Bleisure : balade dans une forêt de bulbes d’or

Ancienne résidence d'artistes à Abramtsevo, bulbes d'or du monastère de la Trinité Saint-Serge : les alentours de Moscou se prête à une escapade bleisure.

Le monastère Saint-Serge est pour les orthodoxes russes l’équivalent du Saint-Siège du Vatican des catholiques romains.

Avant d’atteindre le monastère de la Trinité Saint-­­Serge, dans le village de Sergiev Posad, à une bonne heure de route de Moscou, l’escapade bleisure commence par une étape sur le domaine d’Abramtsevo, ancienne colonie d’artistes où Tourgueniev et Gogol eurent leurs habitudes. Puis, dans les années 1870, les écrivains firent place aux peintres lorsque le domaine, avec étang, rivière et forêt, passa aux mains des Mamontov, riche famille de mécènes qui fit fortune dans les chemins de fer. Serov, Polenov, Repine, Nesterov : ces peintres paysagistes ou symbolistes se fabriquèrent des ateliers aux airs d’isbas de la vieille Russie dans les bois environnants, entourés d’une infinie sérénité. Aujourd’hui, on admire leurs œuvres dans les pièces de la maison principale, à peine troublé par les craquements d’un parquet odorant, avant de découvrir la chapelle édifiée par le céramiste Mikhail Vrubel, petit joyau du style Modern, l’Art Nouveau russe.

Après cette halte bucolique, on traverse de denses forêts de bouleaux pour arriver au monastère Saint-Serge, aux clochers scintillants de tout leurs ors, d’autres d’un bleu étoilé. C’est alors une plongée dans un passé lointain, celui du XIVe siècle, lorsqu’un ermite, le futur saint Serge, se construisit une cabane parmi les sapins et les ours. Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’Ivan le Terrible remplaça la chapelle en bois de l’ermite – qui fit autant de disciples que de miracles – par la délicate église de la Dormition, aux murs blancs inclinés et surmontée d’un bulbe d’or figurant une flamme qui s’élève vers les cieux. Durant cinq siècles, le monastère n’a cessé de s’embellir avec l’ajout de la cathédrale de l’Assomption, devenue la dernière demeure de Boris Godounov, fils d’Ivan le Terrible, avant qu’au XVIIe siècle, Pierre le Grand n’érige un palais devant lequel un baldaquin baroque abrite toujours une source d’eau qu’on dit miraculeuse.

Siège du patriarcat orthodoxe, le monastère figure aujourd’hui au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans ses allées, s’agitent encore des jeunes popes en long habit noir venus apprendre l’art de la dévotion. Sous les volutes d’encens, à la lueur de fins cierges jaunes brûlant près des iconostases, montent des chants a capella d’une pureté absolue, évocation d’une Russie éternelle.