Bernard Werber : « Voyager, c’est découvrir d’autres systèmes de pensée »

Bernard Werber est l’un des écrivains français les plus lus dans le monde. Formidable raconteur d’histoires, infatigable voyageur, il confie ses anecdotes les plus rocambolesques vécues au gré de ses pérégrinations. Propos recueillis par Agnès Abécassis

Bernard Werber
Bernard Werber © Rüdy Waks

J’ai fait pratiquement le tour du monde. D’abord pour mes reportages lorsque j’étais journaliste scientifique, puis plus tard en tant qu’écrivain. J’ai profité de chaque occasion qui m’a été donnée de présenter mes livres à l’étranger, puisque je suis traduit en 37 langues. Ce qui m’intéresse dans les voyages, c’est de découvrir d’autres systèmes de pensée. Je fuis les musées, étant seulement avide de discuter avec l’autochtone, de le laisser m’expliquer comment fonctionne son pays. C’est la seule chose qui me passionne.

J’écris plus confortablement dans le train, mais si je dois prendre l’avion lors de tournées lointaines, le must, c’est évidemment la business class, avec ses sièges qui s’allongent. Une fois, sur Air China, j’ai expérimenté la première classe. Le rêve : un vrai lit, un pyjama, des chaussons, le tout dans ma propre cabine… Avec une hôtesse à ma disposition dans la seconde si j’avais émis le moindre besoin… Ça a dû coûter assez cher à mon éditeur !

Les pays qui m’ont séduit sont innombrables, la Corée du Sud étant l’un de mes préférés. Les gens y sont rigoureux, exigeants, mais toujours polis et souriants. Deux contrées m’ont particulièrement marqué. L’Inde, qui ne ressemble à rien de ce qu’on peut imaginer avant d’être sur place. Attention au choc. Et le Japon, un pays formidable, avec un système de valeurs différent du nôtre. Les deux villes où je ne me suis pas senti à l’aise, où le poids des fantômes est selon moi trop lourd, sont paradoxalement considérées comme les plus romantiques du monde. Venise, où la population manifeste sa saturation des touristes. Et Prague, que j’ai trouvé triste, car on y perçoit les cicatrices de l’oppression communiste.

Plus d’une fois, mon ange gardien m’a tiré de situations réellement dangereuses…

Le problème avec les voyages, c’est que parfois, on risque sa vie ! Je me rappelle qu’au Kenya, lors d’un safari, notre voiture s’est retrouvée embourbée, entourée d’animaux sauvages. Il a fallu employer des techniques dignes d’un Indiana Jones pour s’en sortir. Des années plus tôt déjà, en pleine jungle africaine, j’ai failli me faire dévorer par d’énormes fourmis magnans. Plus récemment, lors d’un voyage de presse je me suis retrouvé aux abords d’un volcan en activité. Avec un groupe de journalistes, on avait décidé de s’approcher du monstre au plus près pour l’observer. L’un après l’autre, les journalistes ont rebroussé chemin, sauf la rédactrice en chef d’un grand magazine et moi-même, qui avons continué d’avancer. Soudain le sol devient friable… Trop tard. Je vois la jeune femme glisser irrémédiablement vers le cratère rissolant de lave en fusion. Elle s’accroche à ma jambe, elle se voit mourir, mais je tente une ultime manœuvre qui, finalement, nous sauvera tous les deux. Plus d’une fois, mon ange gardien m’a tiré de situations réellement dangereuses…

Mais il y a aussi des rencontres magiques. Il y a des années de cela, j’ai fait un trekking dans l’Himalaya. Selon notre sherpa, nous devions arriver au refuge à 17h. Mais les heures s’écoulent, et nous arrivons finalement à minuit. Surprise en découvrant le nom de l’endroit : “The end of the universe”, la fin du monde. Là, deux couples discutent entre eux. Ça donnait le dialogue suivant :
“- Nous arrivons d’Australie, et vous ?
– Nous aussi. Nous venons de Sydney.
– Ah bon ? Mais nous aussi, nous venons de Sydney !
– Nous habitons avenue Wilshire.
– C’est une blague ? Nous aussi, au numéro 157 !
– Le 157 ?! Mais c’est incroyable, c’est notre numéro à nous aussi ! Au 6e étage !   
– Ah, dommage… Nous, nous sommes au 5e étage« .
Ils ont explosé de rire. Finalement, le chalet aurait dû s’appeler “Le monde est petit” !  »

SES DATES CLÉS

  • 1961 : Naissance à Toulouse, le 18 septembre.
  • 1991 : Parution de son premier roman, Les Fourmis, chez Albin Michel.
  • 2007 : Réalisation de son premier long métrage, Nos amis les terriens, produit par Claude Lelouch
  • 2018 : Plus de 30 millions d’ouvrages vendus dans le monde.
  • 26 septembre 2018 : Sortie du roman La boîte de Pandore aux éditions Albin Michel.