Interview : Gérard Petit, directeur Afrique de l’Ouest de Business France

Croissance économique, investissements, secteurs porteurs : Gérard Petit, directeur Afrique de l'Ouest de Business France, présente les atouts d'Abidjan en tant que destination d'affaires.

Comment analysez vous la situation économique de la Côte d’Ivoire depuis la fin de la crise de 2012 ?

Gérard Petit : On constate que le taux de croissance est constant depuis la fin de la crise de 2011, soutenu à un niveau élevé de plus de 7 %, et que les perspectives à moyen terme suivent la même dynamique . Cet épisode de croissance est prolongé or, très peu de pays du continent connaissent une telle évolution dans la durée. L’inflation est aussi très contenue, autour de 0,9 % à 1 % en 2017. La machine ne s’emballe pas, ce qui est important pour la population et montre qu’il y a un caractère inclusif à cette croissance. On ne parle pas encore de classe moyenne à grande échelle mais on voit une redistribution de la richesse qui progresse – avec notamment une hausse des crédits bancaires à la consommation, même si le taux de bancarisation reste faible. Le seul bémol à signaler serait le rendez-vous de la prochaine élection présidentielle en 2020. Compte tenu de l’histoire récente du pays et des tractations qui débutent , cette échéance peut représenter un certain facteur d’incertitude pour les investisseurs. Mais les bailleurs de fonds maintiennent toujours leur confiance dans la Côte d’Ivoire.

Comment les investisseurs étrangers et particulièrement français se positionnent-il dans le pays : quels sont les secteurs les plus porteurs ?

G.P. : Des entreprises françaises se positionnent dans les secteurs des transports, de la santé, des technologies de télécommunications, de l’énergie, de l’éducation, notamment les plateformes de formation, et des industries agro-alimentaires. L’économie connaissant une croissance soutenue, elle offre des opportunités dans les grands projets d’infrastructures financés par les bailleurs de fonds. Mais viennent ensuite des besoins en éducation, logements, commerce… Cela touche tous les domaines d’activités. Nous accompagnons beaucoup de missions groupées par secteurs d’activité ou multisectorielles par le biais des chambres de commerce françaises. A signaler, le siège de la Banque Africaine de Développement (BAD) étant revenu à Abidjan, nous mettons en place, à compter de mars 2018, un dispositif de point d’entrée privilégié pour accompagner les entreprises françaises qui s’intéressent à ses projets.

Quels sont les principaux atouts de la capitale Abidjan ?

G.P.: Facteur essentiel à une stratégie d’internationalisation, c’est le climat sécuritaire tout à fait rassurant. La capitale est éloignée du Sahel, d’autant que les forces françaises ont leur base ici, à proximité de l’aéroport. Cela compte pour un chef d’entreprise qui vient en mission. Abidjan est devenue un hub reconnu pour la qualité de ses dessertes aériennes. Beaucoup de sociétés étrangères choisissent d’y établir leur base régionale , comme point d’entrée pour accéder à la sous-région, voire à l’Afrique centrale et au continent.

Cette capitale est aujourd’hui une mégapole qui a connu un essor important en raison l’accroissement naturel (2,5% en 2017), de l’urbanisation croissante (54,9% de population urbaine), et de l’exode des populations rurales en période de crise. Et cette population a beaucoup de besoins, on peut dire que l’Ivoirien est « gourmand », dans le bon sens du terme, de nouveauté et de progrès. Des projets d’infrastructures sont en train d’être réalisés, que ce soit des infrastructures d’eau, d’électricité, routières, sportives (stades de la prochaine CAN) ou hospitalières.

Il y a des besoins de base, mais aussi des besoins plus évolués auxquels la ville répond. Par exemple, des galeries commerciales qui n’ont rien à envier à l’Europe se sont récemment implantées. Ces besoins, y compris dans le domaine culturel, représentent un défi, mais ils sont aussi une chance pour la ville et le pays.