Casablanca Sortie de bureau

Tanger, Fès, Marrakech : tout le monde connaît, tout le monde en rêve. Mais Casablanca ? Le nom de la plus grande ville du Maroc – 3,8 millions d’habitants – ne génère que peu de fantasmes, sinon, pour les cinéphiles avertis, celui du souvenir d’Ingrid Bergman et Humphrey Bogart s’embrassant au Rick’s Cafe. Bref, le fait semble établi : si les Français prennent un avion pour Casablanca, ce n’est pas pour des vacances mais pour faire des affaires. Beaucoup d’affaires : la France mobilise près de la moitié du commerce extérieur du Maroc avec l’Union européenne et a réalisé, à elle seule, près de 54 % des investissements étrangers faits au Maroc sur la période 1999-2003. Et c’est bien à Casablanca que sont implantées la plupart des 500 filiales françaises qui ont choisi le sol marocain.

Mais Casablanca ne se résume pas à un lieu de travail. À côté du développement du nouveau Technopark et de Sidi Marouf, la “Silicon Valley du Maroc” où sont implantés IBM, Microsoft et une grande partie des centres d’appels, Casablanca n’oublie pas pour autant le secteur des loisirs, avec une palette particulièrement étendue. Les voyageurs d’affaires ne sont donc pas condamnés à se terrer dans leur chambre d’hôtel à la sortie de leurs réunions, même s’ils ont déjà épuisé les solutions les plus courues : visite de la grande mosquée Hassan II, coup d’œil sur le patrimoine Art déco, shopping “artisanal” dans le quartier des Habbou. “Bien sûr, Casablanca a grandi avec le business, et on ne vient pas ici pour chercher du folklore comme dans les autres grandes destinations touristiques du Maroc”, constate Mathilde Delcroix, directeur technique de Team Travel Service, “mais Casablanca offre quelque chose de totalement différent : une véritable ambiance urbaine, plus authentique.”

De la rue à la plage, opération propreté

Authentique, mais pas forcément relâchée. Réorganisation des transports, illumination des bâtiments, programme de plantation d’un million d’arbres : la ville s’efforce de faire peau neuve. “Tout a changé ici depuis trois ans. Les visiteurs sont heureux de constater la propreté des rues. Même si les premiers bénéficiaires de ces opérations de nettoyage sont bien sûr les Casablancais eux-mêmes”, remarque Ibtissame Benchekroun, inspecteur divisionnaire de l’office national marocain du tourisme. La grande toilette s’est également étendue sur les plages de la ville, derrière la Corniche où les piscines privées aux noms évocateurs – Miami, Acapulco, Tropicana, Tahiti… – continuent de bénéficier des faveurs des plus nantis. “Ici, en août, c’est bondé en permanence, même si le tarif monte à 80 dirhams (7,3 euros) la journée”, note la caissière du Miami Plage, où touristes et locaux se mêlent sur la grève, autour des bassins et des bungalows.

Passé sept heures du soir, la Corniche devient le symbole de cette urbanité décontractée propre à Casablanca : on déambule entre pubs et piano-bars, on dîne en surplomb de l’océan au Petit Rocher ou à la Fibule, on va au spectacle ou au cinéma, dans le nouveau complexe du Mégarama ; on dort, aussi, dans des palaces comme le Riad Salam ou dans l’ambiance plus “hôtel des Flots bleus” des quatre et trois-étoiles qui jalonnent l’artère maritime.

Le golf, point de ralliement

Ceux qui n’apprécient pas cette ambiance de station balnéaire tellement connotée dolce vita Afrique du Nord, pourront toujours se rabattre sur le golf. Pas en grande banlieue mais en plein centre-ville, au Royal Golf Club d’Anfa situé dans le quartier très chic d’Aïn Diab où le vent des Mercedes et des Jaguar berce les palmiers. Un neuf trous créé, selon la légende, pour satisfaire les désirs golfiques de Churchill à l’occasion de la célèbre conférence d’Anfa (1943). La nécessité diplomatique a engendré un club select de 3800 membres, devenu point de ralliement central de la high society casablancaise, locaux et expatriés mélangés. “Bien sûr, ceux qui veulent un 18 trous ont toujours la possibilité de se diriger vers le Royal Golf Club de Mohammedia : c’est à 15 minutes d’ici seulement en voiture”, précise M. Belgrini, directeur du club. Mais les vrais esthètes abandonneront difficilement les charmes du green avec vue sur le minaret de la Grande Mosquée.