Interview : Cécile Fakhoury, galériste à Abidjan

Galériste à Abidjan, Cécile Fakhoury présente l'essor culturel et l'évolution du marché de l'art à Abidjan.
Galerie Cécile Fakhoury
Galerie Cécile Fakhoury

Vous connaissez Abidjan depuis plusieurs années. Comment la ville a-t-elle évolué ?

Cécile Fakhoury : En 2012, la ville était arrêtée à plusieurs niveaux. L’ambiance restait assez pesante ; les infrastructures n’étaient pas développées comme aujourd’hui. Mais en cinq ans, on a vu un véritable essor de cette ville : l’économie a repris, il y a énormément de sociétés, de boutiques, de restaurants qui s’installent.

Quel impact cet essor a-t-il sur le plan culturel ?

C.F. : Abidjan a tout pour être une belle capitale culturelle, mais ne l’est pas encore. On sent toutefois une volonté publique. Les gens se déplacent également plus facilement vers des lieux culturels. La ville s’y prête forcément : la circulation s’est beaucoup améliorée avec la construction de nombreuses routes et de ponts et elle est beaucoup plus fluide qu’il y a encore trois ans. On voit ainsi arriver à la galerie des visiteurs de passage qui profitent d’une après-midi de libre entre des rendez-vous d’affaires. La galerie fait partie du petit parcours que l’on peut faire à Abidjan.

Comment évolue le marché de l’art à Abidjan ?

C.F. : J’ai observé la volonté des artistes ivoiriens de revenir travailler en Côte d’Ivoire, ainsi que la volonté des gens de la diaspora – nombreux à être partis étudier à l’étranger – à revenir dans leur pays d’origine. Ces gens qui reviennent font partie d’un public culturel curieux, car ils ont vu qu’il y avait un marché de l’art contemporain partout dans le monde et se demandent s’il y a un marché de l’art ici. Et ils découvrent qu’il y a une scène et des artistes localement connus. Pendant dix ans, il n’y a eu aucun marché de l’art. Mais avec les structures qui ont ouvertes, les artistes ont vu de nouvelles possibilités de production – notamment pour les artistes plasticiens qui font des installations. Le champ de la création et de la production est à nouveau ouvert.

Même si l’art contemporain reste un milieu compliqué à rencontrer et qu’il y a encore un gros chemin à parcourir pour accompagner le public, de plus en plus de gens viennent voir ce que l’on fait. Quant au marché pur et dur, il a évolué, mais la galerie est encore portée par des collectionneurs étrangers, notamment européens.

Constatez-vous aussi l’émergence de collectionneurs ivoiriens ?

C.F. : Le cas du Nigéria, qui a un marché local de l’art, avec des collectionneurs locaux, est encore particulier. C’est ce que j’aimerais réussir à faire ici. Une des motivations les plus fortes de ma galerie, c’est d’être présente sur le continent africain et de participer à ce marché contemporain africain émergent. Il faut que les Africains soutiennent eux-mêmes les artistes africains.

http://cecilefakhoury.com/