Les hubs du Golfe démantelés par le coronavirus

Après Gulf Air, Kuwait Airways et Saudia, Emirates et Etihad ont annoncé devoir suspendre la majorité de leurs vols suite à la fermeture des aéroports par les Emirats Arabes Unis. Qatar Airways reste en lice. Pour combien de temps ?

Emirates Dubai
A l'image d'Emirates, les compagnies du Golfe espèrent préserver le statut de leurs hubs respectifs une fois passée l'hécatombe Covid-19

Depuis le début du mois de mars, la crainte de la propagation du coronavirus avait conduit à la suspension de tous les vols des compagnies aériennes Gulf Air, Kuwait Airways et Saudia, cette dernière ne suspendant ses opérations que jusqu’à la fin mars – pour l’instant. La décision d’Emirates de suspendre plus de 80% de toutes ses liaisons à travers le monde n’est pas une surprise, le transporteur du golfe s’appuyant plus que toute autre compagnie sur ses lignes en correspondance sur l’immense aéroport de Dubaï, l’un des premiers au monde en terme de passagers à 86,5 millions de passagers mais aussi pour le pourcentage de voyageurs en transit, autour de 63% du total. La mise en quarantaine et la fermeture des frontières dans un nombre toujours plus important de pays se traduisent effectivement par un coup d’arrêt fatal à l’activité de la compagnie.

Comme le constate Cheikh Ahmed bin Saeed Al Maktoum, président et directeur général du groupe Emirates, « Le monde est entré en quarantaine à cause du COVID-19. Il s’agit d’une situation de crise sans précédent en termes d’ampleur et d’échelle : géographiquement, mais aussi sur un plan sanitaire, social et économique. En tant que compagnie aérienne internationale, nous nous trouvons dans une situation où nous ne pouvons plus assurer de manière viable les services aux passagers tant que les pays n’ont pas rouvert leurs frontières et que la confiance des voyageurs n’est pas revenue. Nous continuons à surveiller la situation de près, afin de pouvoir, dès que possible, rétablir nos services ». Une annonce qui n’aura cependant été valide que quelques heures. Dans la nuit, le gouvernement des Emirats Arabes Unis a décrété la fermeture de tous les aéroports de la région – Abu Dhabi, Dubaï International et Dubaï Al Maktoum, Ras Al Khaimah et Sharjah. La fermeture est effective ce mercredi pour une durée de 15 jours. Le gouvernement comprend l’importance pour les aéroports du pays de conserver leur rôle de hub global. Les décisions prises par Emirates et Etihad d’exploiter un horaire réduit devraient donc entrer en vigueur à la fin de la quarantaine, à la mi-avril.

Emirates a ainsi décidé de conserver une poignée de fréquences vers les pays et territoires suivants, sauf dans le cas d’un nouvel ajustement : le Royaume-Uni, la Suisse, Hong Kong, la Thaïlande, la Malaisie, les Philippines, le Japon, Singapour, la Corée du Sud, l’Australie, l’Afrique du Sud, les États-Unis et le Canada. Sur la France, la situation est on ne peut plus simple : tous les vols sur Paris CDG, Lyon et Nice sont totalement annulés jusqu’au 30 juin, soit cinq fréquences quotidiennes dans l’Hexagone. Il en va de même pour les deux vols quotidiens sur Bruxelles et le vol quotidien à destination de Genève. Les seules liaisons qui subsistent en Europe concernent Amsterdam, Copenhague, Londres Heathrow et Zurich.

Etihad a de son côté déjà annulé d’ici le 30 avril ses vols vers 26 destinations de son réseau. La compagnie continuera, d’après son horaire en date du 22 mars, d’assurer des vols vers Paris CDG, une fois l’aéroport d’Abu Dhabi rouvert après le 15 avril. Le transporteur a cependant suspendu ses lignes à destination de Bruxelles et Genève.
Quant a Qatar Airways, la compagnie a finalement dû se résoudre à réduire drastiquement son offre de 75% par rapport à son horaire habituel selon Akbar Al Baker, le Président de la compagnie. Mais en revanche, il n’est pas question pour le moment d’arrêter tous les vols depuis et vers le Qatar. Car si le pays a bien fermé ses frontières à tous les voyageurs étrangers, il autorise cependant les passagers en transfert sur l’aéroport international d’Hamad. Pour combien de temps cette situation est-elle tenable ? Il est possible que Qatar Airways puisse en fait capitaliser sur la possibilité d’un report de voyageurs d’Emirates et d’Etihad sur son réseau…

La réduction des fréquences de Qatar Airways se traduit par l’immobilisation jusqu’au début juin de la dizaine d’Airbus A380 présents dans la flotte du transporteur tandis que le nombre de fréquences est de nouveau réduit vers quelque 90 lignes aériennes, un chiffre qui s’ajoute à une première vague de réductions sur une trentaine de lignes. Sur Paris CDG, Qatar Airways continuera d’offrir au moins une fréquence quotidienne jusqu’à fin avril, puis deux vols quotidiens en mai. Qatar proposera toujours quatre vols hebdomadaires jusqu’à fin mai vers Bruxelles mais suspend en revanche sa liaison sur Genève. Quant à l’ouverture de la nouvelle liaison entre Lyon et Doha, la direction de la communication de l’aéroport rhodanien confirme bien le lancement de cette dernière le 25 juin prochain, à raison de cinq vols hebdomadaires en Boeing 787.