Carolyn Carlson – Danser sur le vaste monde

Toute petite déjà, elle ne vivait que pour la danse… L’an dernier, elle a fêté le dixième anniversaire de son centre international de création, l’Atelier de Paris Carolyn Carlson. Elle est toujours prête à danser sur le vaste monde.

Carolyn Carlson © Eric Le Brun
« Au cours de ma vie, j’ai pris tous les moyens de transport : avion, train, bateau, taxi, métro, bus et même parfois la bicyclette. En fait, je voyage depuis toujours autour du monde avec ma troupe – de six à vingt personnes, techniciens compris. Du Japon à l’Afrique en passant par la Corée, la Finlande, la Russie ou le Brésil… Mais cela dépend des contrats. Cette année, par exemple, nous donnons surtout des spectacles en Europe, dès lors qu’en 2009, nous nous sommes rendus un peu partout dans le monde.
Quand je pars en tournée, je suis obligée de prendre l’avion.C’est vrai qu’il faut être très en avance à l’aéroport et que les contrôles deviennent de plus en plus pénibles. Mais je préfère cela pour être certaine de voyager en toute sécurité. A chaque fois, j’éprouve une certaine appréhension, car il y a vingt-sept ans, alors que je me rendais à Belgrade sur une compagnie serbe, nous avons essuyé un orage retentissant. À tel point que l’avion a dû se poser dans les champs. Expérience traumatisante même si je n’ai pourtant pas peur de mourir. Simplement mon travail sur Terre n’est pas fini ! Une autre fois, je suis partie enseigner à Ouagadougou, au Burkina Faso, et cela a été épique. Le voyage en avion a été de l’ordre du cauchemar car notre chauffeur avait un taxi complètement déglingué… Pour le reste, c’était génial, car j’ai rencontré làbas des gens formidables. C’était saisissant, tous ces contrastes ; cela m’inspire vraiment pour écrire des poésies…
En tout cas, je trouve que les sièges des avions sont toujours trop petits, surtout pour les grands comme moi. Je n’arrive jamais à dormir durant un voyage. Aussi, je regarde des films qui me font passer le temps. Si par hasard l’inquiétude monte, je récite des mantras bouddhistes pour me calmer.
Vous savez, les hôtels, nous ne faisons qu’y dormir. Du coup, je choisis celui qui est le plus près du théâtre où nous répétons. En général, tout le monde a la même chambre. Mais, comme je dirige la troupe, j’ai parfois droit à une suite. Celle qui m’a le plus impressionnée se trouve dans un grand hôtel du Kazakhstan. Elle faisait 300 m2 ! Et le bâtiment était traversé par des couloirs interminables et possédait une salle de petit déjeuner grande comme un aéroport !
Une fois, je suis allée à Kyoto avec mon fils Aleksi, et j’avais réservé un hôtel typiquement japonais où nous avons dormi sur des tatamis. Ce voyage-là a été d’un total dépaysement.Nous déambulions entre les temples, les palais, les jardins… Cela a été une expérience très inspirante, très zen…
Pour me ressourcer, je vais voir l’un de mes frères qui habite dans le Nevada et je pars dans le désert où vivaient les Amérindiens ; c’est fabuleux. Mon autre lieu de prédilection, c’est la Finlande, le pays d’origine de mes parents. Là-bas, on se retrouve en famille dans une maison près d’un lac au milieu de nulle part. Sans télé, sans radio, juste une voiture pour se déplacer… Et là, véritablement, j’apprécie la qualité du silence… »
Six dates
1943
Ma naissance à Oakland, Californie.
1965
Rencontre avec le chorégraphe Alwin Nikolais, un déclencheur qui m’a ouvert à la danse, à la poésie et à la spiritualité.
1968
Arrivée à New York, où je découvre le bouddhisme. Ma vie a changé.
1971
Rencontre avec le metteur en scène Bob Wilson qui m’a beaucoup influencé.
1974
Rolf Lieberman, directeur de l’opéra de Paris, me donne ma chance. C’est le lancement de ma carrière en Europe.
1981
Naissance de mon fils Aleski.