Dominique Boutter : directeur du bureau de Business France à Alger

Perspectives économiques, baisse du prix du pétrole, investissements étrangers : Dominique Boutter présente l'économie algéroise.

Dominique Boutter, directeur du bureau de Business France à Alger (DR)

Quelles sont les conséquences de la baisse des cours du pétrole sur l’économie de l’Algérie ?

Elle a eu des conséquences fortes au niveau de la balance des paiements, des budgets publics. Pour autant, l’Algérie a des marges de manœuvre avec des réserves de changes importantes, au-dessus de 100 milliards de dollars. Et c’est un pays qui n’a pratiquement pas d’endettement extérieur. Le gouvernement a l’intention de continuer sur cette voie et de faire appel à des prêts de la Banque centrale au Trésor pour financer le déficit public.

Il y a eu une baisse du budget des investissements publics depuis 2015, mais ce budget était conséquent et il est stabilisé pour la période 2017-2018 autour de 20 milliards de dollars. A l’échelle du continent africain et des pays de la région, cela reste un budget d’investissement public très important.

Comment le pays s’y prend-il pour diminuer sa dépendance aux exportations d’hydrocarbures ?

Cette situation de bas prix du pétrole pousse l’Algérie à accélérer la diversification de son économie. Un certain nombre de secteurs offrent ainsi énormément d’opportunités : l’agriculture, l’agro-alimentaire, le secteur minier, les matériaux de constructions, la construction métalliques, la pétrochimie, la pharmacie, le textile, l’automobile, l’électroménager, l’électronique. Ce sont des secteurs dans lesquels il y a déjà des investisseurs et des investissements importants qui se font : en pharmacie, on est aujourd’hui presque à 50 % de production locale par rapport à la consommation, il y a plus de 150 projets en cours dans le domaine des laboratoires pharmaceutiques.

Dans le secteur automobile, il y a plusieurs unités de montage qui existent déjà et d’autres projets sont en cours. Dans le secteur de l’électronique et de l’électroménager, l’Algérie a une production importante et commence à exporter. Le secteur textile a vu d’importants investissements récemment.

Dans l’agriculture et l’agro- alimentaire, il y a énormément d’opportunités, à la fois en production agricole et aquaculture mais aussi pour la distribution des produits – avec une volonté affichée dans tous ces domaines d’augmenter le taux d’intégration locale.

Comment réagissent les investisseurs étrangers ?

Il y a peut-être une certaine prudence quand on regarde l’Algérie aujourd’hui, mais si l’on s’intéresse aux opportunités offertes par cette diversification et les possibilités de s’implanter, de s’installer avec un partenaire local de qualité, c’est certainement une période qui est favorable.

On voit récemment l’émergence d’une nouvelle génération d’investisseurs en Algérie, des investisseurs privés. Ils sont issus d’entreprises familiales qui ont accumulé les capitaux ces dernières années, principalement dans le négoce, le commerce, l’importation et qui aujourd’hui se tournent vers l’industrie.

Ce sont des partenaires tout à fait intéressants pour des investisseurs étrangers et ils ont des capitaux. Mais ils ont besoin de technologies, de savoir-faire en matière de production industrielle et de distribution et c’est ce qu’ils recherchent chez les investisseurs étrangers. Ils sont ouverts à tous les secteurs et toutes les opportunités.