A l’ombre du Brexit, l’hôtellerie à Dublin s’envole

Si le Brexit, quelle que soit sa forme, aura des retombées négatives sur l'économie irlandaise, l'hôtellerie dublinoise n'en subit pas les conséquences. Bien au contraire, elle est en pleine expansion.

Dublin-Shelbourne
Hôtel historique de Dublin et nouveau membre de l'Autograph Collection de Marriott, le Shelbourne présente un cadre entièrement rénové.

Les divers scénarios entre un Brexit léger, dur ou une sortie sans accord de l’UE auront, dans tous les cas de figure, un impact négatif pour l’Irlande selon les analyses économiques du gouvernement local. Le pays est, de fait, plus exposé qu’aucun autre alors que 15% de son commerce se fait avec le Royaume-Uni. Et pourtant, l’hôtellerie en Irlande ne s’est jamais aussi bien portée, notamment à Dublin. Ceci est dû d’abord à un incroyable boom des arrivées de visiteurs internationaux, mais aussi à un effet positif du Brexit, à savoir le transfert d’activités au sein de l’UE qui engendre un véritable boom des investissements dans la capitale irlandaise. Ce qui profite, par ricochet, à l’hôtellerie.

Selon le barometre ‘Brexit Tracker’ d’EYGM – anciennement Ernst & Young -, le “Brexodus”, ou l’exode d’entreprises du Royaume-Uni vers l’Union Européenne comme il est appelé avec ironie dans les milieux financiers, joue en faveur de Dublin. La capitale irlandaise est en effet le premier lieu d’implantation pour les sociétés de services financiers cherchant à quitter le Royaume-Uni. Selon EY, 27 groupes se sont engagés à transférer leur personnel ou leurs activités depuis le référendum de juin 2016. Et ce devant Francfort, Luxembourg et Paris.

Parmi les grands noms de la finance qui se sont délocalisés ou vont se relocaliser à Dublin, on trouve la banque britannique Barclays, mais aussi Bank of America Merrill Lynch, une partie de Morgan Stanley, XL Insurance ou encore la Royal London Insurance. La Banque Centrale d’Irlande a indiqué qu’une centaine de firmes ont demandé une licence pour s’installer dans le pays.

Une aubaine donc, notamment pour les hôtels quatre et cinq étoiles. D’autant que le nombre de visiteurs étrangers ayant passé une nuit au moins en Irlande ne cesse de progresser avec 10,6 millions d’entrées en 2018, la huitième année consécutive de hausse. L’Europe Occidentale représente le marché le plus important, générant à lui 36% de tous les voyages, juste devant le Royaume-Uni, à 35%.

Dublin est naturellement la principale destination du pays, comptant en outre le plus grand nombre de chambres. Sur les 58 800 chambres que comptait l’Irlande en 2018, 19 600 sont situées dans la capitale, soit un tiers de toute l’offre. Mais le poids de la ville pourrait encore grandir à l’avenir.

Selon une récente étude de Horwath HTL, le marché hôtelier de Dublin a connu une augmentation de plus de 1 100 nouvelles chambres en 2018, soit une augmentation de 5,7 % de la capacité d’accueil. Il s’agit de la plus forte augmentation annuelle de l’offre à Dublin en plus de 10 ans. Et cette tendance se poursuit en 2019. Horwath HTL estime à environ 1 600 l’offre supplémentaire en chambres d’hôtels.

Se sont récemment ouverts le Clayton Hotel Charlemont (novembre 2018, 189 chambres), puis un Aloft (juin 2019, 202 chambres), celui-ci dans le quartier des Liberties qui abrite de nombreuses entreprises technologiques ainsi que des lieux touristiques comme la cathédrale Saint Patrick et la Guinness Storehouse. D’ici la fin de l’année d’autres marques sont attendues telles que Marlin (juillet, 300 chambres) et Hyatt Centric pour la première implantation à Dublin de la chaine américaine avec un établissement de 234 chambres.

En parallèle, le Shelbourne Hotel, probablement l’établissement le plus prestigieux de Dublin, a achevé un programme de rénovation qui s’est étalé sur plusieurs années. Ouvert il y a 195 ans et géré par le groupe Marriott, il vient d’inaugurer plusieurs nouveaux espaces publics et bars et en profite pour changer d’enseigne, passant de Renaissance à la collection d’hôtels haut de gamme Autograph.

D’autres projets sont en cours. En 2020 devrait s’ouvrir un Hard Rock Hotel. La chaine sud-africaine Red Carnation vient aussi d’acquérir un ancien centre des impôts de Dublin construit vers 1910 qu’elle va transformer en un boutique hôtel cinq étoiles. Le marché dublinois est particulièrement attractif pour les hôteliers au vu de ses résultats. Horwath HTL indique qu’en 2018, le prix moyen d’une chambre, à 145€, a cru de 6,5% par rapport à 2017, atteignant un RevPAR (recette par chambre disponible) de 122€, en hausse de 7,3%. Ce chiffre place Dublin en septième position en Europe, devant Copenhague ou Barcelone. Quant à la fréquentation, le taux d’occupation de 84% place Dublin au premier rang des villes européennes. Durant 145 nuits en 2018, les hôtels ont même excédé les 90% d’occupation ! Ce qui devrait continuer à tirer les prix vers le haut.