Brésil : Ciel encombré à São Paulo

La flotte d’hélicoptères pauliste sera bientôt, presque certainement, la première au monde. On l’a longtemps placée derrière Tokyo et New York, mais le journal Estado de São Paulo vient de publier une étude qui changerait la donne en faveur de la capitale économique du Brésil.

L’histoire commence en 1994, lorsque le gouvernement brésilien se dote enfin d’une monnaie stable. Ce qui permet, entre autres choses, l’achat d’hélicoptères américains et européens. Bell, le géant, a l’idée d’offrir des cours de pilotage en portugais. Très vite suivi par Eurocopter. Un vrai succès qui aujourd’hui peut se mesurer de visu : sur les 1100 appareils que l’on dénombre au Brésil, près de la moitié vrombissent dans le ciel de São Paulo, qui dispose de 420 héliports. “Il convient cependant de distinguer les véritables héliports – ceux dotés de services au sol, comme la maintenance ou les équipements nécessaires au traitement des passagers et du fret –, des simples hélistations, beaucoup plus nombreuses et qu’on trouve sur les toits des complexes hôteliers, des centres d’affaires, des banques ou des résidences privées”, dit Hervé Coulomb, attaché aéronautique à la mission économique de São Paulo.

Mille vols au-dessus de la ville

Pour le néophyte, le constat est dans le ciel. Fort encombré. Moins que les routes, cependant, qui se saturent chaque année de plusieurs milliers de véhicules supplémentaires. En tout,20 millions d’individus et 6 millions de voitures sillonnent quotidiennement les voies du Grand São Paulo. Restent ceux, entreprises et particuliers, qui disposent des moyens nécessaires pour éviter de s’engluer dans les embouteillages et s’offrir un hélicoptère. Du lever au coucher du soleil, les contrôleurs aériens comptent parfois plus de mille vols au-dessus de la mégalopole. Le long de l’Avenida Paulista et de ses immeubles de bureaux, les héliports vont de toit en toit. “Pour les dirigeants d’entreprise, c’est un gain de temps inestimable”, affirme Túlio S. Brandão, directeur des ventes chez TAM Aviação Executiva, nouvelle entité de la compagnie brésilienne qui assure des transferts en hélicoptères pour sa clientèle premium. “Le coût est élevé, environ 2000 dollars de l’heure, poursuit-il, mais nous proposons des tarifs au quart d’heure, par exemple pour les trajets domicile-aéroport. ” Ces services d’air charters (Air Taxi, Helifly et désormais TAM Air Taxi) sont de plus en plus courants, même si la majorité des vols restent l’affaire d’engins privés.

C’est ainsi que décideurs et Paulistes fortunés gagnent du temps. Mais pas seulement. Malgré une impressionnante baisse de la criminalité1, les chiffres du marché de la sécurité sont en augmentation. Plus 30 % entre 2007 et 2008, selon les estimations de la presse locale. Les causes ? Un climat paranoïaque entretenu par des émissions à sensation mettant en scène la violence urbaine, et une certaine propagation d’un climat de crainte2. Autrement dit, tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un… Les hélicoptères – comme les voitures aux vitres teintées, les véhicules blindés ou les gardes du corps – sont donc à inscrire sur la liste des moyens anti-agression. À noter que si le “bodyguard” reste un “produit” rare, généralement réservé à la haute société ou aux voyageurs d’affaires en séjours courte durée, c’est à São Paulo que la société française Geos, leader européen en matière de sécurité corporate, a implanté son siège régional.

Risques induits

Est-il raisonnable de fuir les dangers, réels ou imaginaires, rencontrés au sol pour gagner l’aléatoire sécurité du ciel ? Car à force d’encombrer les airs, les hélicoptères risquent de se trouver à l’origine d’un nouveau péril urbain, entre le manque de créneau à l’approche des aéroports, la nuisance sonore et le crash potentiel. Au point qu’en 2004, un centre de contrôle aérien spécifique au trafic hélicoptère a été mis en place pour orchestrer les 55 à 70000 vols annuels. “En fin de semaine, 150 à 180 hélicoptères peuvent sillonner en même temps le ciel de la grande agglomération”, dit un pilote. Un chiffre qui n’empêche pas la part aérienne des déplacements urbains de continuer à grimper. Restera aux ingénieux Paulistes à trouver d’autres subterfuges logistiques pour gérer leurs embouteillages. Aériens, ceux là.

1) D’après les chiffres communiqués par le consulat de France de São Paulo, entre 2001 et 2008, les homicides ont chuté de 75,5 %, les vols de véhicules de 32,2 %, les vols avec violence de 2,2 %, les vols sans violence de 34 %.

2) À titre d’exemple, la vente de véhicules blindés continue d’augmenter malgré la récession. Leur prix a baissé de plus de moitié en dix ans et est désormais accessible à la classe moyenne élevée. Selon l’ABB (l’agence brésilienne des blindages) plus de 7000 voitures ont été blindées au Brésil en 2008, contre 1782 en 1998.