Bleisure à Rockport : Cap sur la pointe

Le week-end, les Bostosniens empruntent volontiers les routes sinueuses du bord de mer pour déguster du homard au petit port de Rockport, où les artistes ont remplacé les pêcheurs d’antan.

USA MA Rockport
Des demeures cossues perchées en surplomb de l’océan, des cabanes de pêcheurs et le long de la route des églises toutes blanches et dans leur jus : la Nouvelle-Angleterre en version sauvage et accueillante.

Ourlée par les marées, Boston est une ville à l’air vif, iodé, qui invite à l’aventure. La notion d’outdoors, de plein air, s’intègre entièrement à la vie citadine. Il suffit de s’engager sur la highway 93 en direction du nord ou sur les petites routes côtières et sinueuses pour déjà se sentir l’esprit en vacances. En à peine quelques kilomètres. Dès la sortie des faubourgs, les villages de Nouvelle-Angleterre surgissent ; avec leur traditionnelle main street, longue rue principale bordée de maisons de bois et d’églises blanches flanquées du drugstore et de la mairie. Et c’est ainsi qu’on avance, doucement, vers Rockport, tout au bout de Cape Ann, un cap rocheux battu par les vents à moins de 70 kilomètres de Boston.

Chemin faisant, on s’octroie une étape à Salem. Pour le nom surtout, rendu célèbre par une pièce d’Arthur Miller et qui évoque les heures obscures où les puritains du
XVIIe siècle exécutèrent une quinzaine de femmes qu’ils accusaient de sorcellerie. On peut encore voir leurs maisons éclairées par des fenêtres en culs de bouteille. Mais Salem n’a rien de spectaculaire, sinon que c’est là, vraiment, que commence le voyage. Car juste après, les criques de sable beurre frais enserrées de rochers succèdent tout à coup à de denses forêts de pins et d’érables.

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La Bretagne Outre-Atlantique

Les paysages deviennent tranchants, minéraux ; les sensations sylvestres et marines à la fois. L’eau aux couleurs éternellement changeantes reste froide toute l’année. On atteint Rockport après avoir traversé Gloucester, ville où l’industrie de la pêche reste encore essentielle. Et puis, tout à coup de longues plages de galets, avec au loin une île, Thacher Island, et les étendues sauvages d’Halibut Point. Et les formidables baleines que l’on va observer à bord de minuscules embarcations. Les côtes, ici, ne sont jamais défigurées par des verrues des années 70, mais rehaussées par de plantureuses maisons datant pour certaines de l’époque Arts & Craft, l’équivalent américain de l’Art Nouveau.

Rockport, c’est vrai, a toujours attiré les artistes, qui se sont installés là au début du XXe siècle. Dans le village lui-même, construit autour du port en 1743, les chevalets se pressent toujours devant l’emblématique garage à bateaux, d’un rouge vif, où pendent des casiers à homards. Une cabane, certes, mais tellement photographiée et peinte que les habitants de Rockport l’ont surnommée “Motif 1”.

Le homard… presque un animal totem. Venir à Rockport sans le déguster serait une hérésie. On le savoure entier, en rolls avec du pain brioché et une pointe de mayonnaise ou en bisque. Et depuis 2005, on peut même l’accompagner d’un verre de vin blanc ou d’une bière. Une extravagance qui n’avait pas eu lieu depuis 1856, lorsque Rockport était devenue l’une des quinze villes “dry” du  Massachusetts. Mais inutile, encore aujourd’hui, de chercher les liquor stores… ils demeurent interdits. Peu importe, l’air vivifiant du large suffit à enivrer.