Événement : les jeux de l’après

Du 5 au 21 août 2016, Rio de Janeiro accueillera la 31e édition des Jeux Olympiques d’été. Une première en Amérique du Sud. Aussi, alors que plus de 800 000 visiteurs sont attendus, la ville fait peau neuve d’un bout à l’autre.

Jeux Olympiques

Face à la mer, Rio s’étale sur près de 80 km, les ultras célèbres plages de Copacabana et Ipanema n’étant qu’un infime point sur cette longue carte postale. La perspective des Jeux Olympiques de 2016 n’a d’ailleurs presque rien changé à ces quartiers élégants et touristiques, sinon quelques policiers supplémentaires qui longent les plages en short. Quelquefois aussi en gilet pare-balles…

Car les Jeux se jouent bien plus loin de la légendaire zona sul. Dans le centre historique d’abord, là où naquit Rio il y a 450 ans. Fané et malfamé, ce quartier se redynamise à coup d’espaces verts et de lieux culturels. La zone portuaire de Porto Maravilha en particulier, no man’s land longtemps à l’abandon, connaît une profonde revitalisation. Si les JO ont permis de précipiter le projet, l’idée faisait son chemin depuis plusieurs années, soutenue par un grand nombre de fonds privés. En 2013, le musée d’art de Rio (MAR) a ouvert ses portes, suivi, en décembre 2015, par l’étonnant Museu do Amanhã, le “musée de demain” conçu par l’architecte espagnol Santiago Calatrava. En bordure de mer, cette construction futuriste utilise l’eau et la lumière pour fonctionner de manière autonome. Plus loin, dans une flagrante unité stylistique, les anciens docks et les jardins suspendus de Valongo invitent à la promenade.

Épicentre des JO de 2016, Barra de Tijuca compte sur l’élan olympique pour asseoir le positionnement événementiel et business.
Épicentre des JO de 2016, Barra de Tijuca compte sur l’élan olympique pour asseoir le positionnement événementiel et business.

RÉURBANISATION ÉCOLOGIQUE

Ce projet a déjà permis de redonner à la ville cinq millions de m² autrefois cachés par une bretelle d’autoroute”, explique Joaquim Monteiro, directeur de la Municipal Olympic Company. En tout, quatre tunnels ont été percés afin d’enterrer routes et autoroutes, donnant lieu à la “réurbanisation” de 70 km de rues et de 650 000 m² de trottoirs, ainsi qu’à la création de 700 km de réseaux d’infrastructures, dont 17 km de pistes cyclables. À l’intérieur même de ce quartier, 15 000 arbres ont été fraîchement plantés et un système de tramways conçu par Alstom devrait commencer à relier, d’ici les JO, la zone du port au centre historique, avec six lignes et 32 stations sur 28 kilomètres. Le tout connecté à des lignes de métro, de bus et de ferries, mais également à l’aéroport international tout proche.

Rio turbine aussi pour assurer la liaison entre Porto Maravilha et Barra da Tijuca, le principal site olympique à l’extrême ouest de la ville, à une quarantaine de kilomètres de son centre historique. Ces deux nouveaux poumons d’activités – sportives, culturelles, économiques… – seront bientôt connectés par une ligne de métro qui devrait être inaugurée juste avant les JO. Déjà, un nouveau système de bus a été mis en place pour desservir les deux aéroports de la ville, le hub international Antonio Carlos Jobim et la plate-forme domestique Santos Dumont.

une intense transformation en termes d’infrastructures, d’environnement et de services

C’est une première victoire écologique et urbaine, puisque Rio – on l’oublie trop souvent au profit de la samba, des plages et de la caïpirinha – est presque aussi embouteillée que sa voisine Sao Paulo. “Depuis qu’elle a été choisie en 2009 pour accueillir les JO de 2016, la ville connaît une intense transformation en termes d’infrastructures, d’environnement et de services”, poursuit Joaquim Monteiro.

Rio ne déroge donc pas à la règle voulant que, pour la plupart des villes hôtes, l’événement soit d’abord un prétexte à faire peau neuve. “L’augmentation des capacités de transports dépassera les 60 % en 2017”, poursuit le directeur de la Municipal Olympic Company. Déjà, l’ouverture de la ligne de bus Transoeste en 2012 a permis de réduire de moitié le temps de trajet entre le quartier périphérique de Santa Cruz et celui de Barra. Même chose pour la Transcarioca qui relie par voie express l’aéroport international au reste de la ville depuis 2014. À terme, ce sont quatre lignes de bus qui vont jouer un rôle environnemental important, puisque, rapides et confortables, elles invitent peu à peu les usagers à délaisser leurs véhicules.

En choisissant d’exposer le futur de l’humanité au musée de demain, c’est aussi son propre avenir que Rio met en avant.
En choisissant d’exposer le futur de l’humanité au musée de demain, c’est aussi son propre avenir que Rio met en avant.

À l’extrême ouest de Rio, entouré de lagons et de collines, Barra va offrir son cadre idyllique aux principales compétitions de la future olympiade. Aussi, depuis quelques mois, de nouveaux hôtels fleurissent, en même temps que des immeubles résidentiels et des centres commerciaux. La vocation post-JO la plus certaine de ce quartier où siègent déjà bon nombre de compagnies pétrolières sera certainement celle du tourisme d’affaires. Un positionnement logique pour ce quartier qui héberge depuis les années 1970 le principal centre de conventions de la ville, le Riocentro.

Sa rénovation et son agrandissement sont actuellement orchestrés par l’entreprise française GL Events, qui en détient la concession. Après l’été 2016, le Riocentro devrait jouer un rôle clé pour pérenniser la nouvelle fonction business du quartier de Barra da Tijuca. Car la municipalité a pour ambition d’imposer Rio comme premier centre MICE d’Amérique latine, jouant sur le fait que peu d’endroits au monde peuvent se targuer d’un tel écrin, avec un site sublimissime entre mer et montagne, des infrastructures désormais performantes et de vastes espaces…

On anticipe déjà des chiffres prometteurs. Les activités liées au tourisme d’affaires devraient générer plus de 92 millions de dollars US entre 2016 et 2018. Quant au site olympique, il sera transformé en espace de loisirs. Certains bâtiments seront conservés en l’état, tandis que d’autres, de façon écologiquement correcte, seront démontés, transportés puis transformés en écoles. Enfin, certains lieux comme le parc des athlètes et le X-Park seront destinés à accueillir les promeneurs et d’autres grands événements. L’héritage sportif dont profitera le plus Barra est le centre d’entraînement olympique. Après l’été, ses 40 000 m² resteront partiellement voués à la pratique de 12 sports olympiques. Mais une partie se verra transformée en laboratoires de recherches dans les domaines de la nutrition, de la physiothérapie et de la médecine sportive et clinique. Du sport au business, il n’y a qu’une toute petite foulée.