Édika : « les plus beaux voyages se font à deux »

Maître de l’humour absurde et déjanté qui a fait le succès de Fluide Glacial, Edika tire de ses rencontres la matière première pour créer ses personnages et onomatopées loufoques. Un quotidien où les voyages sont sources d’émotion, de drôlerie et de contemplation.

Édika
"L’important, dans un voyage, c’est de pouvoir partager les émotions que l’on éprouve" : Édika

« Je l’avoue, je ne suis pas un grand voyageur. Dans ma vie, j’ai dû faire quelques petits séjours à droite, à gauche ; une fois en Tunisie, une autre fois au Maroc. C’était de très beaux endroits, mais je n’ai pas ressenti le besoin d’y retourner. Pour dire combien je m’attache à d’autres détails, je me rappelle de cette croisière faite autour des plus belles villes de la Méditerranée. Eh bien, le plus passionnant que j’aie trouvé, c’était le bateau en lui-même : un bâtiment de onze étages !

Je crois que le principal, dans un périple, est ailleurs. Ce ne sont pas les lieux que l’on découvre qui comptent, ce sont les moments que l’on vit avec la personne qui nous accompagne. L’important, dans un voyage, c’est de pouvoir partager les émotions que l’on éprouve. Partir seul n’a, selon moi, pas grand intérêt.

Mais je ne suis pas casanier pour autant. J’ai besoin de sortir, notamment près d’Avignon, où j’habite. J’aime marcher très tôt le matin, quand il y a peu de monde, et que je peux profiter de la nature et du calme. Et puis je fais partie d’une chorale, et on se déplace parfois dans d’autres villes.

Nous avons fait un très beau voyage, il y a quelques années, en Italie, pas loin de Rome. Nous étions tous les membres de la chorale dans un même bus ! L’ambiance pendant le trajet était exceptionnelle. Nous faisions les fous, on prenait en photos ceux qui s’étaient endormis dans des positions ridicules. C’était vraiment drôle. Et puis évidemment, on a chanté. Voilà l’idée du bonheur : partager un voyage avec des gens dont on apprécie la compagnie. Entre chorales de plusieurs pays, on voyage chez les uns ou chez les autres. Il y a une vraie notion de partage.

J’aime particulièrement les voyages qui durent très longtemps en TGV. Je trouve l’ambiance des gares galvanisantes.

Dans le cadre de mon métier de dessinateur, j’ai également parcouru quelques régions de France, lors de festivals ou de salons du livre. Sortir de mon quotidien et prendre le train est pour moi un immense plaisir. J’aime particulièrement les voyages qui durent très longtemps en TGV. Je trouve l’ambiance des gares galvanisantes. Observer les gens qui se pressent, avec leur valise à roulettes, les couples qui discutent entre eux, entendre les annonces qui résonnent dans le hall, tout cela me plait. J’adore cette atmosphère. Celle des aéroports m’inspire un peu moins, j’y trouve un petit côté anxiogène. Je ne déteste pas prendre l’avion, attention, mais j’ai toujours une petite appréhension au moment d’embarquer.

Non, vraiment, pour moi, il n’y a pas mieux que les voyages en train. Etre assis tranquillement avec, à la fenêtre, les paysages qui défilent, les maisons, les champs, les vaches qui broutent. On se plonge paisiblement dans un livre, ou bien on discute avec son voisin, ou même on ne fait rien, et on s’endort.

Je me souviens de ce jour où un contrôleur a débarqué et, au lieu de vérifier les billets, il s’est mis à faire des blagues avec des gadgets de clown. Il a fait rire tout le wagon, et personne n’a été verbalisé ! Il devrait y avoir beaucoup plus de gens comme ce type ! Je ne l’ai évidemment jamais recroisé depuis. Dommage.

C’est typiquement le genre de chose qui peut m’inspirer pour mes planches de BD. Je note mes idées en permanence sur n’importe quel support, bout de papier, morceau de serviette, chèque, même le dos de ma main s’il le faut ! Mon gagne-pain est tout autour de moi, dans ces situations de la vie quotidienne qui sont ma matière première. »

Propos recueillis par Agnès Abécassis

SES DATES CLÉS

  • 1940 : Naissance à Hélio-polis, près du Caire, le 17 décembre.
  • 1968 et 1969 : Naissance de ses deux fils, au Liban, où il a vécu une quinzaine d’années.
  • 1976 : Arrivée en France.
  • 1981 : Parution de sa première BD Debiloff profondikoum.