Une écotaxe pour les passagers aériens en France

La France va introduire une taxe écologique sur les vols de toutes les compagnies aériennes au départ de ses aéroports, officiellement pour la protection de l’environnement.

shutterstock_84255913
L'écotaxe dévoilée mardi par la ministre des Transports devrait rapporter environ 180 millions d'euros à partir de 2020.

La décision a été prise mardi par la ministre française des Transports, Elisabeth Borne : une « écotaxe » va faire son apparition, et devrait rapporter environ 180 millions d’euros (202 millions de dollars) à partir de 2020. Les recettes serviraient à financer les transports quotidiens en France, notamment le réseau ferroviaire local. L’écotaxe se traduira l’an prochain par une augmentation de 1,5 euros sur les billets des lignes intérieures et intra- européennes – les vols à destination de la Corse étant exemptés. L’écotaxe atteindra 3 euros pour les vols économiques hors de l’Union Européenne, et les vols sur les DOM/TOM seront également exemptés. Les passagers de classe affaires seront davantage taxés : 9 euros pour les vols intracommunautaires et jusqu’à 18 euros pour les billets hors de l’UE. Les passagers en transfert et transit ne seront pas taxés afin d’éviter une double peine avec d’autres pays ayant également introduit une taxation sur leur transport aérien.

Les ONG environnementales ont déclaré que la nouvelle taxe avait peu de chance de modifier le comportement des consommateurs aux vues d’une taxation relativement faible. Les ONG oublient cependant qu’il s’agira là de la troisième taxe gouvernementale frappant le transport aérien, avec la Taxe de Solidarité Passagers – également surnommée « Taxe Chirac », créée en 2006, et dont les sommes sont supposées revenir aux pays en voie de développement. Elle s’élève à 1,13 € pour les vols intra-communautaires et domestiques, à 4,51 € pour les vols long-courrier en classe économique. En revanche, elle passe à 11,27 € pour les passagers affaires sur les lignes intra-européennes et domestiques et à 45,07 € pour les vols long-courrier. Sans oublier également la Taxe d’Aviation Civile qui se monte à 4,58 € pour les vols intra-communautaires et à 8,24 € pour les destinations hors Union Européenne.

Cette nouvelle taxe devrait financer des modes de transport concurrents dont le transport routier et non la transition énergétique dans le domaine aérien

Les acteurs du secteur aérien n’ont pas tardé à réagir. La direction d’Air France a – sans surprise – déclaré que le projet d’écotaxe française lui serait « extrêmement pénalisant ». En effet, il devrait nuire considérablement à sa compétitivité en représentant un coût supplémentaire de plus de 60 millions d’euros par an sur les finances du transporteur. Air France effectue 50% de ses vols au départ de la France. « La France compte parmi les pays taxant le plus le transport aérien en Europe », indique la direction, qui ajoute : « La décision du gouvernement est d’autant plus incompréhensible que cette nouvelle taxe sur le transport aérien devrait financer des modes de transport concurrents dont le transport routier et non la transition énergétique dans le domaine aérien. Une telle transition aurait pu être favorisée par le soutien à la mise en place de filières biocarburants durables ou d’innovations de rupture ».

Vous aimez cet article ? Recevez notre newsletter

une écologie punitive qui tend à réserver le transport aérien aux plus riches

De son côté, la Fédération Nationale de l’Aviation Marchande (FNAM), dénonce « une écologie punitive qui tend à réserver le transport aérien aux plus riches ». Les responsables de la FNAM s’interrogent : « Le gouvernent veut-il la mort du transport aérien français avec toujours plus de taxes contrairement à son engagement, pris par Mme la Ministre Borne et M. le Ministre d’Etat De Rugy, en juin dernier, d’instaurer une taxation européenne afin d’éviter des distorsions de concurrence intra-européenne trop importantes ? ».

Pour Paul Chiambaretto, Professeur à Montpellier Business School, Chercheur associé à l’Ecole Polytechnique et spécialiste du transport aérien, cette écotaxe pourrait vite s’avrer contreproductive : « Si l’on avait dit aux compagnies que cette écotaxe financerait de la R&D pour le transport aérien, avec une sorte d’Etat paternaliste qui les force à épargner pour investir dans la recherche, la pilule pouvait mieux passer. En les taxant comme c’est prévu on réduit leur capacité à faire de la R&D et à investir dans une nouvelle flotte. Les millions d’euros enlevés à Air France ce sont autant de millions qui n’iront pas à la R&D. On rend donc ainsi, potentiellement, le transport aérien encore plus polluant« , explique-t-il.

L’Institut Delft aux Pays Bas a publié fin 2018 une étude sur les possibilités de taxation de l’aviation européenne pour financer la protection de l’environnement. L’institut prône une taxe unique pour toutes les lignes intra-UE tandis que la taxe varierait selon la distance pour les autres lignes, par exemple tous les 1,000 km… Une proposition qui pourrait servir de base à une future taxe au niveau européen.