Bernard Fornas : Rêver de bout du monde

En déplacement sept mois par an, Bernard Fornas, président de Cartier International, sillonne le monde pour développer l’activité du n° 1 mondial de la joaillerie. Recettes et souvenirs de voyage d’un nomade recordman des heures de vols.

Bernard Fornas © Gamma

Ma carrière s’est déroulée à l’International, je n’ai donc cessé de voyager… Aujourd’hui encore, je fais ma valise un jour sur deux, un bagage ultracompact composé d’une valise cabine à roulettes, d’un attaché-case et d’un porte costume. Avec les pressing-express de certains hôtels, ce minimum suffit, votre garde-robe est propre en deux heures. Ne jamais enregistrer, ne pas confier mes affaires, même dans un douze étoiles : je n’ai rien trouvé de mieux pour gagner du temps, éviter les pertes et le stress. Dans l’avion, je dors immédiatement, c’est le secret ; avec deux heures de sport quotidiennes au réveil.

Mes parents étant basés à Casablanca, mes premiers voyages remontent à l’époque de mes premiers pas lorsque nous partions visiter la famille en France. Un peu plus tard, ce fut la pension avec mes frères et sœurs… Il avait été conclu – à juste titre, il faut bien l’avouer – que l’ambiance balnéaire de notre vie marocaine était peu propice au bon déroulement de nos études. Nous prenions donc l’avion à chaque période de vacances. Breguet Deux-Ponts, Douglas DC 6 Lookheed Constellation : ces engins volaient bas et on essuyait tous les orages. Les passagers subissaient, les cabines empestaient… Mais les sièges étaient spacieux, le service impeccable et les hôtesses formidablement glamour.Nous étions très heureux de rentrer à la maison ! Puis ce furent les séjours linguistiques à l’étranger et le premier Paris–New-York, à l’âge de 11 ans.

Voyager est ainsi devenu de plus en plus naturel. Etudiant, je m’efforçais de choisir les stages ad hoc. Travailler chez un fabricant de papier norvégien m’a permis d’effectuer Lyon–Le cap Nord, seul dans ma 4L. À 22 ans, avec deux copains, nous avions convaincu un producteur dijonnais de nous confier la commercialisation de sa crème de cassis aux Etats-Unis. On faisait la tournée des importateurs et distilleries dans une grosse américaine, le coffre bourré d’échantillons. Les commandes tombaient tant et si bien qu’au bout de dix-huit États, l’entreprise nous a demandé d’arrêter, sans quoi elle ne pourrait plus fournir. Néanmoins, elle a pris en charge nos frais jusqu’au terme de la mission prévue. On a donc poursuivi notre périple et nous nous sommes baladés dans quarante-sept États !

Être sur le terrain, mesurer les évolutions économiques, éprouver la modification des modes de vie en Afrique du Sud, dans l’ex-Urss, en Chine ou ailleurs constitue un poste d’observation fantastique. À cet égard, je suis loin d’être blasé des voyages. Certes, lorsqu’il s’agit de séjours d’agrément, l’idéal pourrait être de me poser et de dîner d’un œuf à la coque ! Mais la famille ne l’entend pas toujours de cette oreille, alors on trouve des arrangements. Nous étions aux J.O. de Pékin pour l’extraordinaire soirée d’ouverture ; et prendre le train Pékin-Lhassa pour découvrir les contreforts de l’Everest, puis le Bhoutan, est un rêve de bout du monde à programmer… Voyager donc. Encore et toujours, car me réveiller sans la perspective d’un départ, adopter une vie sédentaire : je n’envisage pas du tout ! »

Sept dates

  • 1970 Diplôme de l’École Supérieure de Commerce de Lyon
  • 1972 MBA de la Kellogg’s School of Management, Northwestern University, USA
  • 1978 Directeur général France de l’International Gold Corporation, organisme émanant des mines d’or d’Afrique du Sud, destiné à promouvoir l’utilisation de l’or en bijouterie notamment.
  • 1984 Directeur marketing international et développement du groupe Guerlain
  • 1994 Directeur marketing international de Cartier
  • 2001 Président de Baume et Mercier
  • 2002 Président et CEO de Cartier International