lui propose les garanties de base, accompagnées d’options correspondant à ses besoins spécifiques. Ainsi, au plan mondial, International SOS accompagne les entreprises dans la gestion des risques liés à la santé et la sûreté de leurs collaborateurs en déplacement ainsi qu’au personnel local. Ce qui comprend l’assistance médicale, la gestion de crise et les services de santé à l’international. Son offre globale comporte des services d’assistance internationale (évacuation sanitaire et rapatriement, gestion de crise), de prévention et d’information on line (bilans de santé, solutions en ligne d’information et de supervision des collaborateurs en voyage), et des services médicaux sur site. “Nous sommes habitués à mettre en place des standards de soins médicaux internationaux dans des environnements difficiles et dans des zones où il existe de sérieuses barrières de culture ou de langue”, explique le docteur Olivier Barles, directeur médical “assistance”. Cette société dispose de cliniques dans des pays comme l’Algérie, l’Angola, l’Azerbaïdjan, le Cambodge, le Tchad, la Chine, l’Indonésie, le Kazakhstan, la Mongolie, le Nigeria, la Russie et le Vietnam. En cas de problème, ses clients y sont hospitalisés avant d’être rapatriés.

Trois zones géographiques

Grand spécialiste du secteur, Europ Assistance signe le “pass mission one” pour les PME, les chefs d’entreprise et leurs collaborateurs, ainsi que les professions libérales et les membres d’associations amenés à se déplacer pour des raisons professionnelles dans leur pays d’origine ou à l’étranger. Cette solution couvre tous les déplacements professionnels, quelle que soit leur durée dans le pays d’origine et d’une durée maximale de 180 jours consécutifs dans les autres pays couverts, en fonction de la zone souscrite. Le “pass mission multi” s’adresse aux sociétés de droit français ayant leur siège social en France métropolitaine, souhaitant protéger leurs collaborateurs en mission, leur conjoint les accompagnant dans le cadre d’un déplacement professionnel. Une option, “Extension vie privée famille” permet même de couvrir la famille.

Prenons le cas d’un groupe pétrolier ayant 8000 salariés voyageant régulièrement en Afrique, aux États-Unis et en Europe. “La compagnie d’assistance établira un contrat groupe sur mesure, en tenant compte de ses spécificités en termes de destinations”, explique Anne-Laure Gogeon, expert en gestion des achats hors production chez Epsa. Cette détermination des zones géographiques est d’autant plus importante qu’elle influence la tarification. Généralement, trois zones géographiques sont définies : la zone 1 qui comprend la France métropolitaine, les principautés d’Andorre et de Monaco ; la zone 2 correspondant grosso modo à l’Europe et la zone 3 au monde entier. Bien sûr, si les garanties sont souscrites pour la zone 3, la prime sera plus élevée que pour celles souscrites pour la zone 2. À noter que certaines zones font l’objet d’exclusion, “les pays en état de guerre civile ou étrangère, déclarée ou non, les pays touchés par les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, raz de marée ou autres cataclysmes”.

Malgré ces restrictions, les assisteurs n’économisent pas leur énergie pour secourir leurs assurés. Encore faut-il que leurs avions soient autorisés à atterrir dans des zones de danger… En décembre dernier, ces assisteurs sont intervenus lors d’un attentat perpétré à Alger. En janvier, ils ont déployé des cellules d’urgence à Mombasa lors des troubles intervenus au Kenya.

Valables dans la zone géographique retenue, les garanties portent sur le remboursement de frais médicaux, le transport hospitalier, le rapatriement sanitaire et la prise en charge d’un collaborateur de l’entreprise destiné à remplacer le titulaire du contrat. Généralement ces garanties sont nominatives pour les grands voyageurs, c’est-à-dire ceux qui se déplacent en permanence. Pour les voyageurs occasionnels, l’entreprise doit prévenir la société 48 heures à l’avance et lui communiquer leur nom, afin qu’ils bénéficient des mêmes prestations. “Le remboursement des frais médicaux constitue une garantie essentielle, surtout lorsqu’on réalise notamment qu’une journée de réanimation coûte 10000 euros par jour aux États-Unis”, explique Nicolas Gusdorf, président du SNSA (Syndicat national des sociétés d’assistance).

Couverture médicale

En fonction des zones où voyagent les collaborateurs de l’entreprise, il est recommandé de souscrire un contrat destiné à compléter les garanties médicales. Par exemple, si la carte de paiement business, logée ou non dans l’entreprise, couvre les frais médicaux à hauteur de 10000 euros par sinistre, il peut être judicieux de faire intervenir une garantie complémentaire à hauteur de 100000 euros, voire 200000 euros. À ce stade, le risk manager a tout intérêt à multiplier les simulations avec son intermédiaire, courtier ou agent d’assurances, pour trouver le niveau de garantie le plus adapté. Et chiffrer l’impact d’une extension de garanties sur le montant de la prime à régler à la société d’assistance.

Responsabilité de l’entreprise

Lorsque des salariés “mobiles” en mission à l’étranger sont victimes d’un attentant, leur employeur peut être condamné pour faute inexcusable. Ainsi la Direction de la construction navale (DCN) a été condamnée, le 15 janvier 2004, par le tribunal des affaires sociales de Saint-Lô pour avoir minimisé les risques encourus au Pakistan par ses salariés.

Pour le tribunal, l’attentat de Karachi est bien un accident du travail et il “n’a été rendu possible que par une faute inexcusable de la DCN”. Les juges l’ont donc condamnée à verser environ 765000 euros au titre du préjudice moral en direction des six familles des victimes. “Cette jurisprudence incite les entreprises à anticiper davantage les systèmes d’information, de prévention et de sécurité au service de leurs collaborateurs mobiles”, souligne Sabine Schirrer, responsable marketing voyage chez Europ Assistance France.

Avec l’accroissement des risques internationaux, l’élaboration de produits d’assistance spécifiques pour les expatriés et les grands voyageurs confrontés à des situations géopolitiques instables s’impose pour garantir la sécurité des assurés dans les environnements les plus complexes.

Gestion de crise

Ainsi Europ Assistance commercialise auprès des entreprises le Pass Mission et le Pass Expatriation, avec un accès à “ea-my safepass”, un portail Internet dédié au risque voyage. Pour ce portail, la société d’assistance a fait appel à Crisis Consulting, acteur reconnu de la prévention des risques politiques et de la gestion de crise. Accessible par abonnement avec un simple identifiant et un mot de passe pour les collaborateurs et les décideurs de l’entreprise, la version 2 de ce site, qui vient de sortir, donne des informations en ligne sur les infrastructures médicales dans plus de 180 pays et territoires du monde. Pour chaque pays, le portail présente notamment une note de risque, donnant une première évaluation rapide dans la zone concernée, l’évaluation et l’analyse des risques sécuritaires, sanitaires, politiques et naturels et des informations pratiques (culture, formalités d’entrée et de sortie du territoire, sécurité des différents modes de transport…). De son côté, le réseau CarlsonWagonlit propose aux entreprises l’offre CWT Guardian signée par Ijet. Combinant intelligence et technologie, elle se décline soit en service standard soit plus développé. Le service de base diffuse gracieusement des informations sur plus de 200 destinations.

Avec ce type de service axé sur la sécurité et la prévention des risques, les collaborateurs enregistrent leurs déplacements à l’étranger directement dans cette base de suivi des voyageurs, avant le départ. À partir de ces informations, l’outil anticipe les séjours en zone sensible et peut réagir efficacement en cas de crise. Imaginons que les conditions sanitaires ou de sécurité se dégradent dans la zone où se trouvent des collaborateurs d’une société pétrolière. Grâce à cette base de suivi, les voyageurs sont localisés et reçoivent par e-mail, en temps réel, des consignes de sécurité. À ce stade de la gestion des risques, un expert sécurité peut même conseiller par téléphone les voyageurs en situation délicate, les aider à identifier des manœuvres hostiles, leur recommander un comportement afin de minimiser leur exposition au risque. En cas de danger ou de crise, CWT Guardian contacte au plus vite les expatriés ou les voyageurs, et met en place, si besoin, un dispositif médical, voire un plan d’évacuation. Si l’entreprise prend la décision d’un rapatriement politique pour un ou plusieurs de ses collaborateurs, Crisis Consulting coordonne sur le terrain, avec des partenaires locaux, leur évacuation vers un lieu sécurisé dans le pays où ils se trouvent en mission, ou dans un pays limitrophe, ou encore dans leur pays de résidence. Les coûts d’organisation et de rapatriement sont à la charge de l’entreprise ayant souscrit ce service, sauf si le gouvernement français a demandé le rapatriement des ressortissants français. Dans les contrats d’assistance, seule la garantie “frais médicaux” ne s’applique pas dans le pays de mission. Explication : en ayant le statut “d’expatrié”, le salarié perd ses droits à l’Assurance maladie française, sauf s’il s’assure auprès de la Caisse des Français à l’étranger (CFE). Cette adhésion, qui se fait individuellement ou par le biais de l’employeur, ne dispense pas le salarié des cotisations au régime obligatoire du pays d’expatriation.