Frédéric Gilli, expert en économie urbaine

Quels sont aujourd’hui les grands pôles de développement de la région parisienne ?

Frédéric Gilli – On constate une très forte croissance de la proche couronne parisienne, entre le périphérique et l’A86 : La Défense, Plaine-de-France et le secteur d’Ivry et de la confluence Seine-Marne, promis à un bel avenir. Au-delà, on trouve les villes nouvelles et les pôles scientifiques et techniques de la Grande Couronne. Roissy est devenu l’un des premiers pôles de la région parisienne avec 70000 emplois. Idem pour Orly et surtout le plateau de Saclay qui, de Saint-Quentin-en-Yvelines à Massy Palaiseau, regroupe les centres de recherche de Thalès, Renault, Bouygues, etc. C’est là, aujourd’hui, que l’on retrouve l’une des plus fortes concentrations de médailles Fields et de prix Nobel au monde. Idem pour la zone qui s’étend d’Évry à Paris en passant par la vallée de la Bièvre, au sein du pôle pharmaceutique Médicee. Mais au-delà de ces pôles, le système productif francilien s’organise sur une échelle beaucoup plus vaste que celle de la Région. Par exemple, dans la cosmétique, nombre de donneurs d’ordres, de sièges sociaux et de centres de recherche sont à Paris ou en proche périphérie. Mais les développeurs et les usines de production-test sont pour beaucoup dans la grande couronne francilienne (Chartres, Dreux, Orléans…), dans la “Cosmetic Valley”.

F. G. – C’est une évidence. Tout d’abord, l’extraordinaire diversité du système productif francilien permet de soutenir le marché immobilier de manière presque contracyclique, puisque la défaillance d’un secteur est immédiatement “lissée”. Mais surtout, cette coexistence permet d’assurer des convergences entre secteurs pour développer des innovations. Je pense aux alicaments, en pleine expansion. L’Ile-de- France se retrouve en position de leader sur ces marchés, au moment de commencer les recherches, du simple fait de la coexistence sur son territoire des secteurs agroalimentaires et pharmaceutiques. Il n’y a rien de mécanique, évidemment, mais c’est une situation très privilégiée. Pareil pour les “déplacements intelligents”, où l’Ile-de- France bénéficie de la coexistence des secteurs de l’informatique, de l’automobile et des industries infrastructurelles.

F. G. – Ils ont vocation à le faire. Les pôles de compétitivité ont été créés pour structurer des filières, mais aussi construire des ponts entre elles. Ces convergences sont en train de s’organiser. Par exemple, le pôle Cap Digital (industries créatives) peut aider le pôle Movéo (ville durable) à imaginer comment représenter, en dynamique et en continu, les déplacements dans une ville. L’atout de la coprésence, c’est que la rencontre est plus facile, même si elle n’est pas évidente. Le développement du capital-risque pourrait permettre d’accélérer la traduction de ces rencontres sur les marchés.

Dernier ouvrage : “Paris, métropole hors les murs – Aménager et gouverner un Grand Paris”, en collaboration avec Jean-Marc Offner (Presses de Sciences-Po, 2009).