Coup de chaud sur Moscou

La place Rouge voilée par des nuages de poussière. Des piétons en masque blanc, errant, fantomatiques, dans une rue Arbat méconnaissable. Des centrales nucléaires menacées par les flammes. Encerclée par une trentaine de foyers d’incendie, une ville étouffant sous les 40 et quelques degrés d’un cauchemar asthmatique.

Moscou nous a rejoué Armageddon cet été et, au regard des images diffusées par les chaînes d’information du monde entier, on aurait pu croire que la capitale russe subissait son Big One en plein été.

Et puis soudain, le 12 août, une nuit de pluie salvatrice suffisait à doucher ces visions d’apocalypse. Le 18 août, notre ministère des Affaires étrangères levait ses messages de prévention, indiquant aux voyageurs à destination de Moscou qu’il n’y avait “pas lieu de prendre des précautions particulières”. Le 24 août, tous les incendies de la région de Moscou étaient officiellement éteints. On a eu chaud.

Le pire a été évité, mais le bilan reste quand même lourd. Deux cent mille hectares de forêt détruits, un tiers de la récolte de céréales anéanti et des dégâts importants dans les régions touchées par les feux de tourbière. Au total, les incendies de l’été devraient coûter à la Russie de 0,7 % à 1 % de son PIB. Fin août, Andreï Klepatch, vice-ministre russe du Développement économique, maintenait cependant son pronostic de croissance de 4 % sur l’ensemble de l’année 2010. Toutefois la chute dramatique de la récolte céréalière laisse craindre une reprise de l’inflation dans les mois à venir.

En regardant l’affaire par le petit bout de la lorgnette du monde du voyage, les conséquences ont, au final, été assez limitées pour les voyageurs français : le mois d’août n’est traditionnellement pas un mois d’effervescence pour les déplacements professionnels et, côté loisirs, il faut de toute façon être très original – ou très mal informé – pour prévoir un voyage à Moscou à cette période. Il y eut bien, certes, quelques désagréments durant une poignée de jours au coeur de l’affaire avec une circulation assez fortement perturbée dans les aéroports de la capitale, plus particulièrement à Domedovo. Une situation d’autant plus difficile à gérer que ces aéroports devaient faire face, dans le même temps, au désir soudain d’un grand nombre de Moscovites de s’évader de la fournaise. La porte-parole de l’Union russe des tour-pérateurs annonçait ainsi “une hausse de 20 % des billets vendus en ligne au départ de Moscou” pour la première semaine du mois d’août, avec des vols vers la Turquie, l’Égypte ou le Monténégro affichant complet.

Pas grand monde, apparemment, pour chercher refuge à Paris. Il faut dire que chez nous, côté météo, le mois d’août n’a vraiment pas été terrible.