Chargés de voyages : des formations de plus en plus pointues

Chargés de voyages : des formations de plus en plus pointues

Paradoxe : les voyages d’affaires sont, pour les entreprises françaises, le second ou le troisième poste de dépenses, hors production, après les salaires ; pourtant, en matière d’enseignement, ce secteur clé est loin d’avoir acquis ses lettres de noblesse. L’explication tient sans doute à son appartenance, de près ou de loin, au monde du tourisme, un domaine qui participe certes au développement économique général de la France, première destination touristique mondiale, mais qui est encore quelque peu dévalorisé.

Selon un rapport parlementaire établi par Arlette Franco, sur Les diplômes et les formations aux métiers du tourisme(1), “il n’existe pas de branche professionnelle unique, ni d’architecture générale des formations aux métiers du tourisme”. Ce constat qui porte sur le secteur du tourisme en général, est encore plus sévère lorsqu’il concerne la formation, tant des chargés de voyages que des décideurs du voyage d’affaires.

Un retour sur le passé permet de mieux comprendre la situation actuelle : faute de formation initiale spécifique, ces professionnels étaient autrefois souvent formés sur le “tas”. Ainsi, la secrétaire ou l’assistant d’un grand patron était-il souvent appelé à consacrer son temps, en partie ou en totalité, à réserver les billets de train ou d’avion et les nuits d’hôtel pour préparer les déplacements complexes de leur hiérarchie.

Cette situation perdure. À moins que, comme on l’observe de plus en plus dans les grandes sociétés, la gestion des voyages d’affaires relève de la fonction achat. Par exemple, depuis le début de cette année, le service des achats a pris en charge les voyages au sein du groupe Assystem. Ce spécialiste de l’ingénierie et du conseil a recours à un outil de réservation des voyages en ligne qui est désormais entièrement déployé pour gérer le budget d’un montant de quelque 3,5 millions d’euros.

Rares formations supérieures

En matière de tourisme, aussi bien du côté du voyage grand public que du déplacement professionnel, la France souffre d’un manque évident de formations supérieures. “Trop généralistes, les formations n’ont de liens avec le tourisme qu’à travers une simple option”, poursuit Arlette Franco dans son rapport. Dans ce contexte, l’enseignement spécialisé “voyages d’affaires”, appelé “corporate travel” par les Anglo-Saxons, reste rare.

Le baccalauréat en poche, les jeunes attirés par cette activité peuvent préparer un diplôme en deux ans, de type BTS (brevet de technicien supérieur) tourisme, forces de vente et de production, ou un diplôme sur les techniques de commercialisation délivré par un IUT (institut universitaire de technologie). Diplômés niveau bac +2, ils peuvent ensuite parfaire leur cursus en s’inscrivant à l’Escaet (École supérieure de commerce et d’administration des entreprises du tourisme), par exemple.

Implantée à Aix-en-Provence, cette école de commerce propose une filière dédiée au “corporate travel” visant à former des managers du tourisme recherchés par des entreprises internationales. Son enseignement permet aux étudiants de se forger une culture générale à travers une vision globale des métiers du tourisme, du positionnement de chaque acteur ou de leur stratégie d’évolution. Il est complété par une initiation aux outils informatiques spécifiques et aux GDS (global distribution system) comme Amadeus et Sabre. “Si l’on se base sur les résultats de la première promotion, sortie en novembre 2005, 90 % de nos diplômés sont insérés dans la vie professionnelle, avec une rémunération annuelle moyenne de départ de 28 000 euros”, indique Jean-Maurice Thurot, directeur de l’Escaet, école dont le diplôme est délivré par un jury professionnel, composé de 27 managers. Cette filière, toute nouvelle et donc encore quelque peu confidentielle, est appelée à se développer ; l’actuelle promotion ne compte qu’une quinzaine d’étudiants.

“À la différence des États-Unis, en France il n’existe pas encore de réel cursus pour donner une formation initiale, que ce soit du côté des chargés d’affaires ou celui des responsables de la direction des achats”, constate Benoist Cyriaque, directeur des achats voyages chez Alcatel et président du groupe d’études et de benchmark des déplacements professionnels à la Cedaf (compagnie des dirigeants et des acheteurs de France), qui ajoute : “Néanmoins, comme les entreprises prennent de plus en plus conscience du rôle stratégique de ce poste de dépenses par ailleurs très significatif, des formations adéquates sont en cours de mise en place.”

Spécialistes multi-achats

Plusieurs formations permettent de devenir acheteur. Ainsi, l’Essec, célèbre école de commerce, propose aux étudiants en fin de cursus ou aux jeunes professionnels, un mastère spécialisé “gestion des achats internationaux”. “Quel que soit son secteur d’activité, cette formation d’un an permet de maîtriser les techniques et les outils traditionnels ou plus innovants, d’être à l’aise au niveau national et international, d’être capable de passer de la stratégie d’achat au contrat d’achat proprement dit et de savoir agir auprès des fournisseurs nationaux ou étrangers”, explique-t-on à l’Essec. Cette formation est complétée par une mission en entreprise, suivie d’une thèse professionnelle et par un voyage d’étude à l’étranger. Mais elle ne se focalise pas uniquement sur les déplacements professionnels.

Formation continue généraliste

Cette approche généraliste se retrouve également dans le cadre de la formation continue. Celle-ci est dispensée par des instituts privés. Ainsi, les entreprises ayant déjà exploité les sources d’économie sur les achats directs, mettent aujourd’hui l’accent sur les achats hors production. “À condition de professionnaliser les pratiques tout au long du processus d’achat, de nombreux gisements de gains restent à exploiter dans les domaines des prestations de services et frais généraux”, estime-t-on chez Cegos. Avec cet organisme, il est possible de localiser les besoins de frais généraux, tels que les voyages, la logistique, la sécurité, les biens immobiliers… À noter que l’Arseg (Association des responsables de services généraux) s’est associée à la Cegos pour proposer un cycle court de formation. Dans une approche un peu plus ciblée, Demos a mis en place à l’attention des assistants nouvellement en charge, un stage axé sur l’organisation des événements professionnels et des voyages d’affaires.

Les formations strictement consacrées aux déplacements professionnels restent rares en France. Acte (Association des décideurs du voyage d’affaires) organise quelques sessions éducation lors de ses conférences globales. “Nous réfléchissons à la mise en place d’une certification avec une université hollandaise, belge et suisse”, confie Stanislas Berteloot, directeur marketing chez KDS et membre actif d’Acte. De son côté, fort de son positionnement, le magazine Voyages d’Affaires s’est depuis longtemps adjoint un département formation. “Nous proposons chaque année, à Paris, une dizaine de sessions d’un jour, sur des thèmes ayant trait aux déplacements professionnels, comme les relations avec les agences, la réduction du budget hôtels ou la stratégie et la politique voyages”, explique Jean- Luc Jankowski, responsable formation. Ces stages pris en charge par le budget formation des entreprises, s’adressent aux travel managers, aux acheteurs, aux responsables voyages et aux membres de la direction des achats ou des services généraux.” La formation est assurée par des spécialistes des achats hors production, intervenant également comme consultants auprès de grands comptes.

Deux sessions sont organisées avec des fournisseurs : l’une avec des compagnies aériennes, des chaînes hôtelières, des réseaux d’agences off line ; l’autre avec des sociétés de gestion des déplacements professionnels. Ces journées apportent des réponses concrètes aux préoccupations des stagiaires. Mieux, en dehors des apports pédagogiques, ces derniers tirent également profit des rencontres informelles pendant les pauses et le repas, en échangeant des idées et des solutions avec des collègues venus de la France entière.

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