Conjoncture : Le vrai dynamisme canadien

Forte d’une immigration qualifiée et d’un dynamisme fondé sur les technologies de pointe, Toronto fait face à ses challenges économiques et prend place parmi les grandes métropoles mondiales.

Toronto, ville de tous les superlatifs. Première en Amérique du Nord pour le coût du “doing business”, c’est la dixième ville du monde à figurer sur la liste des mégalopoles les plus “globales”, la deuxième à posséder le plus de gratte-ciel en construction et la cinquième en termes d’impact économique.C’est là aussi que siègent 40 % des grands groupes canadiens. La liste est longue et on s’essoufflerait à la dresser intégralement.

D’autant que la capitale de l’Ontario, qui orchestre une province totalisant 39 % de la population pour près de 13 millions d’habitants et 40 % du PIB canadien, peut également s’enorgueillir du rôle de capitale économique. À elle seule, Toronto représente 21 % du PIB national et 35 % de l’argent dépensé dans le pays. L’Ontario, seconde province en PIB par habitant derrière l’Alberta, est l’un des moteurs économiques du pays, même si sa dépendance au marché américain et au secteur manufacturier lui a fait subir quelques déboires. Ainsi, avec 50 % de la production industrielle canadienne et 2,5 millions de voitures fabriquées chaque année, dont les trois quarts redistribués vers les Etats-Unis, l’Ontario a dû faire face à de nouveaux challenges. D’autant que les constructeurs mondiaux, notamment japonais et américains, implantés dans la région en raison d’un dollar canadien initialement assez faible et permettant de minimiser les coûts de production, se voient désormais confrontés à la parité avec le dollar américain. Mais l’Ontario, avec ses douze usines d’assemblage, a su conserver son statut de première région productrice de voitures en Amérique du Nord, entre autres grâce au soutien des autorités de la province et du gouvernement fédéral.

Sa force, Toronto la doit donc à sa stabilité politique et financière. Un bel atout puisque les principaux établissements financiers canadiens choisissent désormais d’y installer leurs sièges sociaux. Y compris, comble d’ironie, la Banque de Montréal. Toronto ayant absorbé en 2008 toutes les autres places financières canadiennes, la ville occupe la troisième place en Amérique du Nord pour le nombre d’emplois dans les services bancaires. “La ville est devenue la première bourse mondiale pour les matières premières, même si Londres la concurrence de près”, explique Stefan Mazareanu, conseiller aux affaires commerciales de l’Ontario, rattaché à l’ambassade du Canada en France. Et de poursuivre : “Le Canada possède des ressources naturelles, minières et pétrolières importantes. Et l’expertise de ses analystes miniers est reconnue mondialement”.

Sortir de la dépendance

Si le Canada a beaucoup moins souffert de la crise que les Etats-Unis, notamment grâce à l’absence des subprimes ajoutés au fait que le gouvernement n’ait pas eu à renflouer les banques, les 75 % d’exportations destinées aux Etats-Unis ont affaibli l’économie. Cette forte dépendance vis à vis de la santé de son puissant voisin est peut-être aussi la raison pour laquelle l’Ontario s’est tourné vers des secteurs de pointe. La haute technologie représente désormais près de 50 % des emplois de la province. Progressivement, Toronto s’est fait l’un des plus grands centres d’activité au Canada et en Amérique du Nord pour les communications, la culture, les médias et l’industrie du film. Entreprise emblématique à l’origine du BlackBerry, RIM s’est développée à Waterloo dans la grande banlieue de Toronto et a entraîné dans sa foulée d’autres pépites, comme Up Next. L’Ontario s’est également spécialisé dans les biotechnologies. Ces secteurs, encouragés par les autorités provinciales, bénéficient pour la plupart de crédits d’impôts, surtout dans le domaine de la recherche et du développement.

Attirées par le foisonnement ontarien dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication et des sciences de la vie, les sociétés françaises s’y trouvent plutôt bien représentées. “La France est numéro cinq pour les investissements au Canada et en Ontario”, reprend Stefan Mazareanu. Parmi les atouts de la province, il faut retenir le niveau de formation très élevé de la main d’oeuvre, dont 65 % a reçu une éducation post-secondaire. « C’est le plus haut niveau du G8”, précise le conseiller aux affaires commerciales, en ajoutant que plusieurs milliers d’ingénieurs travaillent en Ontario pour le groupe Alcatel Lucent. L’autre atout de l’Ontario, c’est une fiscalité avantageuse et beaucoup plus basse qu’aux Etats-Unis. Tandis que le niveau d’imposition des sociétés est de 33 % au Texas et 40 % dans le Michigan, il n’est que de 27 % pour la province canadienne. D’ailleurs, les coûts de revient des entreprises sont estimés à – 10% par rapport aux Etats-Unis. Autre avantage de taille : l’accès au marché nord-américain dans son ensemble et la possibilité de cibler 450 millions de consommateurs. La ville de Toronto, située au milieu d’une ligne entre la côte Est (New York, Boston) et Chicago, est un véritable corridor vers le marché américain. En tout, 160 millions de consommateurs sont accessibles en une seule journée de camion. Atout et faiblesse à la fois, cette forte dépendance au marché américain a conduit le Canada à trouver des alternatives, à s’ouvrir de plus en plus vers l’Europe et la Chine. Depuis 2009, les négociations menées par le ministre du Commerce international, Peter Van Loan, devraient aboutir en 2011 à un accord économique et commercial avec l’Union européenne. Cela fera du Canada le seul pays développé à détenir des accords avec l’Union européenne et les Etats-Unis en même temps.

On imagine que les échanges avec les entreprises françaises ne peuvent qu’en sortir stimulés, même si l’on dénombre déjà 200 implantations en Ontario, employant près de 30 000 personnes.

Image previewCapitale économique du Canada

Un chiffre qui devrait encore augmenter du fait de l’attractivité grandissante de la capitale ontarienne. “Dans les années 80,Toronto est devenue la capitale économique du Canada et une ville de tout premier plan dans le domaine culturel en Amérique du Nord, souvent citée après New York », explique Patrick Imbert, directeur de la mission économique Ubifrance Canada, dont le siège est à Toronto. Même si la crise de l’industrie l’a endormie dans les années 90, la ville connaît aujourd’hui un vrai boom avec, notamment, la rénovation de l’Art Gallery of Ontario par Frank Gehry – natif de Toronto – , l’arrivée de grands hôtels ou encore d’un nouvel opéra, le Four Seasons Centre for the Performing Arts. « Toronto est en plein bouleversement ; c’est une ville de travail offrant une très grande qualité de vie et une multitude d’atouts », souligne Patrick Imbert. Il est vrai que, lors du dernier classement du magazine anglais The Economist, la ville de Toronto est arrivée numéro 4 après Vancouver, Vienne et Melbourne pour la qualité de vie. Et c’est précisément là que se joue l’intérêt des entreprises françaises. « Le Canada est un marché de plus en plus en demande de produits sophistiqués, que ce soit dans le domaine de l’alimentaire bio, des cosmétiques ou même de la mode, des parfums et du luxe, de la technologie, de l’environnement ou de la santé », poursuit Patrick Imbert, en ajoutant que l’intérêt des Canadiens pour les produits français haut de gamme est en pleine expansion. Le spectre des possibilités s’élargit donc pour les PME françaises malgré la vieille croyance selon laquelle il serait plus facile de s’implanter à Montréal pour raisons d’ordre linguistique.

Autre témoignage, si besoin en est, de l’essor torontois, une nouvelle structure de développement économique a été mise en place en 2009 à l’initiative de la ville. Avec le même objectif que sa grande soeur “Invest Ontario”, “Invest Toronto” se donne pour tâche d’attirer les investisseurs étrangers en facilitant leur implantation. “Si le pays offre les taxes corporate parmi les plus basses du G8, s’il présente le plus bas facteur de risques en business, si l’environnement des affaires est très accueillant et transparent, si Toronto est l’une des villes les plus sûres pour ce qui concerne la main d’oeuvre, elle offre aussi une vie culturelle extrêmement riche, une grande diversité ethnique et un très bon équilibre entre le business et l’intérêt humain”, explique Renato Discenza, Président de Invest Toronto. Si, sur les 300 000 immigrants annuels arrivant au Canada, près de 150 000 s’installent en Ontario et 100 000 à Toronto, ce n’est pas sans raison. “Cette ville, à l’image du Canada, est un ‘Land in expend’, une terre en constante évolution”, rappelle Renato Discenza. D’ailleurs, dans le langage des Amérindiens qui l’ont baptisée, Toronto signifie “lieu où l’on se rencontre”. Une ville globale qui semble tout faire pour mériter son nom.