Chronique d’un voyage en Covidie

Comment se déroule un déplacement professionnel à l’heure de la pandémie ? Masqué bien entendu, on "survit" finalement très bien entre avion, train, taxi et transports publics. Expérience d’un voyage effectué en août entre Paris et Berlin.

Berlin Tegel
Aéroport de Berlin Tegel (Günter Wicker / Flughafen Berlin Brandenburg GmbH)

Au moment d’envisager un déplacement, deux angoisses saisissent aujourd’hui le voyageur. Les frontières pourraient-elles se refermer brusquement pendant le séjour ? Le billet pourrait-il finalement être annulé, faute de passagers ? Heureusement, le vol Paris Orly-Berlin Tegel proposé par easyJet le 11 août n’en fera pas partie. Dès le 23 juillet, la low-cost britannique confirmait le maintien de ce vol dans un premier message ; puis, deux jours avant le départ, par un second mail, elle reconfirmait le vol, assorti de recommandations sanitaires. Enfin, dans un dernier message, la compagnie indiquait avoir été temporairement transférée à Orly 3.

Arrivé avec la navette Orlyval à l’aéroport, le parcours pour atteindre le terminal s’avère complexe. Orly 4 est fermé et l’accès au hall 3 se fait par l’extérieur, dans un parcours aux allures de jeu de pistes. L’aérogare n’est accessible qu’aux passagers munis d’un billet. Ce qui n’empêche pas la foule dans l’aérogare où sont traités les vols Air France, easyJet, Transavia et Vueling. De fait, on ne peut guère parler de respect des distances entre les passagers agglutinés aux comptoirs d’enregistrement. Mais, au fond, est-ce bien pire que dans le métro ou aux caisses des supermarchés…

Afin d’accélérer les formalités, l’option “Hands Free” a été réservée avant le départ. Elle permet de laisser son bagage à main au comptoir easyJet Plus et de traverser les filtres de sécurité pratiquement les mains dans les poches. Une excellente option, puisqu’en quelques minutes d’attente, le bagage à main est déposé avant d’être traité comme un bagage en soute. Les filtres de sécurité ont été réorganisés dans l’aérogare. La jauge est limitée dans la file d’attente, les voyageurs étant répartis vers une dizaine de filtres de contrôle. En dix minutes, cette formalité est expédiée.

L’embarquement est tout aussi rapide. Désormais, les passagers embarquent par rangée en commençant par les sièges à l’arrière de la cabine, histoire d’éviter les contacts entre passagers. Contact que l’on subit pourtant une fois assis en côtoyant ses voisins. L’idée de laisser le siège du milieu de rangée a fait long feu. Le personnel est masqué, les passagers également, le dialogue ne s’engage pas. Une ambiance propice pour lire ou somnoler !

À l’arrivée à l’aéroport de Tegel, le transfert de l’avion vers le Terminal C s’effectue en bus. Les autorités berlinoises limitent certes le nombre de passagers par véhicule, mais la promiscuité subsiste jusqu’à l’arrivée dans une aérogare en léthargie, la plupart des magasins étant fermés.

À la sortie, le taxi file donc rapidement vers l’hôtel NH Berlin Kurfürstendamm, un quatre étoiles situé dans ce qui fut autrefois le cœur de Berlin Ouest. Les mesures sanitaires dans la capitale allemande sont moins strictes qu’à Paris, le nombre de cas de Covid-19 étant, en cette mi-août, moins élevé qu’en France.

Étrange sensation arrivé à l’hôtel, celle d’un lieu sans vie. De fait, on n’y croise pratiquement personne, clients comme personnel. Ce dernier est rare en raison des taux d’occupation très bas. Ainsi, un unique employé se tient à la réception, retranché derrière sa vitre de plexiglas. Les horaires pour le petit déjeuner ont été étendus, ce qui permet de réduire la promiscuité avec les autres voyageurs. Le NH Berlin Kurfürstendamm a conservé une offre en libre-service. Alors, on suit un parcours et l’on patiente devant les pains, la jauge étant limitée à trois personnes maximum au buffet.

Dans les rues de Berlin, restaurants et cafés sont pleins, comme si la pandémie n’était qu’illusion. Mon interlocuteur berlinois m’a donné un rendez-vous de travail dans un café dans le plus grand parc de Berlin, le Tiergarten. C’est l’été à Berlin et il fait plus de 30 degrés ! Personne ne porte de masque, mais mon interlocuteur enregistre nos noms et son numéro de téléphone sur une liste. Il sera ainsi contacté par les autorités sanitaires en cas de contamination.

Départ le 13 août pour Erfurt, à deux heures de trajet de Berlin. Un voyage effectué en ICE, le train à grande vitesse allemand. Comme en France, le port du masque est obligatoire dans les transports publics et dans les gares. L’application de la DB indique si les trains sont pleins ou non, permettant ainsi de favoriser des horaires où la densité de passagers est moindre.

Le service de restauration en voiture-bar a été supprimé, mais un employé passe dans les couloirs pour proposer des boissons chaudes. Les contrôleurs remplissent leur office, masque sur le visage. Pour éviter les manipulations, l’appli de la compagnie intègre, comme la SNCF, les billets et cartes d’abonnement. Un trajet sans problème.
Les mesures sanitaires pour faire face à la Covid-19 peuvent varier d’un Land à l’autre en Allemagne. La Thuringe étant peu affectée, les gens masqués sont rares dans les rues d’Erfurt. À l’hôtel Radisson Blu, l’un des quatre étoiles de la ville, le port du masque est obligatoire et le gel hydroalcoolique omniprésent. Comme à Berlin, on croise peu de personnel et le petit déjeuner a été transféré dans les espaces du centre de conférences, où il est permis d’assurer une certaine distance entre les tables. Pour se servir au buffet, des gants sont fournis par l’hôtel.

Le retour vers Paris s’effectue en ICE d’Erfurt via Francfort, d’où un second ICE file vers la France en un peu moins de quatre heures. Le wagon est plein. Le trajet n’est animé que par les contrôles de billets et l’employé du service de restauration proposant ses boissons.
à l’arrivée à la gare de l’Est parisienne, la circulation de l’épidémie instille un peu de discipline pour la file d’attente des taxis. Enfin, un point positif du coronavirus ! Derrière sa vitre en plexiglas, le chauffeur est masqué et ne descend pas de son véhicule pour placer le bagage dans le coffre. La voiture fonce alors dans la nuit parisienne…

Accueil certifié conforme

Oubliés les fauteuils se transformant en confortables sièges-lits, la restauration à bord signée par des chefs multi-étoilés ou les suites d’hôtel décorées par de prestigieux designers. Les arguments marketing d’aujourd’hui sont bien moins glamour et portent sur un aspect des plus basiques, mais naturellement essentiel : la santé des voyageurs. Ainsi, les nouveaux noms vendeurs ne sont plus Philippe Starck, Alain Ducasse ou Anne-Sophie Pic, mais Bureau Veritas, Socotec, SGS… Autant de partenaires qui viennent saluer à coûts d’audits, de certifications et de labels les efforts entrepris par les acteurs du voyage pour revoir de fond en comble leurs protocoles d’accueil et de services face à la circulation du virus.

Redémarrez votre activité avec BV” : Bureau Veritas a développé dès avril “une suite de solutions adaptées au redémarrage dans chaque secteur de l’économie, fort de son expertise de près de 200 ans dans la gestion des risques”, a présenté Didier Michaud-Daniel, directeur général de Bureau Veritas. Le groupe hôtelier Accor, pour son label All Safe, ainsi que le gestionnaire des espaces de congrès Viparis ont très tôt fait appel à cette expertise pour valider les mesures mises en place.

Depuis, Bureau Veritas a étendu son champ d’action à une pléiade d’autres acteurs : la compagnie aérienne Volotea, les aéroports gérés par Vinci en France, au Royaume-Uni et au Portugal, la chaîne hôtelière Relais&Châteaux et l’acteur long-séjour Ascott, des spécialistes de la croisière comme Ponant et CroisiEurope, le loueur de voitures Europcar, la compagnie de taxis G7, les Center Parcs ou encore la station d’Avoriaz.

Moins international et plus axé sur la réassurance du marché franco-français, Socotec a rempli une mission identique auprès des hôtels économiques B&B, des centres de coworking Wojo, du leader des séminaires Châteauform’, mais également du palais des festivals et des congrès de Cannes, récemment labellisé.

Moins portés sur la labellisation, les groupes hôteliers anglo-saxons mettent, eux, l’accent sur l’hygiène, comme Marriott avec son Conseil mondial de la propreté. Dans le même ordre d’idée, le programme Hilton CleanStay s’appuie sur l’expertise de RB, un fabricant de produits de nettoyage, mais aussi sur les avis éclairés de la faculté, en l’occurrence la Mayo Clinic.