Cornouailles : le charme discret de la veille Angleterre

Cornouailles ! Allez donc savoir pourquoi – les Celtes, les Normands peut-être ? ou le roi Arthur, Agatha Christie, Virginia Woolf et Daphnée du Maurier… –, ce nom fait rêver de ce côté-ci de la Manche. C’est en tout cas une destination de proximité finalement assez méconnue des agences de tourisme d’affaires, mais qui risque de très bientôt faire beaucoup parler d’elle.

Sa côté accidentée ponctuée de plages sauvages et le charme de ses petits ports accueillants ont fait des Cornouailles une destination touristique appréciée de longue date outre-Manche, notamment par Virginia Woolf et Agatha Christie.
Sa côté accidentée ponctuée de plages sauvages et le charme de ses petits ports accueillants ont fait des Cornouailles une destination touristique appréciée de longue date outre-Manche, notamment par Virginia Woolf et Agatha Christie.

Texte Serge Barret / Photos Alain Parinet

Une heure. Une heure seulement d’avion, un très exotique Bombardier à hélices parti de Paris Charles-de-Gaulle pour arriver à Exeter, dans le Devon, comté frontalier des Cornouailles. Une heure donc, et c’est un aéroport minuscule, bon enfant, presque charmant. Avec une table de ping-pong installée sous l’auvent du hall d’entrée, des tables qui piqueniquent en prenant l’air du temps et même de gros bols d’eau claire à destination de la gent canine – on connaît l’amour des Anglais pour leurs “pets”. Le ton est donné, gentil, bien élevé, chaleureux ; annonciateur d’une destination qui, pour être, de proximité n’en est pas moins ultra dépaysante.Car les Cornouailles, situées à l’extrême sud-ouest de l’Angleterre, ne sont ni la Normandie comme on pourrait l’imaginer de ce côté-ci de la Manche, pas plus que l’Irlande et pas même la Bretagne : c’est un pays à part, presque à l’écart du monde.

On commence donc par une halte à Exeter, c’est incontournable. Pourquoi ? À cause de sa cathédrale, sublime. Sans le moindre doute l’une des plus belles et des mieux conservées de toute l’Angleterre. À l’exception de ses deux tours normandes, l’édifice du XIIIe siècle est donc contemporain de Notre-Dame-de-Paris et propose un style unique, très orné, décoré sur sa façade de centaines de statues… Une heure, voire deux si l’on inclut une courte promenade dans la vieille Exeter, avant de mettre cap à l’ouest.Cathédrale d’Exeter

Cathédrales de verdure

L’autoroute d’abord, à peine une heure de vertes collines pour atteindre les Cornouailles “profondes”. Et puis des routes où deux minibus arrivent à peine à se croiser, des tours et des détours, des chemins creux enfouis dans des cathédrales de verdure et des ports minuscules planqués derrière leur jetée. Jusqu’à présent, les Cornouailles n’étaient que peu présentes dans les carnets de route des agences Mice françaises. Mais c’est en train de changer, les professionnels d’outre-Manche n’économisant pas leur énergie sur les campagnes de promotion, ni pour courir les salons professionnels. Ainsi, en 2017, les Cornouailles ont-elles reçu 346 000 visiteurs étrangers. Et parmi eux, 5 % à but business, touristes d’affaires inclus.

Avec une vingtaine d’établissements adaptés aux exigences des voyageurs MICE, auxquels il faut ajouter une flopée de boutique hôtels intéressant des groupes plus confidentiels, la région est assez bien équipée en matière d’hébergement. Mieux, elle dispose de sites exceptionnels à l’image de cet Eden Project à Bodelva – de gigantesques bulles de plastique abritant, pour l’une une forêt primaire reconstituée, et pour l’autre des paysages méditerranéens – ou bien encore, et dans un tout autre genre, au bout du pays et surplombant la mer, le théâtre Minack de Porthcurno, amphithéâtre construit en plein air en 1923, sur le modèle antique, et qui peut recevoir des groupes plus que conséquents.

De la culture aussi, des châteaux que l’on visite, des manoirs où l’on se réunit, d’extraordinaires jardins anglais comme celui de Trelissick, à Feock, des hôtels installés dans de vieilles demeures, des villages historiques enveloppés dans des brumes où flotte l’âme d’Agatha Christie qui a tant aimé le pays ; sans compter ce qu’on pourrait appeler, comme on le fait en France avec les villages d’art, des “ports d’art”. En figure de proue, le très évident Saint Ives avec rien de moins qu’une antenne de la Tate Gallery de Londres, mais aussi des ateliers d’artistes et, partout dans ses ruelles pavées, des galeries d’art à la pelle, bonnes et mauvaises.Théâtre MinackJardin Trelissick

Institution Old England

Ils sont partout ces ports, égrenés sur la côte déchirée du pays. Ils ne sont jamais bien grands ; par exemple Portloe ne peut accueillir que quelques embarcations, d’autres comme Charlestown sont toujours actifs, mais plus ou moins transformés en éco-musées, et d’autres, enfin, sont plus imposants tel Mevagissey. Avec des chalutiers dodus portant sur leurs flancs des grappes entières de gros ballons rouges ou orange vif destinés à les protéger des chocs avec les autres bateaux lorsque la mer se fait grosse. C’est très gai, un rien flon-flon, c’est 14 juillet tous les jours.

Mais, comme partout dans la campagne anglaise, ils ont tous quelque chose en commun, ces ports du bout du monde ; un gimmick récurrent, un refuge essentiel, une institution Old England incontournable : le pub ! Enseignes extravagantes, plafonds bas, bar d’acajou, pintes de bière tirées à la main… Une atmosphère unique et, par-dessus tout, un très puissant sentiment de communion avec ses contemporains. Il peut bien pleuvoir toutes les hallebardes du ciel derrière les carreaux, demain sera à coup sûr un tout autre jour.

RÉUNION AU CHÂTEAU

Pas de tours, pas de donjon ; ni mâchicoulis, ni échauguettes. Aucune de ces choses un peu brutales qui témoignent d’une époque où l’on ne devait pas franchement rigoler tous les jours. À l’évidence, rien n’est fortifié dans ce manoir de style élisabéthain, classiquement construit en forme de E, on pourrait presque dire pour le seul plaisir de vivre. De la pierre bien sûr, des frontons ouvragés et aussi une multitude de fenêtres blanches à tous petits carreaux qui lui donnent un charme fou. Élevée sur un ancien manoir, la bâtisse actuelle fut construite par John Arundell en 1572 en reprenant une partie du bâtiment du XIVe siècle, puis cédée au milieu du XVIIIe à la famille Acland qui l’occupa jusqu’en 1915, date à laquelle elle fut pratiquement laissée à l’abandon.
Le National Trust (association à but non lucratif créée en 1895 et destinée à sauvegarder les demeures historiques, jardins et domaines) en fit l’acquisition en 1953 pour le restaurer, et même reconstruire à l’identique une partie du bâtiment alors pratiquement écroulée. Aujourd’hui, on visite. On traverse les siècles en passant d’une salle à manger à armures et table à rallonge à une bibliothèque du XVIIIe, des salles de réception très meublées à une très longue galerie originellement destinée à l’exercice physique. Les fenêtres donnent soit sur un jardin qu’on croirait fait tout exprès pour photos romantiques, soit sur l’ancienne ferme attenante – mais quelle ferme ! – maintenant reconvertie pour partie en salle de réception et réunion : 200 personnes en cocktail, 120 en dîner assis et 100 participants en format conférence.
Trerice, Kestle Mill, Newquay, Cornwall TR8 4PG. • Tél. : +44 1637 875 404 •
E-Mail : trerice@nationaltrust.org.uk • Internet : www.nationaltrust.org.uk/trerice

L’ASSIETTE ANGLAISE REVISITÉEStein-Fish-and-chips

Il est décidément bien loin le temps où traverser le Channel s’apparentait à attaquer un régime sévère, tant l’assiette anglaise était rebutante, en tout cas aux palais français. Du bouilli, beaucoup de bouillis, des sauces improbables, à la menthe surtout, des gâteaux si possible multicolores et accompagnés de gelée tremblante de désespoir… Et bien, c’est fini tout ça. Aujourd’hui, Londres est devenue capitale gastronomique et aligne étoile sur étoile, entraînant dans son sillage le reste de l’Angleterre. On ne se contente plus de se nourrir, on déjeune et dîne avec plaisir. Dans les Cornouailles comme ailleurs, encore que la région ait été depuis toujours relativement épargnée par les improbables compositions des maîtresses de maison anglaises, les fruits de mer et les poissons occupant une large place sur les tables de ce peuple marin. Et pour rater des fruits de mer… Certains chefs se sont même taillé une réputation internationale, transformant les tables du quotidien en tables d’exception. Sur le minuscule et très joli port de Padstow, par exemple, Rick Stein, star de télévision section émission culinaire, fait le buzz en ayant ouvert pas moins quatre établissements. Restaurants, mais aussi café, pub, déli, épicerie, poissonnerie et boutique… Stein’s Fish & Ships est, dit-on, l’un des meilleurs de la région. Du poisson donc, tous les poissons enveloppés dans de la pâte à frire et accompagnés dans la tradition par des frites, mais qui, dans ce cas, pourraient presque être belges. Pour les groupes d’affaires, pour tout le monde d’ailleurs, des cours sont dispensés dans des cuisines aménagées tout exprès. Le chef propose aussi un autre restaurant au design contemporain, le Seafood Restaurant, une table de poissons et de fruits de mer particulièrement imaginative.
Stein Fish and Chips : South Quay, Padstow PL28 8BL • Tél. : +44 1841 523 27 00 • Internet : www.rickstein.com

DE PORT EN PORT, DE PUB EN PUB

On s’en doute, les ports sont légion dans les Cornouailles, de tout petits ports comme Portloe et ses deux-trois bateaux, d’autres un peu plus conséquents à l’image de Mevagissey. Ils sont tous absolument charmants, on ne peut plus anglais avec leurs maisons basses, leurs magasins à vitrines de poupées et leur pub obligatoire. Parmi eux, s’il en est un qu’il ne faut pas rater, c’est bien celui de Saint Ives, qui a véritablement tout pour lui. Des bateaux à l’amarre, un quai bordé de maisons blanches et de restaurants, des pubs, des ruelles essoufflées à force de grimper les collines, des galeries d’art en veux-tu-en-voilà, des plages infinies et des surfeurs glissant sur fond de lumière sans brume. Les artistes de la fin du XIXe-début du XXe ne s’y sont pas trompés à l’image de Virginia Woolf, qui y passa tous ses étés dans les années 30, ou de la sculptrice Barbara Hepworth qui y travailla à partir de 1953 jusqu’à sa mort dans l’incendie de sa maison en 1975. On la visite, cette maison. Ainsi d’ailleurs que son atelier ouvert sur un délicieux jardin bourré de ses sculptures monumentales aux lignes courbes dans la lignée de Moore. La Tate Gallery, qui ne voulait sans doute pas être en reste, a installé une petite antenne de son institution londonienne. Un bijou d’architecture contemporaine présentant des œuvres de Moore, Picasso, Mondrian ou Dubuffet, mais aussi de nombreux artistes qui firent l’art moderne anglais du début du siècle dernier. Les groupes d’affaires peuvent privatiser le dernier étage pour des cocktails chics dominant la plage.
Barbara Hepworth Museum. Barnoon Hill • Tél. : +44 173 679 6226 • Internet : barbarahepworth.org.uk/st-ives
Tate Gallery. Porthmeor Beach, TR26 1TG. • Tél. : +44 173 679 6226 • Internet : tate.org.uk/visit/tate-st-ives

EDEN PROJECT

C’est la lune, Mars peut-être ; c’est un imaginaire d’habitat qu’on situerait ailleurs dans le cosmos, le tout en pleines Cornouailles. Contrairement à l’apparence fantastique du lieu – de gigantesques bulles disséminées dans la nature –, il s’agit de reproduction de climats installés sous des biomes démesurés. Le premier, le plus spectaculaire, celui de la “rainforest”, permet de découvrir l’univers de la forêt équatoriale. Des cascades, des ponts suspendus passant au-dessus de la canopée, de vrais oiseaux en chair et en plumes et même des cabanes en tôle rouillée, comme là-bas. On peut même organiser des cocktails pour 150 personnes dans cette rainforest. Seul problème, mais en est-ce un ? Il y fait très chaud. Et humide avec cela. Mais qui s’en plaindrait ? Le second biome est pour sa part consacré à la végétation méditerranéenne. Avec oliviers, garrigue, palmiers, orangers, citronniers et des rangs de vigne où l’on a disséminé des sculptures contemporaines célébrant la gloire de Dionysos. La Grèce donc. Et, pour parfaire l’illusion, on a installé au centre du paysage un café restaurant (privatisable jusqu’à 160 personnes) rappelant ce qu’on peut trouver sur les bords de la mer Égée. Sans le moindre doute, le “produit”, respectant les règles élémentaires de l’écologie, est adapté au tourisme d’affaires avec, en plus, une grande salle pouvant accueillir 400 personnes assises et 500 en cocktail.
Bodelva, PL24 2 SG • Tél. : + 44 1726 811 911 • Internet : www.edenproject.com (Professionnels du tourisme d’affaires : Tél. : +44 7813 04 19 23 • Email : drowe@edenproject.com)

SAINT MICHAEL’S MOUNTSAINT MICHAEL’S MOUNT

Tel son frère normand, on le voit de loin ce Mont-Saint-Michel d’outre-Manche. C’est ahurissant de ressemblance. Il y a la plage, il y a un long chemin de halage submersible à chaque marée et il y a un rocher, un mont planté là par un Dieu un peu copieur… Et, tout en haut, un monastère construit au Moyen Âge par les moines du Mont-Saint-Michel français, puis devenu château fort avant d’être racheté au XVIIe par le colonel Saint Aubyn, dont les descendants occupent toujours les lieux. Pour partie en tout cas. On visite le reste, intact au fil des siècles, passant d’un dédale de pièces exiguës à une bibliothèque pleine de charme, d’une gigantesque salle à manger que domine un imposant blason sculpté à une église du XVIIe. Manque tout de même, coiffant le tout, la grâce de l’archange perché là-bas, de l’autre côté de la mer.
Saint Michael’s Mount. • Tél. : +44 1736 710265. • Internet : stmichaelsmount.co.uk

HÔTELS

Padstow Harbour HotelPadstow Harbour Hotel

Épaisse moquette, lourdes tentures chamarrées, fenêtres à guillotine et meubles cirés : l’Angleterre dans ce charme suranné qui n’appartient qu’à elle. Au fronton de l’édifice, une date : 1900. On en viendrait presque à regretter les travaux de rénovation entrepris au rez-de-chaussée et qui devraient être terminés d’ici à la fin de l’année. Il y aura donc de la couleur, beaucoup de couleurs, puisque c’est la signature de la marque Harbour Hotels qui propose 16 boutique hôtels en Angleterre. Une piscine extérieure y sera même installée. Les jours de beau temps, depuis les fenêtres de ses chambres, autant d’ailleurs qu’au travers des larges baies vitrées, la vue sur le port, vrai port de pêche, mais aussi sur le village, la plage et la mer, est carrément sublime. Facile : l’hôtel est situé sur une colline. 55 chambres, dîner assis pour 80 personnes, salle de réunion pour 40 participants, un bar, un restaurant.
Station road, Padstow, Cornwall, PL 28 8DB. • Tél. : +44 1841 53 24 86 • E-mail : padstow.event@harbourhotels.co.uk • Internet : www.harbourhotels.co.uk/hotels/padstow/

St Ives Harbour Hotel and SpaSt Ives Harbour Hotel and Spa

Une explosion de couleurs, des rayures, des pois, des triangles, des carrés… dans toutes les nuances du cercle chromatique. Curieusement, on ne suffoque pas là-dedans, bien au contraire, tant cette palette quasi fauve sur fond de murs blancs ou gris a tôt fait d’apprivoiser les goûts les plus cisterciens. Des œuvres d’art dans le ton, certaines très pop’art posées ou accrochées un peu partout, des coins cosy comme ce lounge installé près d’une cheminée, un bar accessoirisé d’un feu d’artifice de poufs pour siroter en fin de journée un gin tonic bien tassé, comme il se doit en Angleterre. Aux beaux jours, les parasols de la terrasse dominant le port, Saint Ives ainsi que la plage de sable blond, sont littéralement pris d’assaut. Pour un peu, lorsque le ciel est bleu – ce qui est, en fait, très souvent le cas –, on se croirait presque en bord de Méditerranée. L’établissement est parfait comme “camp” de base d’un groupe incentive. 50 chambres, deux salles de réunion jusqu’à 150 personnes, piscine intérieure, spa, un bar, un restaurant.
The Terrace, Saint Ives TR26 2BN • Tél. : +44 1736 795 221 • Internet : www.harbourhotels.co.uk/hotels/st-ives/

 

S’y rendre

Flybe assure deux liaisons quotidiennes entre Paris CDG et Exeter, en partage de codes avec Air France. Les vols sont proposés en milieu de matinée et en fin de journée à l’aller, tôt le matin ou en début d’après-midi au retour.
Internet : www.flybe.com

Pour rejoindre les Cornouailles en train, les groupes peuvent emprunter l’un ou l’autre des 14 TGV Eurostar quotidiens entre Paris et Londres, puis rejoindre le sud-ouest de l’Angleterre depuis la gare de Paddington à bord d’un train de la Great Western Railway, doté d’un wagon-restaurant Pullman privatisable avec service à la place, dans un style très british.
Internet : www.eurostar.com ; www.gwr.com

Se renseigner

VisitBritain (office du tourisme de Grande-Bretagne)
Internet : www.visitbritain.fr
Contact pour les professionnels MICE : Caroline Phelan.
Email : Caroline.phelan@visitbritain.org